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1L INITIATION IOI très respectable. Celui qui voulait devenir Barde vivait avec les Druides vingt ans quelquefois, soumis à de longues épreuves, le novice demeurait dans la solitude, au fond des bois ou dans les cavernes des montagnes. Là, sa mémoire s’ornait de formes et son âme s’ou vrait comme une fleur rare par la purification, la mé ditation, l’enseignement {Triade citée par Owen Pughe dans son Dict. gallois au motballn.'). Lorsqu’il savait, lorsqu’il assentait les chants sacrés, il partait véritablement illuminé. Voyez Taliesin (i) : Comme Jésus, cet autre envoyé, messie consacré des Esséniens, la mémoire lui a été rendue. Thérapeute, prophète, le barde va, semeur d’harmonie, chanteur de la grande chanson : « Je sais chanter un poème que la femme du roi ne sait pas ni le fils d’aucun homme : il s’appelle le Secours; il chasse les querelles, les maladies, la tris tesse. « J’en sais un que les fils des hommes doivent chan ter s’ils veulent devenir habiles médecins, j’en sais un par lequel j’émousse et j’enchante les armes de mes ennemis et je rends inutiles leurs artifices. « J’en sais un que je n’ai qu’à chanter lorsque les hommes m’ont chargé de liens, car dès que je le chante mes liens tombent en pièce et je me promène libre ment. « J’en sais un qui est utile à tous les hommes; car, (i) L’un des bardes les plus célèbres, Aneurin, Lyvvarch Hen et Myrdhin, sont, après Taliesin, ceux dont la mémoire est la plus honorée.
2102 l’initiation aussitôt que la haine vient à s’enflammer entre les fils des hommes, je l’apaise au moment où je le chante. « J’en sais un dont la vertu est telle que, si je suis surpris par la tempête, je fais taire le vent et je rends la paix à l’air (i). Ces porteurs de la bonne parole, faut-il les considé rer comme des isolés, comme d’individuels apôtres que réunit seulement une communauté extérieure de vie artistique et nomade ou comme les manifestations expansives, les graines jetées au vent, sacrifiées s’il le faut, du chêne druidique? Lumineuses irradiations d’un instant qui s’éteignent tandis qu’au centre demeure immuable le foyer de la tradition hiératique ? Cette dernière hypothèse nous semble la vraie, la seule admissible même, si l’on se donne la peine de rechercher dans les rares monuments qui nous restent des bardes (2). Quel enseignement religieux, quelle doctrine méta- (1) Edda des Islandais, trad. eted. H. Mallet, P. 1787. Sur les connaissances occultes et les pratiques magiques des Bar des, consulter le même ouvrage, p. 289, et les travaux précis et consciencieux d’Amédée Thierry, Hist. des Gaulois, t. 11, p. 80 sq. (2I Parmi ces textes, il nous faut citer à côté du Cyfrinach Beirdd Ynys Prydain, trad. A Pictet, le poème de la Voluspa ou oracles de la Prophétesse; le Discours sublime et le Cha pitre Runique, pièces subsistant de 1 Edda de Sœmund. Enfin l'Edda de Snorro Sturleson, trad. Mallet P. 1 787. Ces textes n’ont pas, sans doute, une bien grande antiquité ( 1000 à 1 200), mais il faut se souvenir que les fables, les symboles qu’ils con tiennent avaient la vivacité des vieilles légendes depuis long temps confiées aux mémoires d’une race. Certaines formes ré vèlent encore aux philologues leur très ancienne origine. (Cf. A. Pictet, Introduction.)
