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1106 L’INITIATION En d’autres termes, les phénomènes occultes en ques tion ne se produisent pas dans tel immeuble détermi né, quels qu’en soient les habitants; ils suivent, au contraire, la même famille, en quelque lieu qu’elle se transporte. C’est, pourrait-on dire, -— en empruntant à la langue juridique une expression commode, — une hantise personnelle et non pas réelle. Comme exemple topique de hantise de cette dernière sorte, je puis citer le cas du presbytère de Villiers (près Poi tiers) ; pendant plus de dix ans, les divers curés qui se succédèrent dans cette habitation furent témoins des mêmes faits extraordinaires qui effrayèrent tout le pays, et qui n’ont cessé que depuis peu de temps. — En regard, comme type de hantise personnelle, le cas de la famille Sabourault me paraît à souhait net et concluant. Les phénomènes occultes qui troublent encore ces pauvres gens commencèrent à se produire quelque temps après leur mariage, il y a une vingtaine d’an nées. Avant leur union, M. et Mme Sabourault n’avaient jamais été témoins de rien d'anormal, et aucun fait extranaturel ne s’était, à leur connaissance, passé, jusque-là, dans leurs familles respectives. Ce fut dans le quatre ou cinquième mois qui suivitleur mariage qu’apparut pour la première fois la trou blante persécution : quelques jours après la mort d’une tante de Mme Sabourault, des grattçments éner giques, des roulements de tambour, des bruits de chaînes traînées et d’eau tombant en cascade se firent entendre une nuit, et continuèrent les nuits suivantes. M. et M"“ Sabourault habitaient alors la petite maison
2LA FAMILLE HANTÉE D’YZEURES 107 dont ils sont propriétaires à Poitiers (faubourg Mont bernage), et tout le quartier fut témoin de ces faits. Dans les années qui suivirent, les bruits insolites ne cessèrent pas, et, quand les Sabourault quittèrent Poi tiers, leur maison du faubourg Montbernage, consi— dérée comme hantée, resta longtemps sans pouvoir se louer. Mais ce n’était pas à la maison qu’en voulait l’Invi sible, c’était à ses habitants. Ils s’en aperçurent bien tôt. M. Sabourault, qui est entrepreneur, avait trouvé du travail à Bournand, près Loudun ; et, en quittant Poitiers, c’est là qu’il se fixa avec sa famille, pour travailler à la reconstruction de l’église. Pendant les quelques années qu‘ils y restèrent, ils n’eurent guère plus de tranquillité qu’en leur précédente résidence. L’église de Bournand achevée, M. Sabourault et les siens allèrent habiter Loudun, où l’entrepreneur avait trouvé du travail. En cette nouvelle ville, même per sécution. Signalons toutefois qu’en leurs séjours à Bournand et à Loudun, les Sabourault eurent quel— ques périodes de répit; souvent, des mois entiers s’écoulaient sans qu’aucun phénomène insolite vint troubler leur repos. Mais ces périodes d’accalmie étaient bientôt suivies de nouveaux orages : les bruits ne tardaient pas à reprendre, avec une intensité et une furie d’autant plus grandes qu’ils avaient été plus longtemps comprimés. C’est venant de Loudun que la famille Sabourault se fixa à Yzeures, au mois_ de septembre dernier: comme à Bournand, M. Sabourault s’était porté adju dicataire des travaux de reconstruction de l’église.
3108 L’INITIATION Dans une situation de fortune déjà très précaire (des sommes importantes qu’on lui devait ne lui étaient pas payées), il s’installait avec sa femme et deux de ses fillettes dans une modeste chambre d’hôtel, où il resta jusqu’aux derniers jours du mois de mars dernier. Les phénomènes s’étaient manifestés sitôt leur arri vée, et le bruit s’en était répandu dans toute la con trée. Bientôt, de toutes parts les curieux afiluèrent, demandant à passer des nuits dans la maison et à observer par eux-mêmes. Un autre que M. Sabourault eût peut—être songé à exploiter la curiosité publique, et exigé des visiteurs une rétribution ou un cadeau. En honnête homme, M. Sabourault n’en eut pas l’idée; il ne demanda rien àqui que ce soit et n’accepta de per sonne ni argent ni don d’aucune sorte. Le fait vaut qu'on le signale; et ce désintéressement, plus méritoire encore dans la situation obérée de la famille Sabou— rault, ne doit pas être passé sous silence. Avec une grande complaisance et une infinie bonne grâce, M. Sabourault recevait dans sa chambre les visiteurs et les curieux. C‘est ainsi que je pus, en compagnie d’amis, passer plusieurs nuits dans la maison hantée : l’une en décembre, deux en janvier, une quatrième en février, plus quatre autres consécutives en mars. Au bout de quelque temps, les journalistes s’ému rent : une feuille de Poitiers envoya àYzeures un de ses rédacteurs. Le Journal, qui commençait une enquête sur le Spiritisme, y dépêchaM. Gustave Kahn. Celui-ci, accompagné du D'Legué, passa deux heures dans la maison de M. Sabourault, n’observa rien, et conclut sans hésiter que tout n’était dans cette affaire
