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One moment.
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1AU PAYS DES ESPRITS 103 pêcher, tandis que mon souvenir évoque la muette angoisse de cette heure terrible, de cette heure der— nière que je passais, dans un lugubre et mystérieux silence, auprès du cadavre de l’être que j‘ai le plus aimé dans ma vie, je ne puis, dis«je, m’empêcher presque de pleurer sur moi-même, de pleurer sur ma misère, trop épouvantable alors, .pour pouvoir s’épan cher en larmes. Ma sinistre veille enfin s’acheva ; en même temps, deux idées fixes s’emparèrent de mon esprit: la première que le professeur von Marx n‘était plus, qu’il était mort, irrémissiblement mort, parti pour toujours; la seconde que, moi aussi, je devais mourir, car la vie sans lui ne me serait pas seulement trop misérable, elle me semblait une pure impossibi lité. ' Accoutuméà agir de prime-saut, l’avenir m‘apparut représenté sous toutes ses faces, dès le moment où je me levai pour quitter la chambre mortuaire. Mes lec teurs spiritualistes vont peut-être se demander pour quoi je ne retirai ni espérance ni assistance morale de la vision qui, sous la forme et avec la voix de mon ami bienaimé, m’avait instruit de son décès. le répon drai que, dans ce temps-là, une telle visitation était bien impuissante 'à m’inspirer de l’espérance ou à m’apporter quelque consolation. Les faits font impres sion sur l’esprit en proportion des tendances et de son état de réceptivité.à l’égard de certaines idées. Mon esprit à moi avait été façonné selon les doctrines matérialistes. Mes aspirations religieuses,traitées de chimères, avaientété l’objet constant des réprimandes de mes maîtres. On.m’avait appris à regarderlïimmm*
2104 L'INITIATION talité comme un attribut de la matière seule ; les ap— paritions de morts, aussi bien que celles d’esprits vivants, ne me représentaient que des émanations pouvant subsister pendant une brève période après la mort, mais ne pouvant maintenir un état d’être permanent, une fois achevée la décomposition natu relle des corps. Les éblouissantes visions même, si rayonnantes d’intelligence qui m’étaient apparues sous la forme de la belle Constance, j'avais appris à les regarder comme des images subjectives seulement, des productions de ma trop ardente imagination, ayant pris forme sur «le plan astral» où restent impé— rissablement fixées les impressions de toutes choses ayant existé. Telle était ma croyance au moment où, silencieux, je me glissai dans les escaliers conduisant hors de la chambre mortuaire. Je cheminai dans la rue solitaire. C’était nuit profonde dans Londres. Une pâle lune de printemps brillait par intervalles, à tra vers les déchirures d’un ciel orageux. L’air était gla— cial, pénétrant. Le désordre de mes vêtements n’était point fait pour me protéger contre la bise cinglante qui gémissait autour de moi. J’étais seul abandonné sur terre; car, bien que l’imprécise mémoire d’amis. et de parents flottât encore dans mon cerveau, son souvenir de lui seul obscurcissait tous les autres, oc— cupait toute ma pensée. Vaguement j’imaginais que: peutêtre il se trouverait quelqu’un sur terre pour pleurer ma perte, pour souffrir de mon absence; mais je ne pouvais concentrer cette pensée sur un autre que lui, etil était parti pour toujours! Si profonde était l‘impression que le professeur
3AU PAYS DES ESPRITS 105" von Marx avait laissée dans mon être, si pleine de lui était mon âme que rien au monde ne me parais-ü sait réel ou tangible hormis son image. Lui à jamais disparu, rentré dans la poussière, dans le néant, que pouvais—je faire? sinon l’imiter, disparaître, rentrer dans le néant. Avec une rapidité surprenante assurément, pour ceux qui n'ont point. étudié la philosophie des états mentaux extraordi naires, je passai en revue les divers moyens pouvant. me permettre d’accomplir mon triste dessein. Je rejet tai aussitôt tous ceux qui auraient pu attirer sur ma misérable dépouille l’attention ou la curiosité publi que. Je ne voulais ni pitié ni lamentations, ni indis crétions ou racontars. ' Dans ma désolation extrême, toute sympathie hu-» maine m’était odieuse, aussibien que toutregret d’âmes compatissantes lorsque je serais mort. Je voulais me: cacher aux yeux du monde, mourir secrètement, en un lieu où nul ne pût me découvrir. Finalement, je me déterminai à mourir de faim. J’aurais ainsi le: temps de voir le monde s’évanouir à mes yeux, de voir mon être rentrer insensiblement dans le néant, avant, d’être englouti totalement dans cet océan de l’oubli, qui m’avait pris la meilleure partie de moi-même.. Une dernière fois avant de m’abandonner à mon des tin, je permis à mon esprit d’évoquer son souvenir, Chose étrange à dire, ce ne fut point un sentiment de tendresse ou de regret qui m’anima en ce moment. Ce fut un amer sentiment de reproche envers celui qui m’avait ainsi abandonné, alors que la destinée elle-même semblait obéir à sa volonté toute-puissantes
