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1COMMENT JE DEVINS MYSTIQUE 201 le plus frappé. Mais je devais aller encore plus loin,_ Claude Bernard, en étudiant les rapports de l'activité cérébrale avec la production de l’idée, avait été amené à constater que la naissance de chaque idée provoquait la mort d’une ou de plusieurs cellules ner-> veuses, si bien que ces fameuses cellules nerveuses, qui étaient et qui sont encore le rempart de l’argumen-v tation des matérialistes, reprenaient, d’après ces re— cherches, leur véritable rôle, celui d’instruments et non celui d’agents producteurs. La cellule nerveuse était le moyen de manifestation de l’idée et ne générait pas elle-même cette idée. Une nouvelle constatation appuyait encore la valeur de cet argument. Toutes les cellules de l'être humain sont remplacées en un temps déterminé. Or, quand je me rappelle un fait arrivé dix ans auparavant, la cellule nerveuse qui, à l‘époque, avait enregistré ce fait, a été remplacée cent ou mille fois. Comment la mémoire du fait s’est elle conservée intacte à travers cet hécatombe de cel lules? Que devient ici la théorie de la cellule généra trice ? Et même ces éléments nerveux auxquels on fait jouer un tel rôle dans les faits du mouvement sont-ils si indispensables à ce mouvement quand l’embryo logie nous apprend que le groupe de cellules em— bryonnaires qui constitue plus tard le cœur, bat ryth miquement alors que les éléments nerveux du cœur ne sont pas encore constitués. Ces quelques exemples choisis au hasard parmi une quantité de faits m’avaient conduit à constater que là encore le matérialisme faisait faire fausse route à ses ww202 ’ L’lNlTIATION _U adeptes en confondant l'instrument inerte avec l’agent effectif d’action. La preuve que le centre nerveux fabrique l’idée, nous dit le matérialiste,c‘est que toutelésion du centre nerveux se répercute sur les faits d’idéation et que, si une lésion se produit dans votre troisième circonvo lution frontale gauche, vous deviendrez aphasique et aphasique d’un genre particulier suivant le groupe de cellules nerveuses atteint par la lésion. Ce raisonnement est tout simplement absurde, et, pour le démontrer, nous allons appliquer les mêmes raisonnements à un exemple quelconque : tel, le té légraphe. La preuve que l’appareil télégraphique fabrique la dépêche, c’est que toute lésion de l'appareil télégra phique se répercute sur la transmission de la dépêche et que, si je coupe le fil télégraphique, la dépêche ne peut plus passer. Voilà exactement la valeur des raisonnements ma térialistes : ils oublient le télégraphz‘ste ou ils veulent ignorer son existence. Le cerveau est à un principe spirituel qui existe en nous exactement ce que l’appareil transmetteur est au télégraphe. La comparaison est vieille, mais elle est toujours excellente. Le matérialiste vient nous dire: « Supposons que le télégraphiste n’existe pas, et raisonnons comme s‘il n’existait pas. » Puis il pose une affirmation dogma tique : « Le transmetteur télégraphique marche tout seul et produit la dépêche d’après une série de mou vements mécaniques provoqués par les reflexes. » Une
2COMMENT JE DEVINS MYSTlQUE 203 fois cela posé, le reste marche tout seul,et le matéria liste conclutjoyeusement que l’âme n‘existe pas et que le cerveau produit de lui-même les idées, comme l’appareil télégraphique produit la dépêche. Et il ne faut pas toucher à ce raisonnement : c’est un dogme positiviste, aussi sectairement enseigné et défendu qu’un dogme religieux. Je sais ce qu’il m’en coûte d’avoir découvert l’ina nité de des raisonnements : j’ai été accusé de roublar— dise, parce qu’on a supposé qu’un matérialiste qui devenait mystique ne pouvait être qu’un « roublard » ou un aliéné. Grâce soient rendues à nos adversaires d’avoir encore choisi le premier terme. Mais passons. De même que nous pouvons constater que les cel lules matérielles du corps sont simplement les outils de quelque chose qui conserve les formes du corps àtravers les disparitions de ces cellules, de même nous pouvons voir que les centres nerveux ne sont que les outils de quelque chose qui utilise ces centres comme instruments d’action ou de réception. Et l’Anatomiste armé de son scalpel ne découvrira pas plus l’âme en_disséquant un cadavre que l’ouvrier armé de ses pinces ne découvrira le télégraphiste en démontant l’appareil télégraphique ou le pianiste en démontant le piano. Il est inutile, je pense, de démon trer davantage l’inanité du raisonnement qu’opposent toujours les soi-disant philosophes positivistes à leurs adversaires. Avant de terminer ces lignes, je tiens encore à appe ler l’attention sur deux « trucs » de raisonnement utilisés par les matérialistes dans les discussions et
