Fetching
One moment.
Fetching
One moment.
1BATAILLES 2l3 qui se trouve rue de la République, près du vieux port. Au-dessus du Maître-Autel, je voyais une raie rouge qui allait jusqu'à Paris, et sur laquelle étaient écrites des lettres de feu. Un jour que Guatzegua m'énumérait les richesses enfouies à Mexico, pour les soustraire aux Espagnols, je lui répondis : « Eh bien, si nous devons être si riches là-bas, faites-nous l'avance des frais nécessaires au voyage ? » En sortant de l'église, je pensais : ce qui est écrit là n'est pas pour toi et si cela est, il faut, mon Dieu, me faire obtenir de quoi retourner à Paris. Le lendemain, nous étions à Nice, puis petit à petit nous passâmes à Aubagne, où nous étions très heureux et serions restés plus longtemps si le commissaire de police ne nous avait pas donné l'ordre d'aller plus loin ; la Ciotat, La Seyne, Toulon, Hyères, Saint-Tropez, Cannes, Grasse, Nice, Draguignan,et, partout où nous croyions pouvoir rester quelque temps, une chose ou une autre nous obligeait à aller plus loin, et c'est ainsi que nous prenions occultement, mais bien lon guement, le chemin de Paris. Quand nous nous trouvâmes à 440 kilomètres de la capitale, juste à moitié chemin entre Paris et Mar seille, sans argent, mais seulement des marchandises à vendre dans un pays froid où les gens sont plutôt pauvres et ne se servent pas de montres, j'eus un moment de découragement, mais Marius, qui avait roulé un peu partout sans argent, alla demander à coucher dans les fermes et ramassait le long du che min des pommes de terre qui servaient à nous nourrir.
2214 l'initiation Nous n'avions pas d'argent; mais nous n'avons pas eu faim. Le premier jour où nous nous sommes trouvés sans argent était un dimanche, et par curiosité je voulais voir si Zola avait dit vrai, en laissant mourir de faim son principal personnage dans le roman la Terre. A onze heures, après une pluie battante, nous arri vâmes dans une petite maison où nous trouvâmes un homme qui s'était couché pour ne plus faire de feu et économiser son bois. Il avait entendu quelques ins tants avant notre arrivée une voix qui lui avait dit de se lever et d'allumer son poêle. Le feu était allumé lorsque nous vînmes lui demander l'hospitalité. Il nous reçut très bien, assura me reconnaître; je me souvenais aussi avoir vu cet homme, bien que ce fut la première fois que nous nous rencontrions sur cette terre ; il nous offrit à manger. Nous acceptâmes avec joie, et il alla chercher la seule bouteille de vin qui lui restait. Notez que nous étions sur une haute montagne, dans la Nièvre, et que cet homme était obligé d'aller chercher son pain très loin. « Je suis pauvre, nous dit-il, mais je sais que ce que je fais pour vous me sera rendu. » Cet homme n'était pas fou; il ne divaguait pas. Frappé de sa confiance en Dieu, je fus honteux d'avoir douté. Si la mer est favorable aux apparitions divines, le haut d'une montagne jouit des mêmes propriétés, l'air y étant très pur. Je pris du pain, le rompis et j'invoquai Jésus, le suppliant de venir me donner une preuve que la communion des protestants vaut celle des catholiques.
3BATAILLES 21 5 Jésus vint rayonnant de lumière ; entre nous il y avait un voile et je vis une grande hostie noire qui lui couvrait le cœur ; lorsque je bus ensuite le vin, sa figure s'illumina un peu et ce fut tout. Luther m'avait donc dit vrai ; il faut la partie occulte de la religion pour que Jésus-Christ puisse nous aider à prendre la communion de son corps. Le temps s'étant mis au beau, nous nous mîmes en route, mais en nous dirigeant cette fois sur Paris. Nous fîmes la rencontre, à quatre heures de marche de la capitale, d'un Suisse, horloger, qui voyageait comme nous. Il nous mena chez un marchand de vins et nous paya du pain et du vin. Le soir, dans la ferme où nous couchâmes, nous trouvâmes une Pa risienne, la fille de la maison, qui était venue passer ses vacances et qui, heureuse de voir des Parisiens, nous invita à dîner avec sa famille. Le lendemain, au premier village où nous nous arrêtâmes, une bonne femme vint nous dire d'aller réparer sa pendule ; on lui avait dit qu'il allait passer deux horlogers. Pendant qu'on lui faisait son travail, elle alla chercher d'autres personnes qui avaient des réparations à faire. Elle nous donna à boire et à manger, et nous remit de plus 3 francs. Notez que nous n'avions pas demandé de l'ouvrage à cette femme, mais qu'elle nous attendait sur la route. A ceux qui douteraient de ces faits, je leur dirai que je prends Dieu à témoin de leur véracité. Ensuite, dans une autre ferme, nous avons trouvé un étudiant en médecine de Paris, qui nous fit avoir du travail et trouva à nous faire vendre de nos mar
