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1230 ÏlNITIATION On a dit qu’il savaitt‘out. L‘expression est vraie, mais elle veut une explication. Selon que Shakespeare orientait son esprit, il s’établissait une attraction entre ses fibres cérébrales et les idées adéquates au sujet médité. Ces idées venaient en essaim, lui apportant l’intuition, la divination.Ce qu’il savait se grossissait, se c_omplétait de ce que lui apportait l’astra’l.. Les ta bleaux akasiques se présentaient à lui, achevant les quelques traits qu’il avait déjà recueillis. Tantôt c’était le monde des féeries, des forces V)"— vantes de la nature animant le bois d’A_thènes ou l’at— mosphère de l’île de Prospero ; tantôt se reconstituai‘t avec une vérité précieuse, l’histoire du passé. Il vivait à Rome avec Jules César, à -Chypre avec Othellç. Ou bien s’il s’attachait àla peinture des âmes, la synthèse des caractères spéciaux qui constituent la jalousie, la haine, l’hypocrisie, l’héroïsme, la bonté, le dévoue— ment, se matérialisait devant lui, comme par un groupement d’élémentaires, tous en un, venant po— ser-devant lui. Les drames et les comédies de Sha kespeare se jouaient dans l’ast-ral, avant de prendre corps sur le théâtre du Globe. Ainsi l‘a dit Sardou dans la préface de notre tra duction : Il voyait en imagination ce qu’il n’a jamais pu réaliser sur une scène primitive. Oui, Shakespeare fut un voyant, dans la plus large acception du mot. ' Eut-il conscience de cette aide de l’astral? Oui, et c’est à cette compréhension qg’il convient d’attribuer
2LA LITTÉRATURE ET L’OCCULTISME 231 sa retraite prématurée. Jeanne d‘Arc ne put, à son grand regret, retourner dans son village, lorsqu’elle sentit que l’astralserait fermé pour elle, alors qu’elle n’entendit plus les voix, muettes aussi, celles-là. Du jour où elle agit seule, elle fut perdue. Shakespeare n’obéitpas aux mêmes entraînements. Dès que s’affaiblit en lui la vision surhumaine, il dé posa la plume et s’en alla dans sa petite ville de Strat ford-sur-Avon. Ainsi de notre temps fit Rossini, le chantre immortel de Guillaume Tell. Tous ces hommes étaient des écouteurs de l’astral ; quand leur cerveau —— soit fatigue, soit modification organique — ne l’entendircnt plus, ils se turent eux-mêmes. Si l’on cherchait une preuve, à l’appui de cette défi nition du génie de Shakespeare, on la trouverait dans la parfaite notion de l’occultisme dont son œuvre nous apporte tant de témoignages. A ce point de vue. rien n’est plus instructif que le drame de Macbeth. L’assimilation est évidente, et les nombreux détails indiquent une parfaite connaissance des pratiques de la sorcellerie. Le nombre trois est celui des sorcièresqui tournent trois fois trois fois autour du chaudron. Le crapaud Paddock est le grand agent d’envoûtement ; Shakes— peare note en passantl’égorgement des porcs, cérémo nie goétique qui remonte aux temps antiques. Voir Horace. Voici plus loin le cercle de la ronde des fées, délimité par l’herbe desséchée, que nous retrouvons dans le livre de notre regretté Guaita, le Serpent de la Genèse. v-*-——‘«s» -‘.. -—.\"*y- \, n\*« \-- _,. r—L_--_‘-«_u.m ‘w.._—.——s_._.
3.. »«m-. nu—-_-——__—__ no... -r.n - -<A u w a ,..-1. _,.. . lm mm 232 L’INITIATION La première scène du quatrième acte est typique. Ainsi la deuxième sorcière dit: — Trois fois... et une fois le hérissonneau a gémi. Trois est en effet le nombre fatidique ; mais il clôt l’action magique, et le —— un de plus — donne 4,‘ c’est-à-dire la réalisation. Les ingrédients du chaudron sont empruntés au plus pur manuel de magie, jusqu’à la mandragore, momie de sorcières — et les tiges d’if fendues, formant la baguette fourchue. Et fendues pendant l’éclipse de lune, circonstance bien connue des conjureurs et qui vise l’influence de l’ambiance sur les choses. Plus loin, une sorcière jure — parles piqûres de mes pouces! On sait que les hystériques sont d’une sensibilité extrême au bout des doigts, et les expé riences de Baraduc et de Jodko ont prouvé le rayon nement fluidique des pointes. Une autre parle de graisse qui a sué du gibet d’un meurtrier, et on sait que tout corps, tout objet dégage un fluide, une aura qui est imprégnée non seulement du bien ou du mal physique existant dans l’être ou dans l’objet, mais aussi et surtout du bien ou du mal moral qui sont en eux. Autour du gibet, il y a l’aura de cruauté du bourreau, de rage ou de désespoir de la victime,et ces hideurs sont un poison. Mais c’est surtout dans la question des apparitions que Shakespeare révèle une compétence si profonde qu’on s’est demandé parfois s'il ne s’était pas initié à quelque société analogueaux Rose—Croix. Tout d’abord Macbeth a la vision astrale du crime qu’il va commettre — ma pensée,dit-il, où lemeurtre
