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1LE TAOÏSME ET LES SOCIÉTÉS SECRÈTES CHINOISES 9 des maîtres est son investiture; son succès est sa con— sécration. Il n’a besoin de rien autre pour être en vé nération à la foule des lettrés, et pour suivre, dans la seconde, sa voie cachée. L’enseignement dela science —— dans le sens entier du mot — est leur seule fonction et la seule cérémo nie du taoïsme. Il est évident que les formules volon tairement abstraites, générales et impersonnelles, où se complaît l’enseignement de Laotseu, ont besoin d’une perpétuelle paraphrase. Elle est faite dans une glose, une tradition orale, qui est la même partout où. le taoïsme s’enseigne. Ces docteurs qui portent le nom de tongsang (hommes qui voient clair), et s’occupent de la métaphysique et des problème que soulève l’en— seignement de Laotseu, donnent l’enseignement clas- ' sique du taoïsme. A côté d’eux, sont les phutuy qui se distinguent d’eux par un caractère hiératique traditionnel. Toute philosophie s’est toujours sentie attirée par le pro blème de l’origine des dieux et de l'origine de l’idée de Dieu. De plus, elle gagne en influence si, par le mysticisme de ses dehors et la hiérarchisation de ses sacerdotes, elle émeut la religiosité du peuple. C’est pourquoi les adeptes de Laotseu firent à leur maître une place dans les temples, 'et eurent, pour l’honorer, sinon des rites et une liturgie, du moins une hiérar— chie hiératique. Cette hiérarchie fut d’autant plus facile à installer que la solitude et l’étude, dont Lao tseu fait un devoir àses disciples,donnèrent naissance à des communautés, les unes cloîtrées, les autres er rantes, dont les chefs devinrent rapidement des supé
210 L’lNITIATION rieurs spirituels. C’est de cette institution que les « phutuy » actuels sont les restes et les témoins. Enfin, au dernier degré de la hiérarchie se tiennent les « phap », qui, en plus des sciences plus haut allu sionnées, connaissent les toxicologies sacrées et pro— fanes, et spécialement toutes les sciences divinatoires, depuis la métaposcopie jusqu’au sidersime. Les rites évocatoires tiennent ici une grande place, dans ce collègequi suit l’enseignement du Dragon, fantastique emblème, personnificateur de l’Empire du tuitien, maître suprême et omniscient du chemin de la droite et du chemin de la gauche (1). 9: 44 Comment la science premièreet entière, dégagée de toutes les gangues et scories des commentateurs, est elle transmise aux phapactuels ? Comment ceux-ci la communiquent-ils à leurs adeptes, qui sont des suc cesseurs désignés de leur vivant ? Par quelle pratique obtiennent—ilsle pouvoircorrespondantà cette science P Sur quoi etsur qui exercent-ils cette puissance mysté rieuse ? Voilà parmi les questions qu’on seraiten droit de poser, les seules auxquelles on n’est point en droit de répondre; ceux qui réfléchissent pourront trouver d’autant plus d’éloquence à ce silence, qu’on ne cache point qu’ilest dû à des obligations morales, et aussi à un certain instinct de conservation. On comprendra (l) Pour les symboles de la métaphysique chinoise, consul ter les Annales de la Société d’ethnographie (Mémoires du Co 2nzte sznico—japonais, XIX, pp. 179 à 218), Paris, 28,rueMaza— une.
3LE TAO'I‘SME ET LES SOCIÉTÉS SECRÈTES CHINOISES I 1 facilement que, suivant le précepte oriental, tout n’est pas fait pour être divulgué, et qu’on n’est vraiment digne d’obtenir la connaissance que quand on est capable de la découvrir soi—même. Il est d’ailleurs bien d’autres questions sur lesquelles on peut, sans dangers ni réticences, appeler l‘intérêt occidental; celle-ci notamment : quelles sont, dans les trois mys térieux collèges que je viens d’énumérer, les sciences enseignées et mises en pratique? Je puis affirmer que tout ce qui suit n’a pas encore été exprimé ni écrit. Dans le collège des Tongsang (et j’emploie le mot collège dans le sens large d’institution traditionnelle), ou ne reçoit que les docteurs, c’est—à-dire les savants reçus aux plus hauts grades de la hiérarchie non Offi— cielle des lettrés (les autres titres étant à la disposition des souverains). Ils ne sont admis au titre taoïste et à l’enseignement qu’après un plus ou moins long sé jour, soit dans une retraite obscure, soit dans un de ces monastères éloignés que l’on nomme des « temples sans portes », où ils s’adonnent à des travaux mys tiques et extatiques, et où la longue contemplation de l’univers les fait entrer au tréfonds des lois de la na— ture(1). De leur enseignement, que l’on vient cher cher de fort loin, ils sont les maîtres et les dispensa teurs absolus; et leurs cours (si l’on peut employer ce mot pour les conversations qu’ils tiennent à la mode platonicienne), sont publiés suivant la composition de leur auditoire; ilsles modifient, les augmentent ou (I) Pour ce qui concerne l’enseignement du « Temple sans portes », consulter l‘Autre Côté du Mur (chap. v et x1v), chez Chamuel, 5, rue de Savoie, Paris.