Fetching
One moment.
Fetching
One moment.
1100 l’initiation radicaux du Monde, ¡’Universel (l’Etreen soi), l’homme et la Nature. Notons encore, pour confirmation nouvelle, que chaque peuple, en mourant, lègue à l’Humanité quelque réalisation de l’esprit qui l’animait : l’Inde, l’Egypte, Israël nous ont laissé leurs religions ; la Grèce, Rome, leurs philosophies, leurs sciences, leurs arts et leur organisation sociale (nés des sentiments ou de l’intelligence, de l’âme humaine) ; la Phénicie, Carthage, Venise, leur industrie, leur commerce, leurs fondations économiques. Mais, sans nous attarder plus longtemps à ces pre mières considérations, arrivons à l’étude spéciale des peuples constitutionnels, de race blanche, qui doivent nous intéresser tout particulièrement. Nous allons retrouver parmi eux les mêmes distinc tions encore : Le groupement autocratique et théocratique y est devenu rare; il appartient à l’enfance des peuples; on pourrait peut-être cependant le reconnaître dans la Russie, si jeune encore, dans l’étonnante rapidité de sa croissance, dans la vitalité puissante qu’elle doit à ses fondateurs. La classe intermédiaire, des sociétés inspirées parti culièrement par l’esprit humain, est la mieux caractél'on voit Z/ux/ey déclarer publiquement que l'école évolution niste doit, sous peine de ridicule, reconnaître que le monde n’a pas d’Unité dans la Notion de la Force ; que son unité nécessite un être d’un Absolu mérite, l’£7re en soi de Kant (Conférence sur [’Évolution et la Morlae. Revue Encyclopédique de janvier i 894).
2PRINCIPES DE SOCIOLOGIE SYNTHÉTIQUE IO I risée ; on en trouve les deux formes ordinaires : Celle qui se rapproche davantage du gouvernement auto cratique et des origines se fonde sur resprit de domi nation guerrière ; on la reconnaît dans l’Allemagne actuelle depuis que la Prusse lui a rendu pour un peu de temps avec l’esprit de conquête le rêve de la domination universelle, du Saint Empire romain : la maison de Savoie a galvanisé dé même l’Italie d’une unité artificielle. L’autre forme intermédiaire, d’une civilisation plus raffinée, s’inspire du génie industriel et commercial ; elle est superbement représentée par la Grande-Bre tagne et les États-Unis. De ces deux types, le premier conduit, par nature, à une monarchie militaire à tendances absolues (dicta tures des Bismarck et des Crispi), sous peine de dis solution ; le second, si bien nommé Emporocratie et si bien défini par Fabre d’OIivet, donne une répu blique à tendances aristocratiques (plotocratié) ana logue à celle de Tyr, de Carthage et de Venise. L’un et l’autre ne peuvent se maintenir qu’aux dépens de sociétés moins fortes, en étouffant la révolte ou la concurrence par la tyrannie; par conséquent, avec toutes ses réactions, ses luttes, ses violences, ses vicis situdes. La France, qui n’a trouvé sa place dans aucun de ces genres, nous offre une particularité bien remar quable. En dépit de ses essais assez infructueux d’imitation anglaise, ce n’est ni l’esprit d’indépendance poussé jusqu’à la tyrannie, ni celui de l’intérêt maté riel qui la dominent ; sa révolution n’a pas été enta
3102 l’initiation t chée, comme celle d’Angleterre, de fanatisme religieux ; elle n’est pas née, comme celle d’Amérique, d’un inté rêt mercantile ; elle a été faite au nom d’une trinité mystique: Liberté, Égalité, Fraternité, et l’Europe entière en a été modifiée. Toutes les guerres, toutes les révoltes qui en sont résultées ont eu pour excuse, pour but, l’affranchissement du monde humain avec la foi en son avenir dans la Paix, dans l’Union, dans l’Amour ! La France moderne nous offre donc en réalité le type encore tout jeune du dernier genre de groupe ment social, celui religieux, mais dans sa forme supé rieure, évoluée. C’est ce qui lui vaut la haine des impériaux, la défiance des emporocrates, l’amour des peuples opprimés ou des nations fortes et généreuses qui ont foi dans l’avenir. Un pareil esprit conduit à la démocratie. Cependant, et c’est ici une observation capitale, la France paraît plus que toute autre nation menacée par sa situation même, de tant d’incertitudes, de tant de confusion, d’un tel désordre intellectuel ou moral, que beaucoup de ses meilleurs citoyens semblent prêts à désespérer de son salut, de sa vie peut-être ! Des trois termes de sa magnifique devise, elle a réalisé à peu près la Liberté; l'Égalité, les souffrances d’une foule qui l’a fait glisser si facilement de la royauté constitu tionnelle au socialisme et à l’anarchie, ne permettent pas de la croire accomplie. Quant à la Fraternité, on l’a si peu comprise qu’elle n’apparaît plus déjà que comme une chimère irréalisable, ou tout au plus comme un simple senti_