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1230 ÏlNITIATION On a dit qu’il savaitt‘out. L‘expression est vraie, mais elle veut une explication. Selon que Shakespeare orientait son esprit, il s’établissait une attraction entre ses fibres cérébrales et les idées adéquates au sujet médité. Ces idées venaient en essaim, lui apportant l’intuition, la divination.Ce qu’il savait se grossissait, se c_omplétait de ce que lui apportait l’astra’l.. Les ta bleaux akasiques se présentaient à lui, achevant les quelques traits qu’il avait déjà recueillis. Tantôt c’était le monde des féeries, des forces V)"— vantes de la nature animant le bois d’A_thènes ou l’at— mosphère de l’île de Prospero ; tantôt se reconstituai‘t avec une vérité précieuse, l’histoire du passé. Il vivait à Rome avec Jules César, à -Chypre avec Othellç. Ou bien s’il s’attachait àla peinture des âmes, la synthèse des caractères spéciaux qui constituent la jalousie, la haine, l’hypocrisie, l’héroïsme, la bonté, le dévoue— ment, se matérialisait devant lui, comme par un groupement d’élémentaires, tous en un, venant po— ser-devant lui. Les drames et les comédies de Sha kespeare se jouaient dans l’ast-ral, avant de prendre corps sur le théâtre du Globe. Ainsi l‘a dit Sardou dans la préface de notre tra duction : Il voyait en imagination ce qu’il n’a jamais pu réaliser sur une scène primitive. Oui, Shakespeare fut un voyant, dans la plus large acception du mot. ' Eut-il conscience de cette aide de l’astral? Oui, et c’est à cette compréhension qg’il convient d’attribuer
2LA LITTÉRATURE ET L’OCCULTISME 231 sa retraite prématurée. Jeanne d‘Arc ne put, à son grand regret, retourner dans son village, lorsqu’elle sentit que l’astralserait fermé pour elle, alors qu’elle n’entendit plus les voix, muettes aussi, celles-là. Du jour où elle agit seule, elle fut perdue. Shakespeare n’obéitpas aux mêmes entraînements. Dès que s’affaiblit en lui la vision surhumaine, il dé posa la plume et s’en alla dans sa petite ville de Strat ford-sur-Avon. Ainsi de notre temps fit Rossini, le chantre immortel de Guillaume Tell. Tous ces hommes étaient des écouteurs de l’astral ; quand leur cerveau —— soit fatigue, soit modification organique — ne l’entendircnt plus, ils se turent eux-mêmes. Si l’on cherchait une preuve, à l’appui de cette défi nition du génie de Shakespeare, on la trouverait dans la parfaite notion de l’occultisme dont son œuvre nous apporte tant de témoignages. A ce point de vue. rien n’est plus instructif que le drame de Macbeth. L’assimilation est évidente, et les nombreux détails indiquent une parfaite connaissance des pratiques de la sorcellerie. Le nombre trois est celui des sorcièresqui tournent trois fois trois fois autour du chaudron. Le crapaud Paddock est le grand agent d’envoûtement ; Shakes— peare note en passantl’égorgement des porcs, cérémo nie goétique qui remonte aux temps antiques. Voir Horace. Voici plus loin le cercle de la ronde des fées, délimité par l’herbe desséchée, que nous retrouvons dans le livre de notre regretté Guaita, le Serpent de la Genèse. v-*-——‘«s» -‘.. -—.\"*y- \, n\*« \-- _,. r—L_--_‘-«_u.m ‘w.._—.——s_._.
3.. »«m-. nu—-_-——__—__ no... -r.n - -<A u w a ,..-1. _,.. . lm mm 232 L’INITIATION La première scène du quatrième acte est typique. Ainsi la deuxième sorcière dit: — Trois fois... et une fois le hérissonneau a gémi. Trois est en effet le nombre fatidique ; mais il clôt l’action magique, et le —— un de plus — donne 4,‘ c’est-à-dire la réalisation. Les ingrédients du chaudron sont empruntés au plus pur manuel de magie, jusqu’à la mandragore, momie de sorcières — et les tiges d’if fendues, formant la baguette fourchue. Et fendues pendant l’éclipse de lune, circonstance bien connue des conjureurs et qui vise l’influence de l’ambiance sur les choses. Plus loin, une sorcière jure — parles piqûres de mes pouces! On sait que les hystériques sont d’une sensibilité extrême au bout des doigts, et les expé riences de Baraduc et de Jodko ont prouvé le rayon nement fluidique des pointes. Une autre parle de graisse qui a sué du gibet d’un meurtrier, et on sait que tout corps, tout objet dégage un fluide, une aura qui est imprégnée non seulement du bien ou du mal physique existant dans l’être ou dans l’objet, mais aussi et surtout du bien ou du mal moral qui sont en eux. Autour du gibet, il y a l’aura de cruauté du bourreau, de rage ou de désespoir de la victime,et ces hideurs sont un poison. Mais c’est surtout dans la question des apparitions que Shakespeare révèle une compétence si profonde qu’on s’est demandé parfois s'il ne s’était pas initié à quelque société analogueaux Rose—Croix. Tout d’abord Macbeth a la vision astrale du crime qu’il va commettre — ma pensée,dit-il, où lemeurtre
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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