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1LE CONCILE DE NICÉE 5 « ne manifester qu’un même sentiment et qu’une « même opinion, et de se rendre par là eux-mêmes « très agréables à Dieu, tout en faisant une chose que « lui, Constantin, regarderait comme étant, de leur « part, le plus signalé des bienfaits. » Si ce racontar officiel des premiers historiens de l’Eglise n’a pas été inventé par ces plumes sacerdo tales, pour rehausser le sacerdoce dont le règne allait commencer, l’attitude prise par Constantin devant ces pères de Nicée, dont l’esprit et le caractère lui avaient, à première vue, inspiré une si mince considération, né peut guère être attribuée qu’à la volonté d’incul quer à ses sujets le respect de ces évêques, ministres du Dieu chrétien dont il se faisait un associé. Mais peu importe le mobile ou la mobilité de ce César si juste ment rangé, dans tous les cas, parmi les saints de notre Eglise. Ce sont les œuvres du Concile et non celles de Constantin qu’il s’agit d’examiner. Les trois cent dix-huit évêques furent présidés par Osius. On croit, dit l’abbé Fleury, que ce simple évêque de Cordoue fut président du Concile en qua lité de légat du pape Sylvestre, empêché par son grand âge de faire le voyage de Nicée. L’abbé Fleury sait très bien que nul n’a pu croire cela, surtout au temps du Concile, où il n’y avait pas de pape. Le simple évêque de Rome fut convoqué comme les autres, et se fit représenter par deux membres de son clergé, uniquement destinés à faire tapisserie, car ces Latins, qui brillèrent rarement par la science, ne savaient pas même le grec. Si l’évêque de Cordoue fut le légat de quelqu’un, il fut celui de l’Empereur dont il était le
26 l’initiation favori et le grand collaborateur, dans cette entreprise politique de concentration chrétienne. ■ Les on dit et les on croit de ce bon abbé Fleury, employés, annonce-t-il dans la préface de son his toire, pour exposer les affirmations dénuées de preuves suffisantes, comme on en rencontre tant dans les fastes ecclésiastiques, s’appliquent invariablement à un seul ordre de faits : ceux qui lui semblent utiles aux intérêts catholiques. Jamais on ne dit ni on ne croit ce qui pourrait contrarier les doctrines qui lui sont chères. Ne lui en faisons pas un crime ! nous, glissons tous, plus ou moins, sur la pente de nos désirs, et ces faiblesses de l’esprit méritent d’être excusées quand elles sont involontaires. Maintenant que le calme est rétabli et que tous les couteaux tirés ont été remis en poche, abordons, avec le Concile, la question qui l’a réuni, vaine, absurde, ou tout comme on voudra l’appeler, ainsi que l'a dit Constantin, avant qu’il se vît forcé de se mêler à la querelle. Il s’agit donc de décider, à l’unanimité, ou tout au moins à la majorité des voix, si le Fils est créé par le Père. Jusqu’à la fin du m8 siècle, ce fut l’opinion générale. • Les apôtres, même Paul ; les évangélistes, même Jean; les plus fantasques gnostiques, même ceux qui dans le Christ ne voyaient qu’une apparence, les par tisans de l’hypostase, le supposant détaché de Dieu, avec mission de créer les mondes, ont tous admis que la source existait avant le ruisseau, le foyer avant la
3LE CONCILE DE NICEE 7 flamme, et qu’entre la partie et le tout il y avait iné galité d’étendue, comme différence de qualité entre la cause et l’effet. Mais cette vulgaire logique du simple bon sens humain, bonne pour les choses de la terre, n’est pas admise dans le ciel. A l’inverse des anciens sages, qui enseignaient dans leurs temples la loi d’unité de la vie expliquée par cet aphorisme : « Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, et ce qui est en bas est comme ce qui est en haut », le Saint-Esprit des chré tiens, incarné dans quelques têtes, découvre, au bout de trois cents ans, que c’est justement le contraire. Dans la logique divine, le fils, qui est engendré, est pourtant inengendré, absolument comme le Père. Ce fils, qui n'est pas un fils, ne pouvant avoir de père, puisqu’il est inengendré, et qui pourtant prie son père dont il se déclare le fils, tous deux égaux en puissance, comme ils le sont en essence, quoique le père soit supérieur, ainsi que le fils l’a dit, et ce troisième inen gendré, tout à fait égal aux deux autres, bien qu’il procède de l’un d’eux, ou même de l’un et de l’autre, — c’est une question à débattre, et qui sera débattue, à grands renforts de conciles, coupant même l’Eglise en deux, — constituent le plus beau gâchis divin qui ait jamais irradié de la pauvre cervelle humaine. Ces malheureux n’ont pas vu qu’en basant leur orthodoxie sur la parité d’origine et l’égalité de puis sance et de qualités de leur fils et de leur père, ils démentaient le fils lui-même qui répétait à satiété : « Mon père est plus grand moi », et qu’ils faisaient du doux Jésus le premier des hérétiques.