3204 L’lNITIATION Q. qu'ils servent généreusement quand ils se sentent inférieurs à leurs adversaires. Le premier truc est celui du « renvoi aux SCIENCES spéciales et aux mémoires obscurs »qu’on juge incon nus du naïf adversaire. Comment, Monsieur, vous osez parler des fonctions cérébrales, et vous ignorez la cristallographie? Vous osez traiter ces questions, et vous n'avez pas lu le dernier mémoire de M. Tartempion sur les fonc tions cérébrales de l’homme tertiaire et du poisson rouge? Allez à l’école, Monsieur, et ne revenez dis cuter avec moi que quand vous « saurez » les éléments de la question que vous abordez. Or ceux qui nous soutiennent ces balivernes sont généralement de bril— lants élèves de l’École de médecine qui ne connaissent de la Psychologie et de la philosophie que le nom... et encore ! Le second «truc » consiste à nous écraser sous le ridicule parce que nous avons l’audace d’avoir une « opinion » contraire à celle de M. X. plus titré que nous. Comment! vous n’êtes qu’un simple docteur en médecine, et vous voudriez aller à l’encontre des opi nions de M. X., agrégé, ou de M. 2., le brillant pro fesseur! Devenez d’abord ce qu’ils sont, et après nous ver tons. Tout cela, ce sont de fausses sorties; mais, si com munément employées qu’on les a servies dernièrement .à M. Brunetière, qui a osé parler SCIENCE, alors qu’il n’est même pas médecin... Horreur!!! Et, quand on «est médecin, il faut êtreagrégé, et, quand on est agrégé,
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1COMMENT JE DEVINS MYSTIQUE 201 le plus frappé. Mais je devais aller encore plus loin,_ Claude Bernard, en étudiant les rapports de l'activité cérébrale avec la production de l’idée, avait été amené à constater que la naissance de chaque idée provoquait la mort d’une ou de plusieurs cellules ner-> veuses, si bien que ces fameuses cellules nerveuses, qui étaient et qui sont encore le rempart de l’argumen-v tation des matérialistes, reprenaient, d’après ces re— cherches, leur véritable rôle, celui d’instruments et non celui d’agents producteurs. La cellule nerveuse était le moyen de manifestation de l’idée et ne générait pas elle-même cette idée. Une nouvelle constatation appuyait encore la valeur de cet argument. Toutes les cellules de l'être humain sont remplacées en un temps déterminé. Or, quand je me rappelle un fait arrivé dix ans auparavant, la cellule nerveuse qui, à l‘époque, avait enregistré ce fait, a été remplacée cent ou mille fois. Comment la mémoire du fait s’est elle conservée intacte à travers cet hécatombe de cel lules? Que devient ici la théorie de la cellule généra trice ? Et même ces éléments nerveux auxquels on fait jouer un tel rôle dans les faits du mouvement sont-ils si indispensables à ce mouvement quand l’embryo logie nous apprend que le groupe de cellules em— bryonnaires qui constitue plus tard le cœur, bat ryth miquement alors que les éléments nerveux du cœur ne sont pas encore constitués. Ces quelques exemples choisis au hasard parmi une quantité de faits m’avaient conduit à constater que là encore le matérialisme faisait faire fausse route à ses ww202 ’ L’lNlTIATION _U adeptes en confondant l'instrument inerte avec l’agent effectif d’action. La preuve que le centre nerveux fabrique l’idée, nous dit le matérialiste,c‘est que toutelésion du centre nerveux se répercute sur les faits d’idéation et que, si une lésion se produit dans votre troisième circonvo lution frontale gauche, vous deviendrez aphasique et aphasique d’un genre particulier suivant le groupe de cellules nerveuses atteint