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1100 l’initiation radicaux du Monde, ¡’Universel (l’Etreen soi), l’homme et la Nature. Notons encore, pour confirmation nouvelle, que chaque peuple, en mourant, lègue à l’Humanité quelque réalisation de l’esprit qui l’animait : l’Inde, l’Egypte, Israël nous ont laissé leurs religions ; la Grèce, Rome, leurs philosophies, leurs sciences, leurs arts et leur organisation sociale (nés des sentiments ou de l’intelligence, de l’âme humaine) ; la Phénicie, Carthage, Venise, leur industrie, leur commerce, leurs fondations économiques. Mais, sans nous attarder plus longtemps à ces pre mières considérations, arrivons à l’étude spéciale des peuples constitutionnels, de race blanche, qui doivent nous intéresser tout particulièrement. Nous allons retrouver parmi eux les mêmes distinc tions encore : Le groupement autocratique et théocratique y est devenu rare; il appartient à l’enfance des peuples; on pourrait peut-être cependant le reconnaître dans la Russie, si jeune encore, dans l’étonnante rapidité de sa croissance, dans la vitalité puissante qu’elle doit à ses fondateurs. La classe intermédiaire, des sociétés inspirées parti culièrement par l’esprit humain, est la mieux caractél'on voit Z/ux/ey déclarer publiquement que l'école évolution niste doit, sous peine de ridicule, reconnaître que le monde n’a pas d’Unité dans la Notion de la Force ; que son unité nécessite un être d’un Absolu mérite, l’£7re en soi de Kant (Conférence sur [’Évolution et la Morlae. Revue Encyclopédique de janvier i 894).
2PRINCIPES DE SOCIOLOGIE SYNTHÉTIQUE IO I risée ; on en trouve les deux formes ordinaires : Celle qui se rapproche davantage du gouvernement auto cratique et des origines se fonde sur resprit de domi nation guerrière ; on la reconnaît dans l’Allemagne actuelle depuis que la Prusse lui a rendu pour un peu de temps avec l’esprit de conquête le rêve de la domination universelle, du Saint Empire romain : la maison de Savoie a galvanisé dé même l’Italie d’une unité artificielle. L’autre forme intermédiaire, d’une civilisation plus raffinée, s’inspire du génie industriel et commercial ; elle est superbement représentée par la Grande-Bre tagne et les États-Unis. De ces deux types, le premier conduit, par nature, à une monarchie militaire à tendances absolues (dicta tures des Bismarck et des Crispi), sous peine de dis solution ; le second, si bien nommé Emporocratie et si bien défini par Fabre d’OIivet, donne une répu blique à tendances aristocratiques (plotocratié) ana logue à celle de Tyr, de Carthage et de Venise. L’un et l’autre ne peuvent se maintenir qu’aux dépens de sociétés moins fortes, en étouffant la révolte ou la concurrence par la tyrannie; par conséquent, avec toutes ses réactions, ses luttes, ses violences, ses vicis situdes. La France, qui n’a trouvé sa place dans aucun de ces genres, nous offre une particularité bien remar quable. En dépit de ses essais assez infructueux d’imitation anglaise, ce n’est ni l’esprit d’indépendance poussé jusqu’à la tyrannie, ni celui de l’intérêt maté riel qui la dominent ; sa révolution n’a pas été enta
3102 l’initiation t chée, comme celle d’Angleterre, de fanatisme religieux ; elle n’est pas née, comme celle d’Amérique, d’un inté rêt mercantile ; elle a été faite au nom d’une trinité mystique: Liberté, Égalité, Fraternité, et l’Europe entière en a été modifiée. Toutes les guerres, toutes les révoltes qui en sont résultées ont eu pour excuse, pour but, l’affranchissement du monde humain avec la foi en son avenir dans la Paix, dans l’Union, dans l’Amour ! La France moderne nous offre donc en réalité le type encore tout jeune du dernier genre de groupe ment social, celui religieux, mais dans sa forme supé rieure, évoluée. C’est ce qui lui vaut la haine des impériaux, la défiance des emporocrates, l’amour des peuples opprimés ou des nations fortes et généreuses qui ont foi dans l’avenir. Un pareil esprit conduit à la démocratie. Cependant, et c’est ici une observation capitale, la France paraît plus que toute autre nation menacée par sa situation même, de tant d’incertitudes, de tant de confusion, d’un tel désordre intellectuel ou moral, que beaucoup de ses meilleurs citoyens semblent prêts à désespérer de son salut, de sa vie peut-être ! Des trois termes de sa magnifique devise, elle a réalisé à peu près la Liberté; l'Égalité, les souffrances d’une foule qui l’a fait glisser si facilement de la royauté constitu tionnelle au socialisme et à l’anarchie, ne permettent pas de la croire accomplie. Quant à la Fraternité, on l’a si peu comprise qu’elle n’apparaît plus déjà que comme une chimère irréalisable, ou tout au plus comme un simple senti_
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
No commentary for this page.