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16 L’INITIATION t 44 « Aimez la Religion: défiez-vous des religions. » Telle est la formule inscrite au fronton des temples ; tel est le premier précepte de la philosophie chinoise; et la Religion universelle, par là même indiquée, est l’unique souci de leurs savants. Il n’y a pas de sec taires en Chine, à moins que l’on ne nomme tels les Chinois, que ces ambitions antidynastiques ont fait musulmans dans le Sud, ou les pauvres diables et les vagabonds que les missionnaires christianisent avec des gros sous et des paquets de tabac. Le confu cianisme n’est pas une religion: c’est une politique religieuse; le bouddhisme n’est pas une religion (du moins dans son exportation): c’est une morale reli— gieuse (I). Il n’y a en Chine que la religion du génie intercesseur (paganisme mythologique), apanage de la foule, et le taoïsme (ésotérisme mystique et magique), apanage exclusif des lettrés et des savants. M’attarder à démontrer ici ces propositions prendrait un volume: il faut se résigner à les accepter comme évidentes, sur la foi de ceux qui savent, ou à en cher— cher les preuves dans les livres spéciaux (que j’indi qùerai bien volontiers aux gens qui seraient curieux de ces recherches, et familiers de l’écriture idéogra phique chinoise). -— Mais j’appuie sur ce fait que, politique, social et mystique, le taoïsme est aujour— d’hui le seul ésotérisme qui ait ses prêtres reconnus (I) Le bouddhisme, tel que le décrit savamment M. Chabo— seau, n’est cultivé que dans l’Inde méridionale, avec les soins minutieux d’une plante rare.
2LE TAOÏSME ET LES SOCIÉTÉS SECRÈTES CHINOISES 7 à et ses rites publics, et j’insiste là-dessus parce que c’est pricisément à ce caractère qu'il doit d’être devenu le refuge et le centre de toutes les associations secrètes des races jaunes. En voici la double raison : la première est que, au point de vue politique, le taoïsme enseigne précisé ment la doctrine que, plus tard et dans le domaine pratique , renouvelèrent les sociétés secrètes; la deuxième est que, comme lesdites sociétés, le taoïsme est une religion à hiérarchie fermée. Examinons un instant ces deux faits: I” Les préceptes politiques. — Par analogie avec les commentateurs de Fohi, les commentateurs de Laotseu étaient engagés à tirer, des préceptes de leur maître, une application politiquezils y sont entraînés par une loi qui semble générale; les peuples en effet qui n’ont aucune part à l’activité de la chose publique extérieure font beaucoup de politique : les Belges, par exemple, les Suisses, les Suédois, et, je l’ajoute— rai. les Chinois. Chacun sait que le Yiking possède plusieurs sens et, entre autres, le sens politique qui, s’il n’est pas le plus relevé, est du moins le plus ré— pandu. Or le Yiking, où il n‘y a rien de subversif, révèle à Confucius les devoirs du roi envers les sujets, etjamais les obligations des sujets envers les rois. De même Laotseu a très nettement indiqué, en quelques phrases, que tout l’appareil dynastique, autocrate, oli— garchique ou militaire, ne lui inspire qu’une dédai gneuse pitié, et que c’est en punition de leurs imper— fections que les hommes sont réduits à être gouvernés par d’autres hommes (Tac, chap. xxvx, XXIX, -— Te,
38 L‘INITIATION ..—.._—_.«nn.—.—--œ--» .r— _\_, __- .—.. . -..... . ,. ;-—. . -.1, . ÿ».v.. ,., w._‘. 7.7 chap. 11). Et enfin il déclare que la royauté est un obs— tacle au bonheur de l’homme (1). Il n’en fallait pas tant, et la doctrine politique is sue du taoïsme est un socialisme relatif et mitigé. Dans leur action primitive, les enseignements du Tao s’adressaient à chacun en particulier ; chacun de vait conserver ses sentiments dans son cœur, et, par suite, tous ces principes manquaient d‘application. Maisle silence n’est une vertu bien pratiquée nulle part. Du jour où les conciliabules des disciples de Laotseu furent pratiques, ils devinrent ennemis de l’ordre de choses établi. Et donc tousles envieux de la dynastie impériale actuelle furent trop heureux de prendre l’étiquette de taoïstes et d’abriter leurs reven ' dications matérielles sous un nom aussi glorieux et d’aussi respectables préceptes; 2° Mais il est une autre raison qui a poussé au taoïsme les sociétés secrètes, c’est l’indépendance ab solue de son rite et de sa hiérarchie. A proprement parler, la hiérarchie taoïste ne compte pas de prêtres et de desservants, puisqu‘il n’y a pas de culte exté rieur ni de membres salariés et; par suite, fonction naires, puisqu'il n‘y a pas de frais, ni de membres élus par le peuple, ou choisis par l'État, puisque le peuple ignore et que l’État ne paie pas. Le mot « prêtre » est ici bien impropre, car il ne célèbre pas mais enseigne. La science acquise est le droit du prêtre taoïste; l’aveu (1) Consulter les traductions françaises, parues chez Bailly, x 1, rue de la Chaussée—d’Antin, du Tao et du Te de Laotseu, sous la collaboration d’un membre du collège hiératique du taoïsme.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
