Fetching
One moment.
Fetching
One moment.
18 l’initiation Entre la doctrine arienne et la consubstantialité, la distance était pourtant mince. Etant donnée l’idée empruntée au mythe hindou de l’incarnation divine, tout s’arrangeait aussi mystiquement que possible, sans blesser la saine raison. Voici la profession de foi des évêques ariens soumise au concile de Nicée : « — Ils croient en un Dieu unique, seul inengen- « dré, seul éternel, seul sans principe, seul immortel, « seul tout-puissant, seul gouvernant et dirigeant « toutes choses, qui a engendré son fils unique avant « tous les siècles, afin qu’il existât et vécût, et par « lequel il a ensuite créé les siècles et tout ce qu’ils « comprennent. Ils confessent trois personnes: le Père, « le Fils et le Saint-Esprit. Dieu, cause absolue de « tout, est seul sans commencement. Il fut avant le « Christ qui n’est ni co-éternel, ni co-inengendré avec « le Père. » Certes, ces articles de foi, qui reliaient la croyance chrétienne à celle des vieux sanctuaires, par l’intermé diaire de saint Paul et de saint Jean, offraient une pâture suffisammentraffinée aux abstracteurs de quin tessence. Les plus mystiques des seconds fondateurs de l’Eglise, Justin, Cyprien, Denis l’Aréopagite, Clé ment d’Alexandrie, Origène, Tertulüen même, s’en étaient tous contentés. « — Il fut un temps, dit Tertulüen, où Dieu n’était ni juge ni père, » Bien longtemps avant Arius, toute l’Eglise était arienne, sauf les sectes encore juives qui, comme Paul de Samosate, faisaient de Jésus un homme supérieur par ses vertus, et quelques philosophes unitaires à leur
2LE CONCILE DE NICEE 9 façon, — c’était peut-être la bonne, —-qui ne voyaient, avec Sabellius, dans le Père, le Fils et le Saint-Esprit que trois aspects du grand Être. De toutes ces inventions sur la Nature divine, la seule qui fût complètement extravagante était celle qui devait triompher. Et, pour que rien ne manquât à ce monument d’aberration, on déclara que c’était son absurdité même qui devait le faire accepter. Dieu, étant l’incompréhensibilité absolue, ne pouvait se ren contrer qu’aux antipodes delà raison qui est la faculté de comprendre. L’absolument insensé nous rappro chait seul de lui. C’est l’explication du Credo quia ineptum, plus logique qu’il n’en a l’air. — « Mon opinion, dit Athanase, est la seule que je ne com prenne pas. » C’est pour cela qu’il l’a soutenue. Deux mots grecs, homoousios et homoiousios jouè rent un grand rôle dans le concile ; homoousios signi fie même substance, homoiousios semblable en subs tance. Athanase voulait le premier, Arius n’admettait que le second. Cet t grec, appelé iota dans sa patrie, apporté, dit on, comme un rameau d’olivier entre les belligérants, par la sœur de Constantin, au lieu d’être un trait d’union, ne fut qu’un brandon de plus jeté dans la grande discorde. On devine à quels distinguo, ornés de thèses et d’antithèses, se livrèrent ces docteurs pour déterminer le point précis où l’identique se sépare de l’homogène, où ce qui est semblable diffère, et où, trois personnes distinctes, unies quoique divi sées, sans cesser de se confondre, sont l’une à la droite de l’autre, et la troisième on ne sait où, sauf quand ............. . . ........... Ji ryjll V
310 l’initiation il y a des conciles qu’elle 'a mission d’inspirer. Uhomoousios d’Athanase finit pourtant par l’em porter, et la malheureuse princesse, qui comptait sur son iota, fut repoussée a,vec perte. La grande déclaration de Nicée, qui fait loi aujourd’hui pour le monde catholique, se résume dans son anathème, accompagnement obligé de toutes les professions de foi : « — L’Eglise de Dieu, catholique et apostolique, « anathématise ceux qui disent qu’il y avait un temps « où le Fils n’existait pas, ou qu’il n’existait pas « avant d’avoir été engendré. » Arius et deux ou trois évêques refusèrent de se sou mettre, préférant la malédiction. Le pouvoir séculier, qui ne voulait plus de disputes, déclara qu homoousios était le mot véridique et envoya en exil tous ceux qui n’en voulaient pas. Pour en finir à jamais avec ce débat des essences qui troublaient la paix de l’Empire, un décret impérial condamna les écrits d’Ariusà subir le supplice du feu. Ceux qui ne les brûleraient pas, ou ne les feraient pas brûler par les autorités compé tentes, encourraient la peine de mort. Avec la même facilité, Constantin trancha la ques tion de la célébration de la Pâque, qu’un édit fixa au dimanche pour toute la chrétienté. Quelques menus canons concernant la discipline furent en outre éla borés, pour occuper les entr’actes. Telle fut l’œuvre laborieuse du concile de Nicée accouché par l’opération césarienne, œuvre néfaste autant qu’inepte, qui n’a pu maintenir sa vie qu’à la
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