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1BATAILLES 2l3 qui se trouve rue de la République, près du vieux port. Au-dessus du Maître-Autel, je voyais une raie rouge qui allait jusqu'à Paris, et sur laquelle étaient écrites des lettres de feu. Un jour que Guatzegua m'énumérait les richesses enfouies à Mexico, pour les soustraire aux Espagnols, je lui répondis : « Eh bien, si nous devons être si riches là-bas, faites-nous l'avance des frais nécessaires au voyage ? » En sortant de l'église, je pensais : ce qui est écrit là n'est pas pour toi et si cela est, il faut, mon Dieu, me faire obtenir de quoi retourner à Paris. Le lendemain, nous étions à Nice, puis petit à petit nous passâmes à Aubagne, où nous étions très heureux et serions restés plus longtemps si le commissaire de police ne nous avait pas donné l'ordre d'aller plus loin ; la Ciotat, La Seyne, Toulon, Hyères, Saint-Tropez, Cannes, Grasse, Nice, Draguignan,et, partout où nous croyions pouvoir rester quelque temps, une chose ou une autre nous obligeait à aller plus loin, et c'est ainsi que nous prenions occultement, mais bien lon guement, le chemin de Paris. Quand nous nous trouvâmes à 440 kilomètres de la capitale, juste à moitié chemin entre Paris et Mar seille, sans argent, mais seulement des marchandises à vendre dans un pays froid où les gens sont plutôt pauvres et ne se servent pas de montres, j'eus un moment de découragement, mais Marius, qui avait roulé un peu partout sans argent, alla demander à coucher dans les fermes et ramassait le long du che min des pommes de terre qui servaient à nous nourrir.
2214 l'initiation Nous n'avions pas d'argent; mais nous n'avons pas eu faim. Le premier jour où nous nous sommes trouvés sans argent était un dimanche, et par curiosité je voulais voir si Zola avait dit vrai, en laissant mourir de faim son principal personnage dans le roman la Terre. A onze heures, après une pluie battante, nous arri vâmes dans une petite maison où nous trouvâmes un homme qui s'était couché pour ne plus faire de feu et économiser son bois. Il avait entendu quelques ins tants avant notre arrivée une voix qui lui avait dit de se lever et d'allumer son poêle. Le feu était allumé lorsque nous vînmes lui demander l'hospitalité. Il nous reçut très bien, assura me reconnaître; je me souvenais aussi avoir vu cet homme, bien que ce fut la première fois que nous nous rencontrions sur cette terre ; il nous offrit à manger. Nous acceptâmes avec joie, et il alla chercher la seule bouteille de vin qui lui restait. Notez que nous étions sur une haute montagne, dans la Nièvre, et que cet homme était obligé d'aller chercher son pain très loin. « Je suis pauvre, nous dit-il, mais je sais que ce que je fais pour vous me sera rendu. » Cet homme n'était pas fou; il ne divaguait pas. Frappé de sa confiance en Dieu, je fus honteux d'avoir douté. Si la mer est favorable aux apparitions divines, le haut d'une montagne jouit des mêmes propriétés, l'air y étant très pur. Je pris du pain, le rompis et j'invoquai Jésus, le suppliant de venir me donner une preuve que la communion des protestants vaut celle des catholiques.
3BATAILLES 21 5 Jésus vint rayonnant de lumière ; entre nous il y avait un voile et je vis une grande hostie noire qui lui couvrait le cœur ; lorsque je bus ensuite le vin, sa figure s'illumina un peu et ce fut tout. Luther m'avait donc dit vrai ; il faut la partie occulte de la religion pour que Jésus-Christ puisse nous aider à prendre la communion de son corps. Le temps s'étant mis au beau, nous nous mîmes en route, mais en nous dirigeant cette fois sur Paris. Nous fîmes la rencontre, à quatre heures de marche de la capitale, d'un Suisse, horloger, qui voyageait comme nous. Il nous mena chez un marchand de vins et nous paya du pain et du vin. Le soir, dans la ferme où nous couchâmes, nous trouvâmes une Pa risienne, la fille de la maison, qui était venue passer ses vacances et qui, heureuse de voir des Parisiens, nous invita à dîner avec sa famille. Le lendemain, au premier village où nous nous arrêtâmes, une bonne femme vint nous dire d'aller réparer sa pendule ; on lui avait dit qu'il allait passer deux horlogers. Pendant qu'on lui faisait son travail, elle alla chercher d'autres personnes qui avaient des réparations à faire. Elle nous donna à boire et à manger, et nous remit de plus 3 francs. Notez que nous n'avions pas demandé de l'ouvrage à cette femme, mais qu'elle nous attendait sur la route. A ceux qui douteraient de ces faits, je leur dirai que je prends Dieu à témoin de leur véracité. Ensuite, dans une autre ferme, nous avons trouvé un étudiant en médecine de Paris, qui nous fit avoir du travail et trouva à nous faire vendre de nos mar
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
No commentary for this page.