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1LE TAOÏSME ET LES SOCIÉTÉS SECRÈTES CHINOISES 9 des maîtres est son investiture; son succès est sa con— sécration. Il n’a besoin de rien autre pour être en vé nération à la foule des lettrés, et pour suivre, dans la seconde, sa voie cachée. L’enseignement dela science —— dans le sens entier du mot — est leur seule fonction et la seule cérémo nie du taoïsme. Il est évident que les formules volon tairement abstraites, générales et impersonnelles, où se complaît l’enseignement de Laotseu, ont besoin d’une perpétuelle paraphrase. Elle est faite dans une glose, une tradition orale, qui est la même partout où. le taoïsme s’enseigne. Ces docteurs qui portent le nom de tongsang (hommes qui voient clair), et s’occupent de la métaphysique et des problème que soulève l’en— seignement de Laotseu, donnent l’enseignement clas- ' sique du taoïsme. A côté d’eux, sont les phutuy qui se distinguent d’eux par un caractère hiératique traditionnel. Toute philosophie s’est toujours sentie attirée par le pro blème de l’origine des dieux et de l'origine de l’idée de Dieu. De plus, elle gagne en influence si, par le mysticisme de ses dehors et la hiérarchisation de ses sacerdotes, elle émeut la religiosité du peuple. C’est pourquoi les adeptes de Laotseu firent à leur maître une place dans les temples, 'et eurent, pour l’honorer, sinon des rites et une liturgie, du moins une hiérar— chie hiératique. Cette hiérarchie fut d’autant plus facile à installer que la solitude et l’étude, dont Lao tseu fait un devoir àses disciples,donnèrent naissance à des communautés, les unes cloîtrées, les autres er rantes, dont les chefs devinrent rapidement des supé
210 L’lNITIATION rieurs spirituels. C’est de cette institution que les « phutuy » actuels sont les restes et les témoins. Enfin, au dernier degré de la hiérarchie se tiennent les « phap », qui, en plus des sciences plus haut allu sionnées, connaissent les toxicologies sacrées et pro— fanes, et spécialement toutes les sciences divinatoires, depuis la métaposcopie jusqu’au sidersime. Les rites évocatoires tiennent ici une grande place, dans ce collègequi suit l’enseignement du Dragon, fantastique emblème, personnificateur de l’Empire du tuitien, maître suprême et omniscient du chemin de la droite et du chemin de la gauche (1). 9: 44 Comment la science premièreet entière, dégagée de toutes les gangues et scories des commentateurs, est elle transmise aux phapactuels ? Comment ceux-ci la communiquent-ils à leurs adeptes, qui sont des suc cesseurs désignés de leur vivant ? Par quelle pratique obtiennent—ilsle pouvoircorrespondantà cette science P Sur quoi etsur qui exercent-ils cette puissance mysté rieuse ? Voilà parmi les questions qu’on seraiten droit de poser, les seules auxquelles on n’est point en droit de répondre; ceux qui réfléchissent pourront trouver d’autant plus d’éloquence à ce silence, qu’on ne cache point qu’ilest dû à des obligations morales, et aussi à un certain instinct de conservation. On comprendra (l) Pour les symboles de la métaphysique chinoise, consul ter les Annales de la Société d’ethnographie (Mémoires du Co 2nzte sznico—japonais, XIX, pp. 179 à 218), Paris, 28,rueMaza— une.
3LE TAO'I‘SME ET LES SOCIÉTÉS SECRÈTES CHINOISES I 1 facilement que, suivant le précepte oriental, tout n’est pas fait pour être divulgué, et qu’on n’est vraiment digne d’obtenir la connaissance que quand on est capable de la découvrir soi—même. Il est d’ailleurs bien d’autres questions sur lesquelles on peut, sans dangers ni réticences, appeler l‘intérêt occidental; celle-ci notamment : quelles sont, dans les trois mys térieux collèges que je viens d’énumérer, les sciences enseignées et mises en pratique? Je puis affirmer que tout ce qui suit n’a pas encore été exprimé ni écrit. Dans le collège des Tongsang (et j’emploie le mot collège dans le sens large d’institution traditionnelle), ou ne reçoit que les docteurs, c’est—à-dire les savants reçus aux plus hauts grades de la hiérarchie non Offi— cielle des lettrés (les autres titres étant à la disposition des souverains). Ils ne sont admis au titre taoïste et à l’enseignement qu’après un plus ou moins long sé jour, soit dans une retraite obscure, soit dans un de ces monastères éloignés que l’on nomme des « temples sans portes », où ils s’adonnent à des travaux mys tiques et extatiques, et où la longue contemplation de l’univers les fait entrer au tréfonds des lois de la na— ture(1). De leur enseignement, que l’on vient cher cher de fort loin, ils sont les maîtres et les dispensa teurs absolus; et leurs cours (si l’on peut employer ce mot pour les conversations qu’ils tiennent à la mode platonicienne), sont publiés suivant la composition de leur auditoire; ilsles modifient, les augmentent ou (I) Pour ce qui concerne l’enseignement du « Temple sans portes », consulter l‘Autre Côté du Mur (chap. v et x1v), chez Chamuel, 5, rue de Savoie, Paris.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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