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1PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFÎQUE åwïwcnnscinmr EN ål.ILElllAGNE' (Extrait d'un travail que fait en ce moment M. EUGENE Nus, sur les Idées métaphysiques du jour.) Une preuve évidente du désarroi des esprits et de þÿ F aû o l e m e n t de la boussole humaine dans notre époque de dissolution, ou de transition, comme on voudra, c'est l'invasion du pessimisme qui vient achever la débâcle. Après avoir germé et fermenté dans les brouillards de l'Allemagne, cette lamentation philo- ,sophique, renouvelée de Job avec de nombreux perfectionnements, a fait irruption en France, où le positivisme et le matérialisme avaient préparé son logement, la conséquence logique de la mort sans appel, après les tribulations de la vie, ne pouvant être, sauf pour les stoïciens, toujours en petit nombre, qu'un profond dégoût de Pexistence mêlé d'imprécations contre sa cause, quelle qu"elle soit. Schopenhauer a donné le branle à cette danse d'idées macabres à laquelle se livre avec transport toute une école de littérateurs. _ Mais, tandis que l'Allemand, entraîné de naissance _ vers les mystères de l'absolu, s"élançait à la recherche > 7
2I 94 LllNlTlATION de l'origine du mal, dans les régions de l'invisible, le pessimisme français, attaché à la surface, ne songeait qu'à déblatérer contre le processus des choses, mettant tout sur le compte des combinaisons aveugles de la force et de la matière, opérées par la Nature, qui n"enpeut mais, et que l"on n'en maudit pas moins. Schopenhauer a trouvé, et M. de Hartmann a complété sa découverte. Lemal vient de la vie, ou plutôt c'est la vie même. Si rien n'était, tout serait pour le mieux. Contre les maux sans nombre et sans fin þÿ i nû i g é s par l'existence aux créatures de tous genreset de tous degrés qui pullulent et pâtissent sur cette* terre et sur les autres, bêtes et gens n'ont qu'un refuge: le non-être d'où ils sont sortis. Il s'agit d'y rentrer, et ce n'est pas facile, car la mort n'est pas un moyen. La disparition de votre conscience individuelle n'atténue en rien les þÿ s o uû r a n c e s du tout dont vous faites partie. C'est la vie de ce tout, le processus universel, le temps, l'espace, le monde qu'i1 faut anéantir. Comment s"y prendre? Le pessimisme allemand ne s'est pas contenté de poser le problème: il l'a résolu. Pour supprimer la vie, il s'agissait d'abord d'en connaître la provenance. Le Dieu personnel tirant le monde du néant et se complaisant' dans son þÿ S u v r e , pour la damner quelques jours plus tard, þÿ n " oû r a i t pas à la certitude des points d'appui suffisants. Leibnitz, pour justifier sa grande Monade, était forcé de tomber dans Poptimisme, déclarant que le mal, essentiellement négatif, n'est pas autre chose que la privation du bien. L'ldée absolue d'l-légel, petite-nièce de Platon et þÿû l l e de la natureS
3LHNCONSCIENT EN ALLEMAGNE 195 naturante de Spinosa, pouvait, avec toute apparence de raison, être l'objet des récriminations de la naturenaturée; car enfin, si le monde est une idée de l"Idée, c'est à elle seule que peuvent s"en prendre tous ceux qui ne sont pas contents. Aussi lepanthéisme pessimiste, ou moniste, comme M. de Hartmann appelle le sien,- j'ai oublié de dire que Schopenhauer et M. de Hartmann sont panthéistes, comme tous les grands penseurs de l'Allemagne moderne, - déclare-t-il que l'idée est complètement étrangère à toute ingérence dans l'éclosion -de la Vie, contre laquelle même, paraît¿il, elle n'eût pas mieux demandé que de protester à l'origine. C'est la Volonté qui a tout fait. Abordons ce mystère: Pour dégager la cause suprême de toute participation aux souffrances des créatures, le pessimisme panthéiste a décrété Pinconscience de l'Absolu. Etant donné que le pessimisme trouve que ce monde est absolument mauvais, c"était le seul moyen d'innocenter la Toute-Puissance. « Il faut, dit M. de Hartmann, que Pexistence du Monde ait été décidée par l'acte d'une volonté aveugle que n'éclairait aucun rayon de Pintelligence raisonnable. pour que cette existence devienne compréhensible, et que Dieu, comme tel, n°en soit pas rendu responsable. » Voilà Dieu sauvé. C"est déjà une consolation. Cette conception de l'Inconscz`ent qui remonte au Nirvâna hindou pris dans son acception vulgaire, n'était pas du reste une nouveauté pour l'Allemagne.