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1PRINCIPES DE SOCIOLOGIE SYNTHÉTIQUE io3 ment dont on peut s’inspirer quelquefois, mais qui doit s’effacer devant le progrès de l’intelligence sociale. Phénomène trop négligé, ce n’est plus que dans le cœur des opposants que se rencontre la foi dans la Fraternité ; c’est d’elle que se réclament, en même temps que d’un matérialisme absolu, les plus fana tiques de nos révolutionnaires, les Nihilistes occiden taux qui se sont nommés Anarchistes : ainsi la Fra ternité survit comme une pure religion dans ces cœurs désespérés, comme une lueur suprême dans les ténèbres de ces intelligences égarées par le doute. L’explication de cet état singulier de notre siècle est d’une importance capitale en sociologie ; on ne peut cependant que l’indiquer brièvement ici (i). La clef en est dans le principe de la Trinité (ou du qua ternaire sa forme réelle) qui va nous expliquer l’évo - lution sociale. Deux mots d’abord pour définir ce principe quater naire. 11 se compose de deux termes absolument inverses (par exemple la Force et la Matière) qui tendent cependant à se rassembler et qui, par leur attraction, engendrent un troisième terme bipolaire ; celui-ci cependant est une dualité d’analogie, tandis que les deux premiers forment une dualité de con traires ; leur union par l’intermédiaire du troisième constitue le Mouvement, la Vie. L’observation montre que cette Vie s’accomplit d’après la loi suivante : Le Principe actif, dont l’es- (i) La démonstration historique en sera donnée plus en détail dans le livre en préparation : Fraternité ou la Mort.
2l’initiation 104 senceest VUnité avec la spontanéité, s’impose d’abord au Principe passif qui l’attire par son essence infini ment multiple et inerte ; celui-ci absorbe celui-là qui progressivement se dissémine, se subdivise dans chaque atome pour l’animer. C’est le premier temps du processus vital : VInvolution. Il est suivi d’un état de confusion, d’effervescence, de trouble où chaque atome ainsi vivifié entre en lutte de spontanéité avec les atomes voisins. Mais cet état de trouble n’est que temporaire ; ins truit par la collision même des appétits, des volontés, l’atome reconnaît de mieux en mieux, prend progres sivement conscience de l’Esprit qui l’anime; il en résulte une suite croissante d’unions, de synthèses, de tendances à l’Unité; cet esprit, c’est la Fraternité, l’Amour. Le mouvement qu’il produit est le dernier temps du processus vital, Y Evolution, qui tend à réa liser l’Absolue Unité dans la multiplicité infinie par la formation progressive A'individualités de plus en plus synthétiques (1). Chacune de ces individualités se trouve ainsi con stituée, sur le type trinitaire : d’un corps, qui est le groupe de ses éléments formels ; d’une âme, ensemble des appétits et de la conscience qui la poussent vers de nouveaux progrès, et d’un esprit, principe constitu tif et protecteur de son unité. Notre science positive vient de découvrir et de reconstituer admirablement cette loi d’Evolution dans (1) Voir l’ouvrage d’Edmond Perrier sur les Colonies ani males.
3PRINCIPES DE SOCIOLOGIE SYNTHETIQUE io5 le monde des animaux terrestres ; elle ne pouvait voir l’JnroZwizoH qui l’avait précédée pour fixer la Force à chaque atome de matière. Mais ce phénomène que le temps a mis hors la portée de notre vue dans le monde matériel, nous pouvons l’observer encore dans le monde intellectuel (2) et dans celui de la vie sociale. Bornons-nous à l’indiquer par une revue très géné rale du progrès dans la société humaine. On s’accorde aujourd’hui à en voir les débuts dans l’attroupement autour d’un chef acclamé. C’est par son génie que celui-ci s’impose à ses compagnons, comme nous l’apprennent toutes ces légendes des Créa teurs de peuples, considérés comme des Dieux, pour avoir enseigné les premiers rudiments de toute civili sation : l’industrie, la culture, le langage et la religion, première conscience métaphysique. Puis les intelligences, en se développant, ont accusé un certain nombre d’individualités en deux sens : les unes à tendances supérieures ont produit la noblesse et la domination militaire ; les autres, plus près de l’instinct et de la pratique, se sont adonnées à l’indus trie ou au commerce. Au-dessous d’elles et dominée par elles a continué de végéter la foule des travailleurs qui n’avaient pu s’élever à ce niveau. Ainsi sont nées les deux classes intermédiaires. Mais l’Esprit qui, au début, n’avait animé que les Dieux, continuant à se répandre dans la masse des individus comme un levain, en anima un nombre tou- (2) L’auteur du présent essai a tenté d’en faire la démonstra tion détaillée pour le monde intellectuel dans VEssai sur l'Evolution de l'idée. (Chamuel, éditeur).