par la lésion. Ce raisonnement est tout simplement absurde, et, pour le démontrer, nous allons appliquer les mêmes raisonnements à un exemple quelconque : tel, le té légraphe. La preuve que l’appareil télégraphique fabrique la dépêche, c’est que toute lésion de l'appareil télégra phique se répercute sur la transmission de la dépêche et que, si je coupe le fil télégraphique, la dépêche ne peut plus passer. Voilà exactement la valeur des raisonnements ma térialistes : ils oublient le télégraphz‘ste ou ils veulent ignorer son existence. Le cerveau est à un principe spirituel qui existe en nous exactement ce que l’appareil transmetteur est au télégraphe. La comparaison est vieille, mais elle est toujours excellente. Le matérialiste vient nous dire: « Supposons que le télégraphiste n’existe pas, et raisonnons comme s‘il n’existait pas. » Puis il pose une affirmation dogma tique : « Le transmetteur télégraphique marche tout seul et produit la dépêche d’après une série de mou vements mécaniques provoqués par les reflexes. » Une
2COMMENT JE DEVINS MYSTlQUE 203 fois cela posé, le reste marche tout seul,et le matéria liste conclutjoyeusement que l’âme n‘existe pas et que le cerveau produit de lui-même les idées, comme l’appareil télégraphique produit la dépêche. Et il ne faut pas toucher à ce raisonnement : c’est un dogme positiviste, aussi sectairement enseigné et défendu qu’un dogme religieux. Je sais ce qu’il m’en coûte d’avoir découvert l’ina nité de des raisonnements : j’ai été accusé de roublar— dise, parce qu’on a supposé qu’un matérialiste qui devenait mystique ne pouvait être qu’un « roublard » ou un aliéné. Grâce soient rendues à nos adversaires d’avoir encore choisi le premier terme. Mais passons. De même que nous pouvons constater que les cel lules matérielles du corps sont simplement les outils de quelque chose qui conserve les formes du corps àtravers les disparitions de ces cellules, de même nous pouvons voir que les centres nerveux ne sont que les outils de quelque chose qui utilise ces centres comme instruments d’action ou de réception. Et l’Anatomiste armé de son scalpel ne découvrira pas plus l’âme en_disséquant un cadavre que l’ouvrier armé de ses pinces ne découvrira le télégraphiste en démontant l’appareil télégraphique ou le pianiste en démontant le piano. Il est inutile, je pense, de démon trer davantage l’inanité du raisonnement qu’opposent toujours les soi-disant philosophes positivistes à leurs adversaires. Avant de terminer ces lignes, je tiens encore à appe ler l’attention sur deux « trucs » de raisonnement utilisés par les matérialistes dans les discussions et
3204 L’lNITIATION Q. qu'ils servent généreusement quand ils se sentent inférieurs à leurs adversaires. Le premier truc est celui du « renvoi aux SCIENCES spéciales et aux mémoires obscurs »qu’on juge incon nus du naïf adversaire. Comment, Monsieur, vous osez parler des fonctions cérébrales, et vous ignorez la cristallographie? Vous osez traiter ces questions, et vous n'avez pas lu le dernier mémoire de M. Tartempion sur les fonc tions cérébrales de l’homme tertiaire et du poisson rouge? Allez à l’école, Monsieur, et ne revenez dis cuter avec moi que quand vous « saurez » les éléments de la question que vous abordez. Or ceux qui nous soutiennent ces balivernes sont généralement de bril— lants élèves de l’École de médecine qui ne connaissent de la Psychologie et de la philosophie que le nom... et encore ! Le second «truc » consiste à nous écraser sous le ridicule parce que nous avons l’audace d’avoir une « opinion » contraire à celle de M. X. plus titré que nous. Comment! vous n’êtes qu’un simple docteur en médecine, et vous voudriez aller à l’encontre des opi nions de M. X., agrégé, ou de M. 2., le brillant pro fesseur! Devenez d’abord ce qu’ils sont, et après nous ver tons. Tout cela, ce sont de fausses sorties; mais, si com munément employées qu’on les a servies dernièrement .à M. Brunetière, qui a osé parler SCIENCE, alors qu’il n’est même pas médecin... Horreur!!! Et, quand on «est médecin, il faut êtreagrégé, et, quand on est agrégé,
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