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1106 L’INITIATION En d’autres termes, les phénomènes occultes en ques tion ne se produisent pas dans tel immeuble détermi né, quels qu’en soient les habitants; ils suivent, au contraire, la même famille, en quelque lieu qu’elle se transporte. C’est, pourrait-on dire, -— en empruntant à la langue juridique une expression commode, — une hantise personnelle et non pas réelle. Comme exemple topique de hantise de cette dernière sorte, je puis citer le cas du presbytère de Villiers (près Poi tiers) ; pendant plus de dix ans, les divers curés qui se succédèrent dans cette habitation furent témoins des mêmes faits extraordinaires qui effrayèrent tout le pays, et qui n’ont cessé que depuis peu de temps. — En regard, comme type de hantise personnelle, le cas de la famille Sabourault me paraît à souhait net et concluant. Les phénomènes occultes qui troublent encore ces pauvres gens commencèrent à se produire quelque temps après leur mariage, il y a une vingtaine d’an nées. Avant leur union, M. et Mme Sabourault n’avaient jamais été témoins de rien d'anormal, et aucun fait extranaturel ne s’était, à leur connaissance, passé, jusque-là, dans leurs familles respectives. Ce fut dans le quatre ou cinquième mois qui suivitleur mariage qu’apparut pour la première fois la trou blante persécution : quelques jours après la mort d’une tante de Mme Sabourault, des grattçments éner giques, des roulements de tambour, des bruits de chaînes traînées et d’eau tombant en cascade se firent entendre une nuit, et continuèrent les nuits suivantes. M. et M"“ Sabourault habitaient alors la petite maison
2LA FAMILLE HANTÉE D’YZEURES 107 dont ils sont propriétaires à Poitiers (faubourg Mont bernage), et tout le quartier fut témoin de ces faits. Dans les années qui suivirent, les bruits insolites ne cessèrent pas, et, quand les Sabourault quittèrent Poi tiers, leur maison du faubourg Montbernage, consi— dérée comme hantée, resta longtemps sans pouvoir se louer. Mais ce n’était pas à la maison qu’en voulait l’Invi sible, c’était à ses habitants. Ils s’en aperçurent bien tôt. M. Sabourault, qui est entrepreneur, avait trouvé du travail à Bournand, près Loudun ; et, en quittant Poitiers, c’est là qu’il se fixa avec sa famille, pour travailler à la reconstruction de l’église. Pendant les quelques années qu‘ils y restèrent, ils n’eurent guère plus de tranquillité qu’en leur précédente résidence. L’église de Bournand achevée, M. Sabourault et les siens allèrent habiter Loudun, où l’entrepreneur avait trouvé du travail. En cette nouvelle ville, même per sécution. Signalons toutefois qu’en leurs séjours à Bournand et à Loudun, les Sabourault eurent quel— ques périodes de répit; souvent, des mois entiers s’écoulaient sans qu’aucun phénomène insolite vint troubler leur repos. Mais ces périodes d’accalmie étaient bientôt suivies de nouveaux orages : les bruits ne tardaient pas à reprendre, avec une intensité et une furie d’autant plus grandes qu’ils avaient été plus longtemps comprimés. C’est venant de Loudun que la famille Sabourault se fixa à Yzeures, au mois_ de septembre dernier: comme à Bournand, M. Sabourault s’était porté adju dicataire des travaux de reconstruction de l’église.
3108 L’INITIATION Dans une situation de fortune déjà très précaire (des sommes importantes qu’on lui devait ne lui étaient pas payées), il s’installait avec sa femme et deux de ses fillettes dans une modeste chambre d’hôtel, où il resta jusqu’aux derniers jours du mois de mars dernier. Les phénomènes s’étaient manifestés sitôt leur arri vée, et le bruit s’en était répandu dans toute la con trée. Bientôt, de toutes parts les curieux afiluèrent, demandant à passer des nuits dans la maison et à observer par eux-mêmes. Un autre que M. Sabourault eût peut—être songé à exploiter la curiosité publique, et exigé des visiteurs une rétribution ou un cadeau. En honnête homme, M. Sabourault n’en eut pas l’idée; il ne demanda rien àqui que ce soit et n’accepta de per sonne ni argent ni don d’aucune sorte. Le fait vaut qu'on le signale; et ce désintéressement, plus méritoire encore dans la situation obérée de la famille Sabou— rault, ne doit pas être passé sous silence. Avec une grande complaisance et une infinie bonne grâce, M. Sabourault recevait dans sa chambre les visiteurs et les curieux. C‘est ainsi que je pus, en compagnie d’amis, passer plusieurs nuits dans la maison hantée : l’une en décembre, deux en janvier, une quatrième en février, plus quatre autres consécutives en mars. Au bout de quelque temps, les journalistes s’ému rent : une feuille de Poitiers envoya àYzeures un de ses rédacteurs. Le Journal, qui commençait une enquête sur le Spiritisme, y dépêchaM. Gustave Kahn. Celui-ci, accompagné du D'Legué, passa deux heures dans la maison de M. Sabourault, n’observa rien, et conclut sans hésiter que tout n’était dans cette affaire
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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