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1PRINCIPES DE SOCIOLOGIE SYNTHÉTIQUE io3 ment dont on peut s’inspirer quelquefois, mais qui doit s’effacer devant le progrès de l’intelligence sociale. Phénomène trop négligé, ce n’est plus que dans le cœur des opposants que se rencontre la foi dans la Fraternité ; c’est d’elle que se réclament, en même temps que d’un matérialisme absolu, les plus fana tiques de nos révolutionnaires, les Nihilistes occiden taux qui se sont nommés Anarchistes : ainsi la Fra ternité survit comme une pure religion dans ces cœurs désespérés, comme une lueur suprême dans les ténèbres de ces intelligences égarées par le doute. L’explication de cet état singulier de notre siècle est d’une importance capitale en sociologie ; on ne peut cependant que l’indiquer brièvement ici (i). La clef en est dans le principe de la Trinité (ou du qua ternaire sa forme réelle) qui va nous expliquer l’évo - lution sociale. Deux mots d’abord pour définir ce principe quater naire. 11 se compose de deux termes absolument inverses (par exemple la Force et la Matière) qui tendent cependant à se rassembler et qui, par leur attraction, engendrent un troisième terme bipolaire ; celui-ci cependant est une dualité d’analogie, tandis que les deux premiers forment une dualité de con traires ; leur union par l’intermédiaire du troisième constitue le Mouvement, la Vie. L’observation montre que cette Vie s’accomplit d’après la loi suivante : Le Principe actif, dont l’es- (i) La démonstration historique en sera donnée plus en détail dans le livre en préparation : Fraternité ou la Mort.
2l’initiation 104 senceest VUnité avec la spontanéité, s’impose d’abord au Principe passif qui l’attire par son essence infini ment multiple et inerte ; celui-ci absorbe celui-là qui progressivement se dissémine, se subdivise dans chaque atome pour l’animer. C’est le premier temps du processus vital : VInvolution. Il est suivi d’un état de confusion, d’effervescence, de trouble où chaque atome ainsi vivifié entre en lutte de spontanéité avec les atomes voisins. Mais cet état de trouble n’est que temporaire ; ins truit par la collision même des appétits, des volontés, l’atome reconnaît de mieux en mieux, prend progres sivement conscience de l’Esprit qui l’anime; il en résulte une suite croissante d’unions, de synthèses, de tendances à l’Unité; cet esprit, c’est la Fraternité, l’Amour. Le mouvement qu’il produit est le dernier temps du processus vital, Y Evolution, qui tend à réa liser l’Absolue Unité dans la multiplicité infinie par la formation progressive A'individualités de plus en plus synthétiques (1). Chacune de ces individualités se trouve ainsi con stituée, sur le type trinitaire : d’un corps, qui est le groupe de ses éléments formels ; d’une âme, ensemble des appétits et de la conscience qui la poussent vers de nouveaux progrès, et d’un esprit, principe constitu tif et protecteur de son unité. Notre science positive vient de découvrir et de reconstituer admirablement cette loi d’Evolution dans (1) Voir l’ouvrage d’Edmond Perrier sur les Colonies ani males.
3PRINCIPES DE SOCIOLOGIE SYNTHETIQUE io5 le monde des animaux terrestres ; elle ne pouvait voir l’JnroZwizoH qui l’avait précédée pour fixer la Force à chaque atome de matière. Mais ce phénomène que le temps a mis hors la portée de notre vue dans le monde matériel, nous pouvons l’observer encore dans le monde intellectuel (2) et dans celui de la vie sociale. Bornons-nous à l’indiquer par une revue très géné rale du progrès dans la société humaine. On s’accorde aujourd’hui à en voir les débuts dans l’attroupement autour d’un chef acclamé. C’est par son génie que celui-ci s’impose à ses compagnons, comme nous l’apprennent toutes ces légendes des Créa teurs de peuples, considérés comme des Dieux, pour avoir enseigné les premiers rudiments de toute civili sation : l’industrie, la culture, le langage et la religion, première conscience métaphysique. Puis les intelligences, en se développant, ont accusé un certain nombre d’individualités en deux sens : les unes à tendances supérieures ont produit la noblesse et la domination militaire ; les autres, plus près de l’instinct et de la pratique, se sont adonnées à l’indus trie ou au commerce. Au-dessous d’elles et dominée par elles a continué de végéter la foule des travailleurs qui n’avaient pu s’élever à ce niveau. Ainsi sont nées les deux classes intermédiaires. Mais l’Esprit qui, au début, n’avait animé que les Dieux, continuant à se répandre dans la masse des individus comme un levain, en anima un nombre tou- (2) L’auteur du présent essai a tenté d’en faire la démonstra tion détaillée pour le monde intellectuel dans VEssai sur l'Evolution de l'idée. (Chamuel, éditeur).
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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