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1UNE DÉFINITION GENERALE DE l’aMOUR 5 pourrons trouver, puisqu’il s’agit d’établir une défini tion générale. Or, la première idée qui vient à l’esprit, c’est que l’amour est l’attraction des contraires. Cependant, un peu de réflexion suffit à montrer que c’est là une exa gération et peut-être une erreur. — La science a presque sûrement démontré aujourd’hui que les forces phy siques ne sont que des modalités de la force et que chacune de ces forces se manifestait sous deux aspects en apparence contraires, mais en définitive dérivés d’une même origine. Ainsi l’électricité positive et l’électricité négative ne sont que des manifestations différentes d’une même force : il en est de même pour le chaud et le froid, la lumière et l’ombre, etc., etc. ; tout cela se résume, en dernière analyse, dans des états particuliers du mouvement — suivant la belle théorie de Louis Lucas. —Mais pour ne pas nous perdre dans les abstractions scientifiques, demandonsnous si l’homme et la femme, qui représentent res pectivement le pôle positif et le pôle négatif de l’hu manité, sont bien des contraires ? Les pôles con traires s’attirent, me direz-vous ; d’accord, en première analyse ; mais, en réfléchissant un peu, nous voyons vite que ce terme de contraire traduit mal la pensée qu’il s’agit d’exprimer. La femme complète l’homme; l’homme complète la femme ; mais on ne peut pas dire que (philosophiquement du moins) la femme soit l’ennemie de l’homme et l’homme l’ennemi de la femme. Toutes nos lectrices s’élèveraient contre une pareille interprétation. Compléter et non s’opposer, complémentaire et non
2l’initiation ■6 contraire ; tel est le terme que nous devons adopter. Platon va nous donner, de plus, de curieuses remarques à ce sujet (i). Primitivement, nous dit le grand philosophe (que nous citons de mémoire), l’être humain était composé d’individus en forme de boules ayant chacun quatre bras et quatre jambes et possé dant chacun les deux sexes. Cet être s’étant révolté contre Dieu, fut vaincu dans sa lutte et, en témoi gnage de cette chute, Dieu sépara l’être humain en deux moitiés ; ainsi furent créés les hommes et les femmes , n’ayant plus chacun que deux jambes et deux bras et constituant ainsi des moitiés de l’être originel. Chacune de ces moitiés cherche à se compléter pour reconstituer l’unité perdue : de là l’amour. Cette chute, analysée par Platon, atteignit, si nous en croyons les mystiques de l’école de Jacob Boehm et les Martinistes, non seulement l’homme, mais la Nature entière : de là, la création de toutes ces moi tiés, qui, sous les noms de Soleils et de Planètes, de règnes et de forces, puis de corps chimiques ou d’êtres animés, cherchent dans tous les plans, et dans tous les mondes, à se complémentariser. Nous pourrions poursuivre longtemps encore cette analyse : mais nous pensons avoir justifié le choix de notre terme et nous résumerons l’état présent de nos recherches en disant: L’Amour est l’attraction des Complémentaires. Nous tenons le caractère et les objets d’action ; voyons le moyen. (i) Voyez le Banquet.
3UNE DÉFINITION GENERALE DE l’âMOUR 7' Comment s’exerce cette attraction des complémen taires ? Une des tendances les plus générales de l’esprit humain est de mépriser presque toujours la recherche des moyens, des intermédiaires, quand il a saisi la. cause et les effets. C'est ainsi qu’on s’est beaucoup moqué des Kabbalistes et des alchimistes, enseignant qu’il existe un intermédiaire chargé d’assurer les rapports de l’âme et des corps ; intermédiaire appelé par eux le Média teur plastique. On a prétendu et l’on prétend encore, dans les ou vrages classiques de philosophie, que cet intermé diaire a été inventé uniquement pour éluder une expli cation difficile. Or, ne voyons-nous pas tous les jours le chimiste amené à mélanger intimement l’huile et l’eau, images analogiques de l’âme et du corps au moyen de {c’està-dire par l’intermédiaire de) la potasse, pour cons tituer le savon. On ne rirait pas d’un chimiste affir mant que la potasse est le médiateur plastique de l’huile et de l’eau ; tandis qu’on se gausse de l'affir mation des alchimistes. Mais qu’est devenu l’amour dans tout cela, me demanderez-vous ? Nous y sommes plus que jamais, car nous tou chons au but. Entre l'amour, principe de toute attrac tion, et les corps, principe de toute passivité à l’im pulsion attractive, il existe un intermédiaire que nous nommerons universel, car il s’applique à la naturetout entière.