3LA TRADITION CHEZ LES DRUIDES io3 physique et morale forment le fond de ces primitifs poèmes? Les bardes chantaient à leurs pères, à leurs audi teurs profanes, guerriers et laboureurs, qu’il est un Dieu en qui se trouve l’absolu de l’être, l’absolu du savoir, l’absolu de la force (i). Cet absolu est lui-même inaccessible, immuable (2). Mais du monde des principes qu'il occupe il se (t)Myst. des Bardes., t. Il, développé dans les t. IV et V. Dieu est aussi Le bien parfait ce qui Veut le bien parfait, ce qui Accomplit le bien parfait. De même dans VEdda des Islan dais, page 54: « Il découvrit ensuite trois trônes élevés les uns au-dessus des autres et sur chaque trône un homme assis; ayant demandé lequel des trois était leur roi, son conducteur lui répondit « Celui qui est assis au trône inférieur est le roi, il (se nomme Hâr (c-à-d. le sublime); le second est Tafnhàr l’égal du sublime), mais celui qui est le plus élevé s’appelle Tredie (le troisième) (Prestiges de Hâ) et la nature mysté rieuse de ces trois piincipes est dévoilée plus loin Fable II). Hâr est le principe froid, féminin Tafnhâr, le feu, principe masculin, Tredie l’air humide, le principe équilibré. — « Le Druidisme qui nous donne de Dieu la même idée que la Kab bale le symbolise d’une manière bien précise et bien propre à faire comprendre sa tri-unité. Il le représente par un grand cercle, le grand visage dans lequel sont inscrits une infinité de petits cercles, ou bien d’une manière plus scientifique, mais moins à la portée du vulgaire ; les Druides figuraient Dieu par un grand cercle renfermant trois cercles inscrits qui peuvent à leur tour contenir chacun trois cercles et ainsi de suite à l’infini. On voit en Angleterre beaucoup de cromlecks établis d’après le principe (Rouxel, la Philosophie cabbalistique dans le Lotus, 21 oct 1889). Dans cette étude très superficielle de la tradition. M. Rouxel s’elTorce de prouver que la doctrine Kabbalistique procède de la religion des Druides. La défense d’une pareille thèse prouve chez l’auteur une ignorance aussi grande de la tradition kabbalistique que de l’histoire des Celtes, nous regrettons de le dire. (2) Myst. des B. t. 3o-38,. 40. Les Bardes lui ont occuper le monde Ceugant ou cercle de la région vide, comme traduit très parfaitement M. Pictet : epn"'yx.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1L INITIATION IOI très respectable. Celui qui voulait devenir Barde vivait avec les Druides vingt ans quelquefois, soumis à de longues épreuves, le novice demeurait dans la solitude, au fond des bois ou dans les cavernes des montagnes. Là, sa mémoire s’ornait de formes et son âme s’ou vrait comme une fleur rare par la purification, la mé ditation, l’enseignement {Triade citée par Owen Pughe dans son Dict. gallois au motballn.'). Lorsqu’il savait, lorsqu’il assentait les chants sacrés, il partait véritablement illuminé. Voyez Taliesin (i) : Comme Jésus, cet autre envoyé, messie consacré des Esséniens, la mémoire lui a été rendue. Thérapeute, prophète, le barde va, semeur d’harmonie, chanteur de la grande chanson : « Je sais chanter un poème que la femme du roi ne sait pas ni le fils d’aucun homme : il s’appelle le Secours; il chasse les querelles, les maladies, la tris tesse. « J’en sais un que les fils des hommes doivent chan ter s’ils veulent devenir habiles médecins, j’en sais un par lequel j’émousse et j’enchante les armes de mes ennemis et je rends inutiles leurs artifices. « J’en sais un que je n’ai qu’à chanter lorsque les hommes m’ont chargé de liens, car dès que je le chante mes liens tombent en pièce et je me promène libre ment. « J’en sais un qui est utile à tous les hommes; car, (i) L’un des bardes les plus célèbres, Aneurin, Lyvvarch Hen et Myrdhin, sont, après Taliesin, ceux dont la mémoire est la plus honorée.
