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1DOM PERNETY 20 J Swedenborg, que lui avait adressée Pernety quelque temps auparavant. Peu après la publication de la traduction des Mer veilles du Ciel et de l'Enfer, le roi de Prusse ayant appris que Pernety avait embrassé les idées de Swe denborg, se brouilla avec lui, et lui fit savoir qu’il lui retirait sa protection. Pernety quitta la Prusse dans le courant de l’année 1783 et vint à Paris. Mais là, de nouvelles tribulations l’attendaient. L’archevêque de Paris et les autorités ecclésias tiques ne pouvaient lui pardonner son insubordina tion, son escapade et le séjour qu’il, avait fait chez un prince hérétique. L’archevêque tenta de lui faire réin tégrer son couvent. Pernety refusa. La question fut portée devant le Parlement ; mais le Parlement s’étant déclaré en sa faveur, Pernety resta dans le monde. Néanmoins il fut obligé de quitter Paris, et il s’en alla vivre d’abord chez son frère, qui était directeur des fermes à Valence-sur-Rhône. Pendant ce temps, le petit cercle hermétique dont il faisait partie à Berlin continuait toujours ses tra vaux. On raconte que, quelques années avant la Ré volution, ses membres crurent, dans une de leurs réunions, entendre une voix Surnaturelle, émanée de la Puissance Divine, leur enjoignant de partir pour Avignon. Ils s’y rendirent, et Pernety, de son côté, vint les rejoindre. Au bout d’un certain temps, Pernety et le comte Grabianka ayant acquis une certaine célébrité, réus sirent à fonder — vers 1786-87 — un groupe qui eut un assez grand nombre de partisans.
2202 l’initiation Les réunions avaient lieu près de Bédarrides, dans la maison de campagne de Pernety, qu’ils appelaient le Thabor. Les membres étaient au nombre d’une centaine, résidant tant à Avignon que dans d’autres villes. En 1790, parut un ouvrage intitulé : Les Vertus, le Pouvoir, la Clémence et la Gloire de Marie, mère de Dieu (1). Bien que l’ouvrage soit anonyme, on sait qu’il est de Pernety. Les opinions exprimées dans ce livre firent croire que les Illuminés d’Avignon fai saient de la Sainte Vierge une quatrième personne divine, et l’ajoutaient à la Trinité. Aussi les Swedenborgiens qui s’étaient flattés d’avoir à Avignon des coreligionnaires, virent-ils leurs espérances détruites lorsqu’ils apprirent qu’on disait que ces derniers adoraient la Sainte Vierge. Le culte était absolument secret et au témoignage de Gombaud, vieillard mort en 1822, qui fut lié avec la plupart des Sociétés Secrètes et dont le témoignage fut recueilli par l’évêque Grégoire dans son Histoire des Sectes religieuses (2), chaque initié, à son tour, célébrait la cène, quoiqu’il ne fut pas prêtre. On a accusé les Illuminés d’Avignon d’admettre la communauté des femmes, mais il vasansdire qu’une telle imputation n’est fondée sur aucune preuve. (1) 1 vol. in-8. Paris, 1790. Outre les ouvrages cités au cours de cet article, Pernety a encore publié une traduction du Corps de Mathématique de WoliT, des Dissertations dans les Mé moires de l'Académie de Berlin. Il a mis en ordre les Ambas sades de Xoailles et collaboré au 8* volume de la Gallia Chris tiana. (2) .Tome 11, page 197.
3DOM PERNETY 203 Par contre, Dampmartin a inséré dans le Specta teur du Nord, de 1799, un grand éloge des Illuminés d’Avignon, qui lui inspirèrent un respect mêlé d’ad miration. On les vit, dit-il, également tranquilles et fervents, pratiquer les vertus bienfaisantes, remplir les exercices de piété et faire revivre les mœurs des premiers chrétiens. Il ajoute que plusieurs membres de cette société lui prédirent, avec une clarté surpre nante, les événements dont il n’a cessé d’être le jouet et la victime (1 ). La renommée des Illuminés d’Avignon s’accrut tellement que l’inquisition crut devoir s’inquiéter d'eux, et le père Pani, dominicain, commissaire du Saint-Office à Rome, y publia en 1791, un recueil de pièces concernant les membres du rite d’Avignon. Le père Pani dit que, depuis quelques années, Avi gnon a vu naître une secte qui se prétend destinée à réformer le monde, en établissant un nouveau peuple de Dieu. Les membres sans exception d’âge ni de sexe, sont distingués, non par un nom, mais par un chiffre. Les chefs, résidant en cette ville, sont consa crés avec un rite superstitieux. Ils se disent très attachés à la religion catholique ; mais ils prétendent être assistés des anges, avoir des songes et des inspi rations pour interpréter la Bible. Celui qui préside aux cérémonies se nomme^patriarche eu pontife. Il y a aussi un roi destiné à gouverner le nouveau peuple de Dieu. (1) Le Spectateur du Nord, journal politique. Juillet, août, ’ septembre 1799, in-8, en Basse-Saxe, t. XI, pp. 88 et suiv. :