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1AU PAYS DES ESPRITS 103 pêcher, tandis que mon souvenir évoque la muette angoisse de cette heure terrible, de cette heure der— nière que je passais, dans un lugubre et mystérieux silence, auprès du cadavre de l’être que j‘ai le plus aimé dans ma vie, je ne puis, dis«je, m’empêcher presque de pleurer sur moi-même, de pleurer sur ma misère, trop épouvantable alors, .pour pouvoir s’épan cher en larmes. Ma sinistre veille enfin s’acheva ; en même temps, deux idées fixes s’emparèrent de mon esprit: la première que le professeur von Marx n‘était plus, qu’il était mort, irrémissiblement mort, parti pour toujours; la seconde que, moi aussi, je devais mourir, car la vie sans lui ne me serait pas seulement trop misérable, elle me semblait une pure impossibi lité. ' Accoutuméà agir de prime-saut, l’avenir m‘apparut représenté sous toutes ses faces, dès le moment où je me levai pour quitter la chambre mortuaire. Mes lec teurs spiritualistes vont peut-être se demander pour quoi je ne retirai ni espérance ni assistance morale de la vision qui, sous la forme et avec la voix de mon ami bienaimé, m’avait instruit de son décès. le répon drai que, dans ce temps-là, une telle visitation était bien impuissante 'à m’inspirer de l’espérance ou à m’apporter quelque consolation. Les faits font impres sion sur l’esprit en proportion des tendances et de son état de réceptivité.à l’égard de certaines idées. Mon esprit à moi avait été façonné selon les doctrines matérialistes. Mes aspirations religieuses,traitées de chimères, avaientété l’objet constant des réprimandes de mes maîtres. On.m’avait appris à regarderlïimmm*
2104 L'INITIATION talité comme un attribut de la matière seule ; les ap— paritions de morts, aussi bien que celles d’esprits vivants, ne me représentaient que des émanations pouvant subsister pendant une brève période après la mort, mais ne pouvant maintenir un état d’être permanent, une fois achevée la décomposition natu relle des corps. Les éblouissantes visions même, si rayonnantes d’intelligence qui m’étaient apparues sous la forme de la belle Constance, j'avais appris à les regarder comme des images subjectives seulement, des productions de ma trop ardente imagination, ayant pris forme sur «le plan astral» où restent impé— rissablement fixées les impressions de toutes choses ayant existé. Telle était ma croyance au moment où, silencieux, je me glissai dans les escaliers conduisant hors de la chambre mortuaire. Je cheminai dans la rue solitaire. C’était nuit profonde dans Londres. Une pâle lune de printemps brillait par intervalles, à tra vers les déchirures d’un ciel orageux. L’air était gla— cial, pénétrant. Le désordre de mes vêtements n’était point fait pour me protéger contre la bise cinglante qui gémissait autour de moi. J’étais seul abandonné sur terre; car, bien que l’imprécise mémoire d’amis. et de parents flottât encore dans mon cerveau, son souvenir de lui seul obscurcissait tous les autres, oc— cupait toute ma pensée. Vaguement j’imaginais que: peutêtre il se trouverait quelqu’un sur terre pour pleurer ma perte, pour souffrir de mon absence; mais je ne pouvais concentrer cette pensée sur un autre que lui, etil était parti pour toujours! Si profonde était l‘impression que le professeur
3AU PAYS DES ESPRITS 105" von Marx avait laissée dans mon être, si pleine de lui était mon âme que rien au monde ne me parais-ü sait réel ou tangible hormis son image. Lui à jamais disparu, rentré dans la poussière, dans le néant, que pouvais—je faire? sinon l’imiter, disparaître, rentrer dans le néant. Avec une rapidité surprenante assurément, pour ceux qui n'ont point. étudié la philosophie des états mentaux extraordi naires, je passai en revue les divers moyens pouvant. me permettre d’accomplir mon triste dessein. Je rejet tai aussitôt tous ceux qui auraient pu attirer sur ma misérable dépouille l’attention ou la curiosité publi que. Je ne voulais ni pitié ni lamentations, ni indis crétions ou racontars. ' Dans ma désolation extrême, toute sympathie hu-» maine m’était odieuse, aussibien que toutregret d’âmes compatissantes lorsque je serais mort. Je voulais me: cacher aux yeux du monde, mourir secrètement, en un lieu où nul ne pût me découvrir. Finalement, je me déterminai à mourir de faim. J’aurais ainsi le: temps de voir le monde s’évanouir à mes yeux, de voir mon être rentrer insensiblement dans le néant, avant, d’être englouti totalement dans cet océan de l’oubli, qui m’avait pris la meilleure partie de moi-même.. Une dernière fois avant de m’abandonner à mon des tin, je permis à mon esprit d’évoquer son souvenir, Chose étrange à dire, ce ne fut point un sentiment de tendresse ou de regret qui m’anima en ce moment. Ce fut un amer sentiment de reproche envers celui qui m’avait ainsi abandonné, alors que la destinée elle-même semblait obéir à sa volonté toute-puissantes
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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