2102 l’initiation aussitôt que la haine vient à s’enflammer entre les fils des hommes, je l’apaise au moment où je le chante. « J’en sais un dont la vertu est telle que, si je suis surpris par la tempête, je fais taire le vent et je rends la paix à l’air (i). Ces porteurs de la bonne parole, faut-il les considé rer comme des isolés, comme d’individuels apôtres que réunit seulement une communauté extérieure de vie artistique et nomade ou comme les manifestations expansives, les graines jetées au vent, sacrifiées s’il le faut, du chêne druidique? Lumineuses irradiations d’un instant qui s’éteignent tandis qu’au centre demeure immuable le foyer de la tradition hiératique ? Cette dernière hypothèse nous semble la vraie, la seule admissible même, si l’on se donne la peine de rechercher dans les rares monuments qui nous restent des bardes (2). Quel enseignement religieux, quelle doctrine méta- (1) Edda des Islandais, trad. eted. H. Mallet, P. 1787. Sur les connaissances occultes et les pratiques magiques des Bar des, consulter le même ouvrage, p. 289, et les travaux précis et consciencieux d’Amédée Thierry, Hist. des Gaulois, t. 11, p. 80 sq. (2I Parmi ces textes, il nous faut citer à côté du Cyfrinach Beirdd Ynys Prydain, trad. A Pictet, le poème de la Voluspa ou oracles de la Prophétesse; le Discours sublime et le Cha pitre Runique, pièces subsistant de 1 Edda de Sœmund. Enfin l'Edda de Snorro Sturleson, trad. Mallet P. 1 787. Ces textes n’ont pas, sans doute, une bien grande antiquité ( 1000 à 1 200), mais il faut se souvenir que les fables, les symboles qu’ils con tiennent avaient la vivacité des vieilles légendes depuis long temps confiées aux mémoires d’une race. Certaines formes ré vèlent encore aux philologues leur très ancienne origine. (Cf. A. Pictet, Introduction.)
3LA TRADITION CHEZ LES DRUIDES io3 physique et morale forment le fond de ces primitifs poèmes? Les bardes chantaient à leurs pères, à leurs audi teurs profanes, guerriers et laboureurs, qu’il est un Dieu en qui se trouve l’absolu de l’être, l’absolu du savoir, l’absolu de la force (i). Cet absolu est lui-même inaccessible, immuable (2). Mais du monde des principes qu'il occupe il se (t)Myst. des Bardes., t. Il, développé dans les t. IV et V. Dieu est aussi Le bien parfait ce qui Veut le bien parfait, ce qui Accomplit le bien parfait. De même dans VEdda des Islan dais, page 54: « Il découvrit ensuite trois trônes élevés les uns au-dessus des autres et sur chaque trône un homme assis; ayant demandé lequel des trois était leur roi, son conducteur lui répondit « Celui qui est assis au trône inférieur est le roi, il (se nomme Hâr (c-à-d. le sublime); le second est Tafnhàr l’égal du sublime), mais celui qui est le plus élevé s’appelle Tredie (le troisième) (Prestiges de Hâ) et la nature mysté rieuse de ces trois piincipes est dévoilée plus loin Fable II). Hâr est le principe froid, féminin Tafnhâr, le feu, principe masculin, Tredie l’air humide, le principe équilibré. — « Le Druidisme qui nous donne de Dieu la même idée que la Kab bale le symbolise d’une manière bien précise et bien propre à faire comprendre sa tri-unité. Il le représente par un grand cercle, le grand visage dans lequel sont inscrits une infinité de petits cercles, ou bien d’une manière plus scientifique, mais moins à la portée du vulgaire ; les Druides figuraient Dieu par un grand cercle renfermant trois cercles inscrits qui peuvent à leur tour contenir chacun trois cercles et ainsi de suite à l’infini. On voit en Angleterre beaucoup de cromlecks établis d’après le principe (Rouxel, la Philosophie cabbalistique dans le Lotus, 21 oct 1889). Dans cette étude très superficielle de la tradition. M. Rouxel s’elTorce de prouver que la doctrine Kabbalistique procède de la religion des Druides. La défense d’une pareille thèse prouve chez l’auteur une ignorance aussi grande de la tradition kabbalistique que de l’histoire des Celtes, nous regrettons de le dire. (2) Myst. des B. t. 3o-38,. 40. Les Bardes lui ont occuper le monde Ceugant ou cercle de la région vide, comme traduit très parfaitement M. Pictet : epn"'yx.
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