16 L’INITIATION t 44 « Aimez la Religion: défiez-vous des religions. » Telle est la formule inscrite au fronton des temples ; tel est le premier précepte de la philosophie chinoise; et la Religion universelle, par là même indiquée, est l’unique souci de leurs savants. Il n’y a pas de sec taires en Chine, à moins que l’on ne nomme tels les Chinois, que ces ambitions antidynastiques ont fait musulmans dans le Sud, ou les pauvres diables et les vagabonds que les missionnaires christianisent avec des gros sous et des paquets de tabac. Le confu cianisme n’est pas une religion: c’est une politique religieuse; le bouddhisme n’est pas une religion (du moins dans son exportation): c’est une morale reli— gieuse (I). Il n’y a en Chine que la religion du génie intercesseur (paganisme mythologique), apanage de la foule, et le taoïsme (ésotérisme mystique et magique), apanage exclusif des lettrés et des savants. M’attarder à démontrer ici ces propositions prendrait un volume: il faut se résigner à les accepter comme évidentes, sur la foi de ceux qui savent, ou à en cher— cher les preuves dans les livres spéciaux (que j’indi qùerai bien volontiers aux gens qui seraient curieux de ces recherches, et familiers de l’écriture idéogra phique chinoise). -— Mais j’appuie sur ce fait que, politique, social et mystique, le taoïsme est aujour— d’hui le seul ésotérisme qui ait ses prêtres reconnus (I) Le bouddhisme, tel que le décrit savamment M. Chabo— seau, n’est cultivé que dans l’Inde méridionale, avec les soins minutieux d’une plante rare.
2LE TAOÏSME ET LES SOCIÉTÉS SECRÈTES CHINOISES 7 à et ses rites publics, et j’insiste là-dessus parce que c’est pricisément à ce caractère qu'il doit d’être devenu le refuge et le centre de toutes les associations secrètes des races jaunes. En voici la double raison : la première est que, au point de vue politique, le taoïsme enseigne précisé ment la doctrine que, plus tard et dans le domaine pratique , renouvelèrent les sociétés secrètes; la deuxième est que, comme lesdites sociétés, le taoïsme est une religion à hiérarchie fermée. Examinons un instant ces deux faits: I” Les préceptes politiques. — Par analogie avec les commentateurs de Fohi, les commentateurs de Laotseu étaient engagés à tirer, des préceptes de leur maître, une application politiquezils y sont entraînés par une loi qui semble générale; les peuples en effet qui n’ont aucune part à l’activité de la chose publique extérieure font beaucoup de politique : les Belges, par exemple, les Suisses, les Suédois, et, je l’ajoute— rai. les Chinois. Chacun sait que le Yiking possède plusieurs sens et, entre autres, le sens politique qui, s’il n’est pas le plus relevé, est du moins le plus ré— pandu. Or le Yiking, où il n‘y a rien de subversif, révèle à Confucius les devoirs du roi envers les sujets, etjamais les obligations des sujets envers les rois. De même Laotseu a très nettement indiqué, en quelques phrases, que tout l’appareil dynastique, autocrate, oli— garchique ou militaire, ne lui inspire qu’une dédai gneuse pitié, et que c’est en punition de leurs imper— fections que les hommes sont réduits à être gouvernés par d’autres hommes (Tac, chap. xxvx, XXIX, -— Te,
38 L‘INITIATION ..—.._—_.«nn.—.—--œ--» .r— _\_, __- .—.. . -..... . ,. ;-—. . -.1, . ÿ».v.. ,., w._‘. 7.7 chap. 11). Et enfin il déclare que la royauté est un obs— tacle au bonheur de l’homme (1). Il n’en fallait pas tant, et la doctrine politique is sue du taoïsme est un socialisme relatif et mitigé. Dans leur action primitive, les enseignements du Tao s’adressaient à chacun en particulier ; chacun de vait conserver ses sentiments dans son cœur, et, par suite, tous ces principes manquaient d‘application. Maisle silence n’est une vertu bien pratiquée nulle part. Du jour où les conciliabules des disciples de Laotseu furent pratiques, ils devinrent ennemis de l’ordre de choses établi. Et donc tousles envieux de la dynastie impériale actuelle furent trop heureux de prendre l’étiquette de taoïstes et d’abriter leurs reven ' dications matérielles sous un nom aussi glorieux et d’aussi respectables préceptes; 2° Mais il est une autre raison qui a poussé au taoïsme les sociétés secrètes, c’est l’indépendance ab solue de son rite et de sa hiérarchie. A proprement parler, la hiérarchie taoïste ne compte pas de prêtres et de desservants, puisqu‘il n’y a pas de culte exté rieur ni de membres salariés et; par suite, fonction naires, puisqu'il n‘y a pas de frais, ni de membres élus par le peuple, ou choisis par l'État, puisque le peuple ignore et que l’État ne paie pas. Le mot « prêtre » est ici bien impropre, car il ne célèbre pas mais enseigne. La science acquise est le droit du prêtre taoïste; l’aveu (1) Consulter les traductions françaises, parues chez Bailly, x 1, rue de la Chaussée—d’Antin, du Tao et du Te de Laotseu, sous la collaboration d’un membre du collège hiératique du taoïsme.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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