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFÎQUE åwïwcnnscinmr EN ål.ILElllAGNE' (Extrait d'un travail que fait en ce moment M. EUGENE Nus, sur les Idées métaphysiques du jour.) Une preuve évidente du désarroi des esprits et de þÿ F aû o l e m e n t de la boussole humaine dans notre époque de dissolution, ou de transition, comme on voudra, c'est l'invasion du pessimisme qui vient achever la débâcle. Après avoir germé et fermenté dans les brouillards de l'Allemagne, cette lamentation philo- ,sophique, renouvelée de Job avec de nombreux perfectionnements, a fait irruption en France, où le positivisme et le matérialisme avaient préparé son logement, la conséquence logique de la mort sans appel, après les tribulations de la vie, ne pouvant être, sauf pour les stoïciens, toujours en petit nombre, qu'un profond dégoût de Pexistence mêlé d'imprécations contre sa cause, quelle qu"elle soit. Schopenhauer a donné le branle à cette danse d'idées macabres à laquelle se livre avec transport toute une école de littérateurs. _ Mais, tandis que l'Allemand, entraîné de naissance _ vers les mystères de l'absolu, s"élançait à la recherche > 7
2I 94 LllNlTlATION de l'origine du mal, dans les régions de l'invisible, le pessimisme français, attaché à la surface, ne songeait qu'à déblatérer contre le processus des choses, mettant tout sur le compte des combinaisons aveugles de la force et de la matière, opérées par la Nature, qui n"enpeut mais, et que l"on n'en maudit pas moins. Schopenhauer a trouvé, et M. de Hartmann a complété sa découverte. Lemal vient de la vie, ou plutôt c'est la vie même. Si rien n'était, tout serait pour le mieux. Contre les maux sans nombre et sans fin þÿ i nû i g é s par l'existence aux créatures de tous genreset de tous degrés qui pullulent et pâtissent sur cette* terre et sur les autres, bêtes et gens n'ont qu'un refuge: le non-être d'où ils sont sortis. Il s'agit d'y rentrer, et ce n'est pas facile, car la mort n'est pas un moyen. La disparition de votre conscience individuelle n'atténue en rien les þÿ s o uû r a n c e s du tout dont vous faites partie. C'est la vie de ce tout, le processus universel, le temps, l'espace, le monde qu'i1 faut anéantir. Comment s"y prendre? Le pessimisme allemand ne s'est pas contenté de poser le problème: il l'a résolu. Pour supprimer la vie, il s'agissait d'abord d'en connaître la provenance. Le Dieu personnel tirant le monde du néant et se complaisant' dans son þÿ S u v r e , pour la damner quelques jours plus tard, þÿ n " oû r a i t pas à la certitude des points d'appui suffisants. Leibnitz, pour justifier sa grande Monade, était forcé de tomber dans Poptimisme, déclarant que le mal, essentiellement négatif, n'est pas autre chose que la privation du bien. L'ldée absolue d'l-légel, petite-nièce de Platon et þÿû l l e de la natureS
3LHNCONSCIENT EN ALLEMAGNE 195 naturante de Spinosa, pouvait, avec toute apparence de raison, être l'objet des récriminations de la naturenaturée; car enfin, si le monde est une idée de l"Idée, c'est à elle seule que peuvent s"en prendre tous ceux qui ne sont pas contents. Aussi lepanthéisme pessimiste, ou moniste, comme M. de Hartmann appelle le sien,- j'ai oublié de dire que Schopenhauer et M. de Hartmann sont panthéistes, comme tous les grands penseurs de l'Allemagne moderne, - déclare-t-il que l'idée est complètement étrangère à toute ingérence dans l'éclosion -de la Vie, contre laquelle même, paraît¿il, elle n'eût pas mieux demandé que de protester à l'origine. C'est la Volonté qui a tout fait. Abordons ce mystère: Pour dégager la cause suprême de toute participation aux souffrances des créatures, le pessimisme panthéiste a décrété Pinconscience de l'Absolu. Etant donné que le pessimisme trouve que ce monde est absolument mauvais, c"était le seul moyen d'innocenter la Toute-Puissance. « Il faut, dit M. de Hartmann, que Pexistence du Monde ait été décidée par l'acte d'une volonté aveugle que n'éclairait aucun rayon de Pintelligence raisonnable. pour que cette existence devienne compréhensible, et que Dieu, comme tel, n°en soit pas rendu responsable. » Voilà Dieu sauvé. C"est déjà une consolation. Cette conception de l'Inconscz`ent qui remonte au Nirvâna hindou pris dans son acception vulgaire, n'était pas du reste une nouveauté pour l'Allemagne.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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