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1UNE DÉFINITION GENERALE DE l’aMOUR 5 pourrons trouver, puisqu’il s’agit d’établir une défini tion générale. Or, la première idée qui vient à l’esprit, c’est que l’amour est l’attraction des contraires. Cependant, un peu de réflexion suffit à montrer que c’est là une exa gération et peut-être une erreur. — La science a presque sûrement démontré aujourd’hui que les forces phy siques ne sont que des modalités de la force et que chacune de ces forces se manifestait sous deux aspects en apparence contraires, mais en définitive dérivés d’une même origine. Ainsi l’électricité positive et l’électricité négative ne sont que des manifestations différentes d’une même force : il en est de même pour le chaud et le froid, la lumière et l’ombre, etc., etc. ; tout cela se résume, en dernière analyse, dans des états particuliers du mouvement — suivant la belle théorie de Louis Lucas. —Mais pour ne pas nous perdre dans les abstractions scientifiques, demandonsnous si l’homme et la femme, qui représentent res pectivement le pôle positif et le pôle négatif de l’hu manité, sont bien des contraires ? Les pôles con traires s’attirent, me direz-vous ; d’accord, en première analyse ; mais, en réfléchissant un peu, nous voyons vite que ce terme de contraire traduit mal la pensée qu’il s’agit d’exprimer. La femme complète l’homme; l’homme complète la femme ; mais on ne peut pas dire que (philosophiquement du moins) la femme soit l’ennemie de l’homme et l’homme l’ennemi de la femme. Toutes nos lectrices s’élèveraient contre une pareille interprétation. Compléter et non s’opposer, complémentaire et non
2l’initiation ■6 contraire ; tel est le terme que nous devons adopter. Platon va nous donner, de plus, de curieuses remarques à ce sujet (i). Primitivement, nous dit le grand philosophe (que nous citons de mémoire), l’être humain était composé d’individus en forme de boules ayant chacun quatre bras et quatre jambes et possé dant chacun les deux sexes. Cet être s’étant révolté contre Dieu, fut vaincu dans sa lutte et, en témoi gnage de cette chute, Dieu sépara l’être humain en deux moitiés ; ainsi furent créés les hommes et les femmes , n’ayant plus chacun que deux jambes et deux bras et constituant ainsi des moitiés de l’être originel. Chacune de ces moitiés cherche à se compléter pour reconstituer l’unité perdue : de là l’amour. Cette chute, analysée par Platon, atteignit, si nous en croyons les mystiques de l’école de Jacob Boehm et les Martinistes, non seulement l’homme, mais la Nature entière : de là, la création de toutes ces moi tiés, qui, sous les noms de Soleils et de Planètes, de règnes et de forces, puis de corps chimiques ou d’êtres animés, cherchent dans tous les plans, et dans tous les mondes, à se complémentariser. Nous pourrions poursuivre longtemps encore cette analyse : mais nous pensons avoir justifié le choix de notre terme et nous résumerons l’état présent de nos recherches en disant: L’Amour est l’attraction des Complémentaires. Nous tenons le caractère et les objets d’action ; voyons le moyen. (i) Voyez le Banquet.
3UNE DÉFINITION GENERALE DE l’âMOUR 7' Comment s’exerce cette attraction des complémen taires ? Une des tendances les plus générales de l’esprit humain est de mépriser presque toujours la recherche des moyens, des intermédiaires, quand il a saisi la. cause et les effets. C'est ainsi qu’on s’est beaucoup moqué des Kabbalistes et des alchimistes, enseignant qu’il existe un intermédiaire chargé d’assurer les rapports de l’âme et des corps ; intermédiaire appelé par eux le Média teur plastique. On a prétendu et l’on prétend encore, dans les ou vrages classiques de philosophie, que cet intermé diaire a été inventé uniquement pour éluder une expli cation difficile. Or, ne voyons-nous pas tous les jours le chimiste amené à mélanger intimement l’huile et l’eau, images analogiques de l’âme et du corps au moyen de {c’està-dire par l’intermédiaire de) la potasse, pour cons tituer le savon. On ne rirait pas d’un chimiste affir mant que la potasse est le médiateur plastique de l’huile et de l’eau ; tandis qu’on se gausse de l'affir mation des alchimistes. Mais qu’est devenu l’amour dans tout cela, me demanderez-vous ? Nous y sommes plus que jamais, car nous tou chons au but. Entre l'amour, principe de toute attrac tion, et les corps, principe de toute passivité à l’im pulsion attractive, il existe un intermédiaire que nous nommerons universel, car il s’applique à la naturetout entière.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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