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1DOM PERNETY 20 J Swedenborg, que lui avait adressée Pernety quelque temps auparavant. Peu après la publication de la traduction des Mer veilles du Ciel et de l'Enfer, le roi de Prusse ayant appris que Pernety avait embrassé les idées de Swe denborg, se brouilla avec lui, et lui fit savoir qu’il lui retirait sa protection. Pernety quitta la Prusse dans le courant de l’année 1783 et vint à Paris. Mais là, de nouvelles tribulations l’attendaient. L’archevêque de Paris et les autorités ecclésias tiques ne pouvaient lui pardonner son insubordina tion, son escapade et le séjour qu’il, avait fait chez un prince hérétique. L’archevêque tenta de lui faire réin tégrer son couvent. Pernety refusa. La question fut portée devant le Parlement ; mais le Parlement s’étant déclaré en sa faveur, Pernety resta dans le monde. Néanmoins il fut obligé de quitter Paris, et il s’en alla vivre d’abord chez son frère, qui était directeur des fermes à Valence-sur-Rhône. Pendant ce temps, le petit cercle hermétique dont il faisait partie à Berlin continuait toujours ses tra vaux. On raconte que, quelques années avant la Ré volution, ses membres crurent, dans une de leurs réunions, entendre une voix Surnaturelle, émanée de la Puissance Divine, leur enjoignant de partir pour Avignon. Ils s’y rendirent, et Pernety, de son côté, vint les rejoindre. Au bout d’un certain temps, Pernety et le comte Grabianka ayant acquis une certaine célébrité, réus sirent à fonder — vers 1786-87 — un groupe qui eut un assez grand nombre de partisans.
2202 l’initiation Les réunions avaient lieu près de Bédarrides, dans la maison de campagne de Pernety, qu’ils appelaient le Thabor. Les membres étaient au nombre d’une centaine, résidant tant à Avignon que dans d’autres villes. En 1790, parut un ouvrage intitulé : Les Vertus, le Pouvoir, la Clémence et la Gloire de Marie, mère de Dieu (1). Bien que l’ouvrage soit anonyme, on sait qu’il est de Pernety. Les opinions exprimées dans ce livre firent croire que les Illuminés d’Avignon fai saient de la Sainte Vierge une quatrième personne divine, et l’ajoutaient à la Trinité. Aussi les Swedenborgiens qui s’étaient flattés d’avoir à Avignon des coreligionnaires, virent-ils leurs espérances détruites lorsqu’ils apprirent qu’on disait que ces derniers adoraient la Sainte Vierge. Le culte était absolument secret et au témoignage de Gombaud, vieillard mort en 1822, qui fut lié avec la plupart des Sociétés Secrètes et dont le témoignage fut recueilli par l’évêque Grégoire dans son Histoire des Sectes religieuses (2), chaque initié, à son tour, célébrait la cène, quoiqu’il ne fut pas prêtre. On a accusé les Illuminés d’Avignon d’admettre la communauté des femmes, mais il vasansdire qu’une telle imputation n’est fondée sur aucune preuve. (1) 1 vol. in-8. Paris, 1790. Outre les ouvrages cités au cours de cet article, Pernety a encore publié une traduction du Corps de Mathématique de WoliT, des Dissertations dans les Mé moires de l'Académie de Berlin. Il a mis en ordre les Ambas sades de Xoailles et collaboré au 8* volume de la Gallia Chris tiana. (2) .Tome 11, page 197.
3DOM PERNETY 203 Par contre, Dampmartin a inséré dans le Specta teur du Nord, de 1799, un grand éloge des Illuminés d’Avignon, qui lui inspirèrent un respect mêlé d’ad miration. On les vit, dit-il, également tranquilles et fervents, pratiquer les vertus bienfaisantes, remplir les exercices de piété et faire revivre les mœurs des premiers chrétiens. Il ajoute que plusieurs membres de cette société lui prédirent, avec une clarté surpre nante, les événements dont il n’a cessé d’être le jouet et la victime (1 ). La renommée des Illuminés d’Avignon s’accrut tellement que l’inquisition crut devoir s’inquiéter d'eux, et le père Pani, dominicain, commissaire du Saint-Office à Rome, y publia en 1791, un recueil de pièces concernant les membres du rite d’Avignon. Le père Pani dit que, depuis quelques années, Avi gnon a vu naître une secte qui se prétend destinée à réformer le monde, en établissant un nouveau peuple de Dieu. Les membres sans exception d’âge ni de sexe, sont distingués, non par un nom, mais par un chiffre. Les chefs, résidant en cette ville, sont consa crés avec un rite superstitieux. Ils se disent très attachés à la religion catholique ; mais ils prétendent être assistés des anges, avoir des songes et des inspi rations pour interpréter la Bible. Celui qui préside aux cérémonies se nomme^patriarche eu pontife. Il y a aussi un roi destiné à gouverner le nouveau peuple de Dieu. (1) Le Spectateur du Nord, journal politique. Juillet, août, ’ septembre 1799, in-8, en Basse-Saxe, t. XI, pp. 88 et suiv. :
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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