Fetching
One moment.
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One moment.
12l6 l'initiation chandises, si bien que le lendemain, en quittant cette ferme, nous nous trouvions de nouveau en possession des 20 francs occultes. Mais il fallait pour cela obéir et se mettre en route pour Paris. En continuant d'aller coucher dans les fermes et de manger le long des routes, nous avons été très heureux ; nous avons mangé bien plus que lorsque nous mangions auparavant au restaurant avec notre argent. Nous fîmes un jour la rencontre d'un paysan qui nous lisait Athalie et nous disait que son rêve serait de l'entendre à la Comédie-Française. Il était très instruit et n'était cependant jamais sorti de son vil lage. Cet homme-là mériterait d'avoir sa place au Paradis, il ne s'y trouverait pas dépaysé. Luther a raison ; le Français est bien l'homme le plus évolué du monde ; le matin, avant que nous par tions, on nous donnait de la soupe et du lait chaud avec du pain. On ne nous demandait pas d'argent et on nous disait encore au moment du départ : « Que Dieu vous bénisse dans votre voyage. » La seule ombre à cela, c'est l'administration. Pour pouvoir loger ainsi, il faut avoir ses papiers que le paysan garde pour le cas où passeraient les gendarmes ; sans cela on lui dresse procès-verbal ; c'est une honte pour un pays civilisé. En Espagne, pays arriéré, personne ne nous deman dait de papiers, mais ici, même en voyageant à pied, si vous rencontrez les gendarmes, ils vous demandent quels sont vos moyens d'existence et exigent de vous les papiers établissant votre identité ; vous devez
2BATAILLES 2 IJ même leur faire voir le CDntenu de votre bourse, chose encore plus ignoble. Et on appelle cela de la civilisa tion. Nous avons rencontré de pauvres diables qui devaient coucher dehors, les paysans n'osant les rece voir parce qu'ils n'avaient pas de papiers en règle. Enfin, nous arrivons à Fontainebleau par une pluie épouvantable qui avait duré toute la journée ; aussi vous pouvez vous figurer ce que nous étions mouillés. Puisque j'avais réussi à calmer la mer, j'ordonnai à la pluie de cesser deux heures, le temps de nous sécher, afin de traverser Fontainebleau un peu décemment; cela me fut accordé. Le soleil vint nous sécher ; mais après les deux heures de répit accordé, toutes les cata ractes du ciel furent ouvertes à nouveau. Enfin, nous sommes à Paris depuis trois semaines, où toutes les nuits je suis réveillé, entre minuit et trois heures du matin, car on me souffle d'abord sur les yeux, puis le diable vient me dire que si je n'aban donne pas mon idée d'aller trouver les occultistes, il me fera encore souffrir pendant trois semaines. Ha bitué à tout, je le laissai faire et, au bout des trois autres semaines, lorsqu'il revint, je lui dis : — « Dieu a fait l'homme libre ; la preuve, c'est vous qui luttez contre lui, il vous laisse faire le mal et je ne comprends pas que du moment où Dieu vous laisse votre liberté, vous ne la laissiez pas aux autres. De plus, quand j'en sentirai le besoin, j'écrirai et publierai mes impressions ; puis une preuve encore que je me moque de vous, c'est que tel jour qu'il nous plaira, nous irons, Marius et moi, chez Papus, et nous continuerons à suivre les cours d'occultisme. »
3218 l'initiation Alors, le diable se mit dans une colère noire et me dit : « Réfléchissez-bien ; n'allez pas chez Papus, restez tranquilles, et tout ira bien pour vous, sinon après-demain on viendra arrêter Marius comme in soumis. » Je l'envoyai promener, mais le surlende main, en effet,Mariusétait arrêté ! Le premier dimanche j'allai le visiter à la prison militaire, et en atten dant l'heure à laquelle je pourrais le voir, j'entrai dans l'église Sainte-Clotilde, où je priai quelques instants. En sortant' de l'église, le diable s'incarna dans le bedeau qui voulait m'étrangler : je rentrai dans l'église et me défendis contre le bedeau, qui, en se sauvant enfin, finit par renverser le curé qui allait dire la messe. Habitué à voir bien d'autres choses, je ne me laissai pas émotionner; je sortis tranquillement de l'église et allai voir Marius. Quelque temps après, je racontai tout ce qui se passait à Papus, qui me fit un dessin occulte, et, depuis, le diable me laisse dormir en paix. Vous voyez, pro testants, que les signes occultes font partir le diable. Le jour que les protestants ont choisi pour célébrer la fête de Luther, j'étais au temple Saint-Paul. Par un hasard extraordinaire, je me trouvais placé au mi lieu du temple, sous la coupole; moi qui toujours me cache plutôt dans le coin le plus reculé, afin d'être plus tranquille pour me recueillir, je commençais à m'étonner de me voir au premier rang, lorsque, tout à coup, j'eus comme une extase. Il me semblait qu'on m'enlevait de ma chaise et je craignais qu'une extase semblable à celle de Sainte-Thérèse ne me prît en plein temple. Puis je vis Luther dans le chœur. Le
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
