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1BATAILLES 210, pasteur se mit, en arrivant, à raconter la vie de Luther comme on nous l'a souvent fait connaître, disant que cet apôtre avait su révolutionner le monde avec une petite Bible ; que lorsqu'il se présenta devant Charles-Quint, celui-ci, voyant arriver ce petit homme impétueux, lui avait dit : « Ce n'est pas encore toi qui me fera hérétique; » qu'aujourd'hui, c'est un pro testant qui ceint la couronne de Charles-Quint ; voilà et voyez ce qu'a fait Luther ; voyez, avec si peu de chose, l'œuvre qu'il a entreprise, puisqu'il a réformé l'église catholique. Et bien, si j'avais eu le droit de te répondre, pas teur protestant, je t'aurais dit : «Crois-tu que si chaque jour et à chaque instant du jour, Dieu n'était venu aider Luther à traduire la Bible ; si Luther n'avait pas fait occultement tout ce que Dieu lui avait commandé, afin que Dieu qui est la bonté même puisse se com muniquer aux hommes, et cela selon les lois de la nature, crois-tu que Luther aurait pu accomplir son œuvre. Dieu a donné la liberté à tous les mondes, à tous les êtres visibles et invisibles, et si Luther ne lui eut pas aidé à venir, la Bible ne serait pas traduite : « Aidetoi, le Ciel t'aidera ! » et, en occulte plus qu'ailleurs cette chose est nécessaire. Luther l'a cependant ensei gnée à ses disciples, mais ils ne l'ont pas cru. De l'œuvre de Luther, il n'est resté que la Bible, qui ne suffit pas pour être agréable à Dieu, car, en cela, qu'avez-vous fait du Verbe, c'est-à-dire du Fils ? Après la mort de Luther, vous vous êtes divisés en deux camps: les calvinistes et les luthériens; puis, après
2220 L'INITIATION encore, il est survenu une quantité de petites chapelles, qui,sous des dehors d'humilité, cachaientun immense orgueil. Dieu, qui est la bonté même, n'est pas orgueil leux ; donc ce n'est pas à lui que vous vous adressiez et tout cela est l'œuvre du diable. « Croyez-vous que dans l'armée du Diable comme dans celle de Dieu, il n'y ait pas toute une hiérarchie ; il y a des soldats, des caporaux, des lieutenants et le reste. L'Église sur la terre doit être la reproduction de l'église du Ciel. » « Un maître, nous n'en voulons plus, disaient les protestants à toutes les avances des catholiques. » Protestants, les temps viendront terribles pour vous ; on vous empêchera d'aller à la seule chose qui vous reste, le prêche : vous qui avez supprimé les saints comme trop encombrants, vous vous tournerez vers les catholiques ; vous comprendrez que si au Ciel l'union est nécessaire pour gagner des batailles, elle est encore plus nécessaire sur la terre, car les sectes sont en abomination devant l'éternel, qui a fait des hommes une seule grande famille. Vous, chrétiens, vous êtes les plus favorisés, et lors que la réunion des deux Églises divisées sera faite, alors seulement il y aura un Chef spirituel, un Pape, comme disent les catholiques, qui aura retrouvé le moyen de communiquer avec Dieu. « Ne trouvez-vous pas cela magnifique ! nous som mes dans un siècle de paix aux hommes de bonne volonté. Je m'adresse non aux grands Pontifes qui n'aiment pas qu'on trouble leur douce quiétude ; faites comme moi, étudiez les religions diverses de
3BATAILLES 221 l'Univers et vous verrez que toutes ont l'occulte en vénération. L'Église qui possédait cette science l'a perdue par ignorance. « La fin du monde n'est pas encore là, mais nous allons voir seulement la fin d'un monde ignorant. Nous sommes au commencement d'un nouveau monde; aidez-vous les uns les autres et, comme moi, pauvre pêcheur, vous verrez et vous croirez. « On ne m'a pas donné le don d'écrire, on m'a donné le don du commerce pour que partout je puisse gagner mon pain quotidien ; j'aurais mieux aimé le premier, mais on en a disposé ainsi ; que la Volonté de Dieu soit faite. » Le sermon terminé, l'extase que j'avais eue me quitta. J'avais promis d'écrire mes batailles et de les publier ; rentré chez moi, je me mis à écrire ; mais une bataille si terrible s'engagea que je dus abandon ner mon projet. Je ne croyais plus un mot de tout ce que j'avais vu, puis on me serrait le front de telle fa çon que je crus devenir fou. Enfin je devins dans un tel état qu'il me fut impossible de songer à reprendre le projet abandonné, lorsqu'un matin Jésus-Christ m'apparut. Il était entouré d'une auréole de sang et tout était rouge autour de lui, comme s'il se fût trouvé dans une atmosphère de batailles. Il m'ordonna d'aller entendre la conférence de Frédéric Passy à l'hôtel des sociétés savantes. Je m'y rendis et vis l'apôtre de la Paix qui me ra conta ses luttes, ses déboires, ses souffrances, pour avoir voulu prêcher la paix. — Quarante ans, me disait-il, pour obtenir un
