Fetching
One moment.
Fetching
One moment.
110 l’initiation Bulwer Lytton. qui a titre Zazzonz. A mesure que ce disciple de Medjnour, initié comme lui depuis des siècles, cède à la pitié pour Glyndon, puis à l’amour individuel, ses facultés transcendantes se troublent, s’évanouissent et finalement il meurt, tandis que l’implacable Medjnour, maître du Moi, survit pour continuer le grand œuvre. N’allez pas craindre qu’une pareille doctrine puisse être défigurée en se divulguant au milieu des Bar bares: une si haute spiritualité n’est pas pour les toucher. On ne la peut goûter à moins de savoir, ainsi que Philippe, « se comprendre comme un ins tant d’une chose immortelle ». Il faut être «un Moi qui veuille se garder, se connaître, en face de la fantaisie, du goût, du plaisir, du vagabondage si vif chez l’être jeune et sensible ». Il faut pour apprécier cette haute culture, savoir se dresser contre «ceux qui vivent comme dans un mardigras perpétuel, sous des formules louées chez le cos tumier à la mode»; il faut «savoir et vouloir faire effort pour croître ». Ce sont donc des âmes d’élite que Maurice Barrés nous prépare par le culte du Moi ; il crée la pépinière de cette humanité fraternelle qu’appelle de tous ses vœux votre âme généreuse. Ses disciples sont les initiés de demain dont nous n’aurons été que les faibles précurseurs. Ce qui me fait penser qu’ils pour ront bien être aussi nombreux que nous le souhaitons, c’est que le culte du Moi ajoute à ses hautes qua
2LE, CULTE DU MOI I I lités l’avantage de constituer la morale transcendante la mieux appropriée à l’esprit de notre temps et au mouvement providentiel du progrès. Les preuves de cette assertion remontent à des observations fort importantes que nous allons trouver i ndiquées parfaitement dans l’œuvre de Maurice Bar rés. Considérons d’abord le culte du Moi au point de vue philosophique. Aujourd’hui une morale de pur sentiment n’est plus de mise, si élevée qu’en soit l’expression ; celle du bon sens n’est pas moins in suffisante. Mis en défiance contre tous nos instincts religieux ou intellectuels, nous ne voulons obéir qu’aux doctrines assises sur la science expérimentale. Le positivisme, qui a été leur première expression, s’est transformé d’abord en utilitarisme avec Stuart Mili et Spencer, puis en pessimisme moniste avec Schopenhauer réhabilité et Hartmann, le philosophe de l’inconscient. Mais vous savez de quelles angoisses ces morales subtiles et froides nous tourmentent. Semblables à certaines démonstrations mathémati ques, elles se prouvent sans nous persuader ; on di rait des automates qui vivent mais n’ont point d’âmes pour nous entraîner à leur suite ; elles avancent sans aller nulle part. Or cet esprit, cette chaleur qui leur manquent, le culte du Moi les leur donne, tout en synthétisant les formes de leur évolution. Par lui le pas fatal est ac compli, voilà franchi le seuil qui sépare le naturalisme
312 l’initiation du spiritualisme. Aussi, en lisant Maurice Barrés, on se demande si c’est encore Goethe, Spencer ou Hart mann que l’on entend; si ce n’est pas plutôt Spinosa, Shelling ou Wronsky. Ecoutez ces lignes : Voici d’abord la raison d’être de cette morale scien tifique : « Les jeunes gens sincères ne trouvant pas, à leur entrée dans la vie, un maître, axiome, religion ou prince des hommes (i) qui s’impose à eux, doivent tout d’abord servir les besoins de leur Moi; le premier point c’est d’exister. » Voici maintenant leur résultat : «C’est nous qui créons l’Univers; telle est la vérité qui imprègne chaque page de cette petite œuvre. De là les conclusions : le Moi découvre une harmonie universelle à mesure qu’il prend du monde une cons cience plus large et plus sincère. Cela se conçoit, il crée conformément à lui même ; il suffit qu’il existe réellement et dans un univers qui n’est que l’en semble de ses pensées, régnera la belle ordonnance selon laquelle s’adaptent nécessairement les unes aux autres les conceptions d’un cerveau lucide. » Voici, enfin, le but, bien supérieur à celui du pessi misme : « Ainsi, à force de s’étendre, le Moi va se fondre dans l’inconscient. Non pas y disparaître, mais (i) Trinité très remarquable que l’auteur a soin de souli gner; elle marque en effet les puissances qui se sont succédé dans l’histoire avec leur ordre chronologique qui donne la loi d’évolution.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