18 l’initiation Entre la doctrine arienne et la consubstantialité, la distance était pourtant mince. Etant donnée l’idée empruntée au mythe hindou de l’incarnation divine, tout s’arrangeait aussi mystiquement que possible, sans blesser la saine raison. Voici la profession de foi des évêques ariens soumise au concile de Nicée : « — Ils croient en un Dieu unique, seul inengen- « dré, seul éternel, seul sans principe, seul immortel, « seul tout-puissant, seul gouvernant et dirigeant « toutes choses, qui a engendré son fils unique avant « tous les siècles, afin qu’il existât et vécût, et par « lequel il a ensuite créé les siècles et tout ce qu’ils « comprennent. Ils confessent trois personnes: le Père, « le Fils et le Saint-Esprit. Dieu, cause absolue de « tout, est seul sans commencement. Il fut avant le « Christ qui n’est ni co-éternel, ni co-inengendré avec « le Père. » Certes, ces articles de foi, qui reliaient la croyance chrétienne à celle des vieux sanctuaires, par l’intermé diaire de saint Paul et de saint Jean, offraient une pâture suffisammentraffinée aux abstracteurs de quin tessence. Les plus mystiques des seconds fondateurs de l’Eglise, Justin, Cyprien, Denis l’Aréopagite, Clé ment d’Alexandrie, Origène, Tertulüen même, s’en étaient tous contentés. « — Il fut un temps, dit Tertulüen, où Dieu n’était ni juge ni père, » Bien longtemps avant Arius, toute l’Eglise était arienne, sauf les sectes encore juives qui, comme Paul de Samosate, faisaient de Jésus un homme supérieur par ses vertus, et quelques philosophes unitaires à leur
2LE CONCILE DE NICEE 9 façon, — c’était peut-être la bonne, —-qui ne voyaient, avec Sabellius, dans le Père, le Fils et le Saint-Esprit que trois aspects du grand Être. De toutes ces inventions sur la Nature divine, la seule qui fût complètement extravagante était celle qui devait triompher. Et, pour que rien ne manquât à ce monument d’aberration, on déclara que c’était son absurdité même qui devait le faire accepter. Dieu, étant l’incompréhensibilité absolue, ne pouvait se ren contrer qu’aux antipodes delà raison qui est la faculté de comprendre. L’absolument insensé nous rappro chait seul de lui. C’est l’explication du Credo quia ineptum, plus logique qu’il n’en a l’air. — « Mon opinion, dit Athanase, est la seule que je ne com prenne pas. » C’est pour cela qu’il l’a soutenue. Deux mots grecs, homoousios et homoiousios jouè rent un grand rôle dans le concile ; homoousios signi fie même substance, homoiousios semblable en subs tance. Athanase voulait le premier, Arius n’admettait que le second. Cet t grec, appelé iota dans sa patrie, apporté, dit on, comme un rameau d’olivier entre les belligérants, par la sœur de Constantin, au lieu d’être un trait d’union, ne fut qu’un brandon de plus jeté dans la grande discorde. On devine à quels distinguo, ornés de thèses et d’antithèses, se livrèrent ces docteurs pour déterminer le point précis où l’identique se sépare de l’homogène, où ce qui est semblable diffère, et où, trois personnes distinctes, unies quoique divi sées, sans cesser de se confondre, sont l’une à la droite de l’autre, et la troisième on ne sait où, sauf quand ............. . . ........... Ji ryjll V
310 l’initiation il y a des conciles qu’elle 'a mission d’inspirer. Uhomoousios d’Athanase finit pourtant par l’em porter, et la malheureuse princesse, qui comptait sur son iota, fut repoussée a,vec perte. La grande déclaration de Nicée, qui fait loi aujourd’hui pour le monde catholique, se résume dans son anathème, accompagnement obligé de toutes les professions de foi : « — L’Eglise de Dieu, catholique et apostolique, « anathématise ceux qui disent qu’il y avait un temps « où le Fils n’existait pas, ou qu’il n’existait pas « avant d’avoir été engendré. » Arius et deux ou trois évêques refusèrent de se sou mettre, préférant la malédiction. Le pouvoir séculier, qui ne voulait plus de disputes, déclara qu homoousios était le mot véridique et envoya en exil tous ceux qui n’en voulaient pas. Pour en finir à jamais avec ce débat des essences qui troublaient la paix de l’Empire, un décret impérial condamna les écrits d’Ariusà subir le supplice du feu. Ceux qui ne les brûleraient pas, ou ne les feraient pas brûler par les autorités compé tentes, encourraient la peine de mort. Avec la même facilité, Constantin trancha la ques tion de la célébration de la Pâque, qu’un édit fixa au dimanche pour toute la chrétienté. Quelques menus canons concernant la discipline furent en outre éla borés, pour occuper les entr’actes. Telle fut l’œuvre laborieuse du concile de Nicée accouché par l’opération césarienne, œuvre néfaste autant qu’inepte, qui n’a pu maintenir sa vie qu’à la
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
No commentary for this page.