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1BATAILLES 210, pasteur se mit, en arrivant, à raconter la vie de Luther comme on nous l'a souvent fait connaître, disant que cet apôtre avait su révolutionner le monde avec une petite Bible ; que lorsqu'il se présenta devant Charles-Quint, celui-ci, voyant arriver ce petit homme impétueux, lui avait dit : « Ce n'est pas encore toi qui me fera hérétique; » qu'aujourd'hui, c'est un pro testant qui ceint la couronne de Charles-Quint ; voilà et voyez ce qu'a fait Luther ; voyez, avec si peu de chose, l'œuvre qu'il a entreprise, puisqu'il a réformé l'église catholique. Et bien, si j'avais eu le droit de te répondre, pas teur protestant, je t'aurais dit : «Crois-tu que si chaque jour et à chaque instant du jour, Dieu n'était venu aider Luther à traduire la Bible ; si Luther n'avait pas fait occultement tout ce que Dieu lui avait commandé, afin que Dieu qui est la bonté même puisse se com muniquer aux hommes, et cela selon les lois de la nature, crois-tu que Luther aurait pu accomplir son œuvre. Dieu a donné la liberté à tous les mondes, à tous les êtres visibles et invisibles, et si Luther ne lui eut pas aidé à venir, la Bible ne serait pas traduite : « Aidetoi, le Ciel t'aidera ! » et, en occulte plus qu'ailleurs cette chose est nécessaire. Luther l'a cependant ensei gnée à ses disciples, mais ils ne l'ont pas cru. De l'œuvre de Luther, il n'est resté que la Bible, qui ne suffit pas pour être agréable à Dieu, car, en cela, qu'avez-vous fait du Verbe, c'est-à-dire du Fils ? Après la mort de Luther, vous vous êtes divisés en deux camps: les calvinistes et les luthériens; puis, après
2220 L'INITIATION encore, il est survenu une quantité de petites chapelles, qui,sous des dehors d'humilité, cachaientun immense orgueil. Dieu, qui est la bonté même, n'est pas orgueil leux ; donc ce n'est pas à lui que vous vous adressiez et tout cela est l'œuvre du diable. « Croyez-vous que dans l'armée du Diable comme dans celle de Dieu, il n'y ait pas toute une hiérarchie ; il y a des soldats, des caporaux, des lieutenants et le reste. L'Église sur la terre doit être la reproduction de l'église du Ciel. » « Un maître, nous n'en voulons plus, disaient les protestants à toutes les avances des catholiques. » Protestants, les temps viendront terribles pour vous ; on vous empêchera d'aller à la seule chose qui vous reste, le prêche : vous qui avez supprimé les saints comme trop encombrants, vous vous tournerez vers les catholiques ; vous comprendrez que si au Ciel l'union est nécessaire pour gagner des batailles, elle est encore plus nécessaire sur la terre, car les sectes sont en abomination devant l'éternel, qui a fait des hommes une seule grande famille. Vous, chrétiens, vous êtes les plus favorisés, et lors que la réunion des deux Églises divisées sera faite, alors seulement il y aura un Chef spirituel, un Pape, comme disent les catholiques, qui aura retrouvé le moyen de communiquer avec Dieu. « Ne trouvez-vous pas cela magnifique ! nous som mes dans un siècle de paix aux hommes de bonne volonté. Je m'adresse non aux grands Pontifes qui n'aiment pas qu'on trouble leur douce quiétude ; faites comme moi, étudiez les religions diverses de
3BATAILLES 221 l'Univers et vous verrez que toutes ont l'occulte en vénération. L'Église qui possédait cette science l'a perdue par ignorance. « La fin du monde n'est pas encore là, mais nous allons voir seulement la fin d'un monde ignorant. Nous sommes au commencement d'un nouveau monde; aidez-vous les uns les autres et, comme moi, pauvre pêcheur, vous verrez et vous croirez. « On ne m'a pas donné le don d'écrire, on m'a donné le don du commerce pour que partout je puisse gagner mon pain quotidien ; j'aurais mieux aimé le premier, mais on en a disposé ainsi ; que la Volonté de Dieu soit faite. » Le sermon terminé, l'extase que j'avais eue me quitta. J'avais promis d'écrire mes batailles et de les publier ; rentré chez moi, je me mis à écrire ; mais une bataille si terrible s'engagea que je dus abandon ner mon projet. Je ne croyais plus un mot de tout ce que j'avais vu, puis on me serrait le front de telle fa çon que je crus devenir fou. Enfin je devins dans un tel état qu'il me fut impossible de songer à reprendre le projet abandonné, lorsqu'un matin Jésus-Christ m'apparut. Il était entouré d'une auréole de sang et tout était rouge autour de lui, comme s'il se fût trouvé dans une atmosphère de batailles. Il m'ordonna d'aller entendre la conférence de Frédéric Passy à l'hôtel des sociétés savantes. Je m'y rendis et vis l'apôtre de la Paix qui me ra conta ses luttes, ses déboires, ses souffrances, pour avoir voulu prêcher la paix. — Quarante ans, me disait-il, pour obtenir un
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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