12l6 l'initiation chandises, si bien que le lendemain, en quittant cette ferme, nous nous trouvions de nouveau en possession des 20 francs occultes. Mais il fallait pour cela obéir et se mettre en route pour Paris. En continuant d'aller coucher dans les fermes et de manger le long des routes, nous avons été très heureux ; nous avons mangé bien plus que lorsque nous mangions auparavant au restaurant avec notre argent. Nous fîmes un jour la rencontre d'un paysan qui nous lisait Athalie et nous disait que son rêve serait de l'entendre à la Comédie-Française. Il était très instruit et n'était cependant jamais sorti de son vil lage. Cet homme-là mériterait d'avoir sa place au Paradis, il ne s'y trouverait pas dépaysé. Luther a raison ; le Français est bien l'homme le plus évolué du monde ; le matin, avant que nous par tions, on nous donnait de la soupe et du lait chaud avec du pain. On ne nous demandait pas d'argent et on nous disait encore au moment du départ : « Que Dieu vous bénisse dans votre voyage. » La seule ombre à cela, c'est l'administration. Pour pouvoir loger ainsi, il faut avoir ses papiers que le paysan garde pour le cas où passeraient les gendarmes ; sans cela on lui dresse procès-verbal ; c'est une honte pour un pays civilisé. En Espagne, pays arriéré, personne ne nous deman dait de papiers, mais ici, même en voyageant à pied, si vous rencontrez les gendarmes, ils vous demandent quels sont vos moyens d'existence et exigent de vous les papiers établissant votre identité ; vous devez
2BATAILLES 2 IJ même leur faire voir le CDntenu de votre bourse, chose encore plus ignoble. Et on appelle cela de la civilisa tion. Nous avons rencontré de pauvres diables qui devaient coucher dehors, les paysans n'osant les rece voir parce qu'ils n'avaient pas de papiers en règle. Enfin, nous arrivons à Fontainebleau par une pluie épouvantable qui avait duré toute la journée ; aussi vous pouvez vous figurer ce que nous étions mouillés. Puisque j'avais réussi à calmer la mer, j'ordonnai à la pluie de cesser deux heures, le temps de nous sécher, afin de traverser Fontainebleau un peu décemment; cela me fut accordé. Le soleil vint nous sécher ; mais après les deux heures de répit accordé, toutes les cata ractes du ciel furent ouvertes à nouveau. Enfin, nous sommes à Paris depuis trois semaines, où toutes les nuits je suis réveillé, entre minuit et trois heures du matin, car on me souffle d'abord sur les yeux, puis le diable vient me dire que si je n'aban donne pas mon idée d'aller trouver les occultistes, il me fera encore souffrir pendant trois semaines. Ha bitué à tout, je le laissai faire et, au bout des trois autres semaines, lorsqu'il revint, je lui dis : — « Dieu a fait l'homme libre ; la preuve, c'est vous qui luttez contre lui, il vous laisse faire le mal et je ne comprends pas que du moment où Dieu vous laisse votre liberté, vous ne la laissiez pas aux autres. De plus, quand j'en sentirai le besoin, j'écrirai et publierai mes impressions ; puis une preuve encore que je me moque de vous, c'est que tel jour qu'il nous plaira, nous irons, Marius et moi, chez Papus, et nous continuerons à suivre les cours d'occultisme. »
3218 l'initiation Alors, le diable se mit dans une colère noire et me dit : « Réfléchissez-bien ; n'allez pas chez Papus, restez tranquilles, et tout ira bien pour vous, sinon après-demain on viendra arrêter Marius comme in soumis. » Je l'envoyai promener, mais le surlende main, en effet,Mariusétait arrêté ! Le premier dimanche j'allai le visiter à la prison militaire, et en atten dant l'heure à laquelle je pourrais le voir, j'entrai dans l'église Sainte-Clotilde, où je priai quelques instants. En sortant' de l'église, le diable s'incarna dans le bedeau qui voulait m'étrangler : je rentrai dans l'église et me défendis contre le bedeau, qui, en se sauvant enfin, finit par renverser le curé qui allait dire la messe. Habitué à voir bien d'autres choses, je ne me laissai pas émotionner; je sortis tranquillement de l'église et allai voir Marius. Quelque temps après, je racontai tout ce qui se passait à Papus, qui me fit un dessin occulte, et, depuis, le diable me laisse dormir en paix. Vous voyez, pro testants, que les signes occultes font partir le diable. Le jour que les protestants ont choisi pour célébrer la fête de Luther, j'étais au temple Saint-Paul. Par un hasard extraordinaire, je me trouvais placé au mi lieu du temple, sous la coupole; moi qui toujours me cache plutôt dans le coin le plus reculé, afin d'être plus tranquille pour me recueillir, je commençais à m'étonner de me voir au premier rang, lorsque, tout à coup, j'eus comme une extase. Il me semblait qu'on m'enlevait de ma chaise et je craignais qu'une extase semblable à celle de Sainte-Thérèse ne me prît en plein temple. Puis je vis Luther dans le chœur. Le
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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