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1LE CONCILE DE NICÉE 5 « ne manifester qu’un même sentiment et qu’une « même opinion, et de se rendre par là eux-mêmes « très agréables à Dieu, tout en faisant une chose que « lui, Constantin, regarderait comme étant, de leur « part, le plus signalé des bienfaits. » Si ce racontar officiel des premiers historiens de l’Eglise n’a pas été inventé par ces plumes sacerdo tales, pour rehausser le sacerdoce dont le règne allait commencer, l’attitude prise par Constantin devant ces pères de Nicée, dont l’esprit et le caractère lui avaient, à première vue, inspiré une si mince considération, né peut guère être attribuée qu’à la volonté d’incul quer à ses sujets le respect de ces évêques, ministres du Dieu chrétien dont il se faisait un associé. Mais peu importe le mobile ou la mobilité de ce César si juste ment rangé, dans tous les cas, parmi les saints de notre Eglise. Ce sont les œuvres du Concile et non celles de Constantin qu’il s’agit d’examiner. Les trois cent dix-huit évêques furent présidés par Osius. On croit, dit l’abbé Fleury, que ce simple évêque de Cordoue fut président du Concile en qua lité de légat du pape Sylvestre, empêché par son grand âge de faire le voyage de Nicée. L’abbé Fleury sait très bien que nul n’a pu croire cela, surtout au temps du Concile, où il n’y avait pas de pape. Le simple évêque de Rome fut convoqué comme les autres, et se fit représenter par deux membres de son clergé, uniquement destinés à faire tapisserie, car ces Latins, qui brillèrent rarement par la science, ne savaient pas même le grec. Si l’évêque de Cordoue fut le légat de quelqu’un, il fut celui de l’Empereur dont il était le
26 l’initiation favori et le grand collaborateur, dans cette entreprise politique de concentration chrétienne. ■ Les on dit et les on croit de ce bon abbé Fleury, employés, annonce-t-il dans la préface de son his toire, pour exposer les affirmations dénuées de preuves suffisantes, comme on en rencontre tant dans les fastes ecclésiastiques, s’appliquent invariablement à un seul ordre de faits : ceux qui lui semblent utiles aux intérêts catholiques. Jamais on ne dit ni on ne croit ce qui pourrait contrarier les doctrines qui lui sont chères. Ne lui en faisons pas un crime ! nous, glissons tous, plus ou moins, sur la pente de nos désirs, et ces faiblesses de l’esprit méritent d’être excusées quand elles sont involontaires. Maintenant que le calme est rétabli et que tous les couteaux tirés ont été remis en poche, abordons, avec le Concile, la question qui l’a réuni, vaine, absurde, ou tout comme on voudra l’appeler, ainsi que l'a dit Constantin, avant qu’il se vît forcé de se mêler à la querelle. Il s’agit donc de décider, à l’unanimité, ou tout au moins à la majorité des voix, si le Fils est créé par le Père. Jusqu’à la fin du m8 siècle, ce fut l’opinion générale. • Les apôtres, même Paul ; les évangélistes, même Jean; les plus fantasques gnostiques, même ceux qui dans le Christ ne voyaient qu’une apparence, les par tisans de l’hypostase, le supposant détaché de Dieu, avec mission de créer les mondes, ont tous admis que la source existait avant le ruisseau, le foyer avant la
3LE CONCILE DE NICEE 7 flamme, et qu’entre la partie et le tout il y avait iné galité d’étendue, comme différence de qualité entre la cause et l’effet. Mais cette vulgaire logique du simple bon sens humain, bonne pour les choses de la terre, n’est pas admise dans le ciel. A l’inverse des anciens sages, qui enseignaient dans leurs temples la loi d’unité de la vie expliquée par cet aphorisme : « Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, et ce qui est en bas est comme ce qui est en haut », le Saint-Esprit des chré tiens, incarné dans quelques têtes, découvre, au bout de trois cents ans, que c’est justement le contraire. Dans la logique divine, le fils, qui est engendré, est pourtant inengendré, absolument comme le Père. Ce fils, qui n'est pas un fils, ne pouvant avoir de père, puisqu’il est inengendré, et qui pourtant prie son père dont il se déclare le fils, tous deux égaux en puissance, comme ils le sont en essence, quoique le père soit supérieur, ainsi que le fils l’a dit, et ce troisième inen gendré, tout à fait égal aux deux autres, bien qu’il procède de l’un d’eux, ou même de l’un et de l’autre, — c’est une question à débattre, et qui sera débattue, à grands renforts de conciles, coupant même l’Eglise en deux, — constituent le plus beau gâchis divin qui ait jamais irradié de la pauvre cervelle humaine. Ces malheureux n’ont pas vu qu’en basant leur orthodoxie sur la parité d’origine et l’égalité de puis sance et de qualités de leur fils et de leur père, ils démentaient le fils lui-même qui répétait à satiété : « Mon père est plus grand moi », et qu’ils faisaient du doux Jésus le premier des hérétiques.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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