110 l’initiation Bulwer Lytton. qui a titre Zazzonz. A mesure que ce disciple de Medjnour, initié comme lui depuis des siècles, cède à la pitié pour Glyndon, puis à l’amour individuel, ses facultés transcendantes se troublent, s’évanouissent et finalement il meurt, tandis que l’implacable Medjnour, maître du Moi, survit pour continuer le grand œuvre. N’allez pas craindre qu’une pareille doctrine puisse être défigurée en se divulguant au milieu des Bar bares: une si haute spiritualité n’est pas pour les toucher. On ne la peut goûter à moins de savoir, ainsi que Philippe, « se comprendre comme un ins tant d’une chose immortelle ». Il faut être «un Moi qui veuille se garder, se connaître, en face de la fantaisie, du goût, du plaisir, du vagabondage si vif chez l’être jeune et sensible ». Il faut pour apprécier cette haute culture, savoir se dresser contre «ceux qui vivent comme dans un mardigras perpétuel, sous des formules louées chez le cos tumier à la mode»; il faut «savoir et vouloir faire effort pour croître ». Ce sont donc des âmes d’élite que Maurice Barrés nous prépare par le culte du Moi ; il crée la pépinière de cette humanité fraternelle qu’appelle de tous ses vœux votre âme généreuse. Ses disciples sont les initiés de demain dont nous n’aurons été que les faibles précurseurs. Ce qui me fait penser qu’ils pour ront bien être aussi nombreux que nous le souhaitons, c’est que le culte du Moi ajoute à ses hautes qua
2LE, CULTE DU MOI I I lités l’avantage de constituer la morale transcendante la mieux appropriée à l’esprit de notre temps et au mouvement providentiel du progrès. Les preuves de cette assertion remontent à des observations fort importantes que nous allons trouver i ndiquées parfaitement dans l’œuvre de Maurice Bar rés. Considérons d’abord le culte du Moi au point de vue philosophique. Aujourd’hui une morale de pur sentiment n’est plus de mise, si élevée qu’en soit l’expression ; celle du bon sens n’est pas moins in suffisante. Mis en défiance contre tous nos instincts religieux ou intellectuels, nous ne voulons obéir qu’aux doctrines assises sur la science expérimentale. Le positivisme, qui a été leur première expression, s’est transformé d’abord en utilitarisme avec Stuart Mili et Spencer, puis en pessimisme moniste avec Schopenhauer réhabilité et Hartmann, le philosophe de l’inconscient. Mais vous savez de quelles angoisses ces morales subtiles et froides nous tourmentent. Semblables à certaines démonstrations mathémati ques, elles se prouvent sans nous persuader ; on di rait des automates qui vivent mais n’ont point d’âmes pour nous entraîner à leur suite ; elles avancent sans aller nulle part. Or cet esprit, cette chaleur qui leur manquent, le culte du Moi les leur donne, tout en synthétisant les formes de leur évolution. Par lui le pas fatal est ac compli, voilà franchi le seuil qui sépare le naturalisme
312 l’initiation du spiritualisme. Aussi, en lisant Maurice Barrés, on se demande si c’est encore Goethe, Spencer ou Hart mann que l’on entend; si ce n’est pas plutôt Spinosa, Shelling ou Wronsky. Ecoutez ces lignes : Voici d’abord la raison d’être de cette morale scien tifique : « Les jeunes gens sincères ne trouvant pas, à leur entrée dans la vie, un maître, axiome, religion ou prince des hommes (i) qui s’impose à eux, doivent tout d’abord servir les besoins de leur Moi; le premier point c’est d’exister. » Voici maintenant leur résultat : «C’est nous qui créons l’Univers; telle est la vérité qui imprègne chaque page de cette petite œuvre. De là les conclusions : le Moi découvre une harmonie universelle à mesure qu’il prend du monde une cons cience plus large et plus sincère. Cela se conçoit, il crée conformément à lui même ; il suffit qu’il existe réellement et dans un univers qui n’est que l’en semble de ses pensées, régnera la belle ordonnance selon laquelle s’adaptent nécessairement les unes aux autres les conceptions d’un cerveau lucide. » Voici, enfin, le but, bien supérieur à celui du pessi misme : « Ainsi, à force de s’étendre, le Moi va se fondre dans l’inconscient. Non pas y disparaître, mais (i) Trinité très remarquable que l’auteur a soin de souli gner; elle marque en effet les puissances qui se sont succédé dans l’histoire avec leur ordre chronologique qui donne la loi d’évolution.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
No commentary for this page.