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1LE CULTE DU MOI 7 Dans le langage métaphysique de cette région, culte du Moi ne signifie plus du tout comme en bas, l’adoration du soi personnel, mais la culture du Moi de Fichte et de Schelling; de ce Principe universel qui se cache au fond de l’être humain comme en un sanctuaire, assailli, menacé sans cesse par le Non-Moi, par les Barbares, qui, en dépit du titre, sont ici les égoïstes véritables. Cette dénomination même à'égoïsme ou égotisme s’explique aisément. Si chaleureux défenseur que l’on puisse être de la Fraternité, il est impossible de l’in terpréter comme une abnégation complète de notre personne en toute occasion. N’est-il pas certain que le dévouement doit avoir ses limites ? Pour ma part, je n’ai jamais pu comprendre que comme une dégénérescence grossière cette légende qui nous montre le Bouddha (être surhumain qui a renoncé aux splendeurs du Nirvana pour instruire les hommes) terminant sa mission céleste en se livrant en pâture à la tigresse en quête d’une proie pour ses petits. Non : chacun de de nous a sa mission, son rôle {persona}, sa personne à jouer en ce monde. Elle nous place au-dessus de toute une série d’êtres d’ordre inférieur contre la quelle nous avons à la sauvegarder ; la défendre de tout danger extérieur, écarter tout ce qui s’oppose à la plénitude de son expansion est donc un devoir. Ainsi il y a égoïsme et égoïsme ! L’un est agressif, absorbant; il se fait centre dévo rant; c’est l'égoïsme vulgaire, le néant en action ; voilà le fléau destructeur que vous vouez si justement à l’exécration’.
28 l’initiation L’autre, uniquement résistant, se fait d’abord inex pugnable pour devenir centre rayonnant; c’est l’é goïsme philosophique de l’Etre qui veille sur son essence même, la liberté. Du premier procèdent et le paupérisme et le mili tarisme ; la guerre hideuse de conquête ! la guerre du Barbare. Au second se rattache la pauvreté digne et forti fiante; la guerre purifiante de la défense, la protection de la Patrie, du Moi. C’est l’Egoïsme barbare qui faitl’EgotismeduiWof; là est du reste la cause du mystère en occultisme. Si les Barbares font la guerre, c’est pour la satisfaction des désirs inférieurs ; tandis que le Moi que défend contre eux l’Egotisme est la source des plus hauts senti ments humains ; c’est l’homme intérieur, ce germe délicat qu’il faut cultiver sans cesse comme la raison d’ètre de l’homme actuel, et l’espoir de son futur. Entendez sur ce point les déclarations si nettes et si élégantes de Maurice Barrés : « J’entends que l’on va me parler de solidarité : Le premier point c’était d’exister. Que si mainte nant vous vous sentez libre des Barbares et véritable ment possesseurs de votre âme, regardez l’humanité et cherchez une voie commune où vous harmoniser. ... « Ah ! vienne l’instant où l’inconscient m’aura avancé si haut dans l’échelle des êtres, que j’embras serai l’Univers et que j’en prendrai conscience ! Alors j’aurai atteint à ce Moi qui est complet, qui est mon principe et ma fin et l’impulsion de ma culture. Je serai l’absolu conscient, je serai Dieu ! »
3LE CULTE DU MOI 9 Et cette formule encore : « Un même besoin nous agite les uns et les au tres, défendre notre Moi, puis l’élargir au point qu’il contienne tout. » Ne sommes-nous pas là en pleine Initiation ? n’en voilà-t-il pas clairement indiqué et le but et l’effet préliminaire obligé ? Ne reconnaissez-vous point ce qu’en occulte nous nommons la culture psychique ? le TvwOt aeaurov des Initiés anciens? Savoir, vouloir, oser, se taire. N’est-ce pas enfermer le Afoz dans la citadelle du for intérieur, à l’abri de l’assaut des Barbares, pour le cultiver en toute liberté ? Voyez du reste le code même de la fra ternité : l’Evangile ; combien d’exemples ne nous offre-t-il pas de cette défense du Moi ? L’indignation contre les pharisiens ; les marchands chassés du tem ple à coups de fouet ; la mère même du Christ éloi gnée comme étrangère quand l’ésotérisme se dé ploie ; et l’ordre de quitter pour lui ses plus proches parents, et la déclaration que l'Evangile apporte la guerre au dehors avec la paix intérieure ! C’est que le dévouement, comme toute force dans la nature, ne devient largement fécond, n’atteint aux hauteurs magiques de la Fraternité qu’à la condition de s’universaliser. S’il s’individualise, s’il se laisse choir dans les filets de la pitié, il y périt au profit des forces de détail. Rôle superbe, sans doute, par faitement propre à procurer ce que les bouddhistes appellent un riche Devakan ; mais non à nous élever jusqu’aux sphères sublimes de la Fraternité. Rappe lez-vous, cher confrère, cette belle fiction de l’initié
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1LE CULTE DU MOI 7 Dans le langage métaphysique de cette région, culte du Moi ne signifie plus du tout comme en bas, l’adoration du soi personnel, mais la culture du Moi de Fichte et de Schelling; de ce Principe universel qui se cache au fond de l’être humain comme en un sanctuaire, assailli, menacé sans cesse par le Non-Moi, par les Barbares, qui, en dépit du titre, sont ici les égoïstes véritables. Cette dénomination même à'égoïsme ou égotisme s’explique aisément. Si chaleureux défenseur que l’on puisse être de la Fraternité, il est impossible de l’in terpréter comme une abnégation complète de notre personne en toute occasion. N’est-il pas certain que le dévouement doit avoir ses limites ? Pour ma part, je n’ai jamais pu comprendre que comme une dégénérescence grossière cette légende qui nous montre le Bouddha (être surhumain qui a renoncé aux splendeurs du Nirvana pour instruire les hommes) terminant sa mission céleste en se livrant en pâture à la tigresse en quête d’une proie pour ses petits. Non : chacun de de nous a sa mission, son rôle {persona}, sa personne à jouer en ce monde. Elle nous place au-dessus de toute une série d’êtres d’ordre inférieur contre la quelle nous avons à la sauvegarder ; la défendre de tout danger extérieur, écarter tout ce qui s’oppose à la plénitude de son expansion est donc un devoir. Ainsi il y a égoïsme et égoïsme ! L’un est agressif, absorbant; il se fait centre dévo rant; c’est l'égoïsme vulgaire, le néant en action ; voilà le fléau destructeur que vous vouez si justement à l’exécration’.
28 l’initiation L’autre, uniquement résistant, se fait d’abord inex pugnable pour devenir centre rayonnant; c’est l’é goïsme philosophique de l’Etre qui veille sur son essence même, la liberté. Du premier procèdent et le paupérisme et le mili tarisme ; la guerre hideuse de conquête ! la guerre du Barbare. Au second se rattache la pauvreté digne et forti fiante; la guerre purifiante de la défense, la protection de la Patrie, du Moi. C’est l’Egoïsme barbare qui faitl’EgotismeduiWof; là est du reste la cause du mystère en occultisme. Si les Barbares font la guerre, c’est pour la satisfaction des désirs inférieurs ; tandis que le Moi que défend contre eux l’Egotisme est la source des plus hauts senti ments humains ; c’est l’homme intérieur, ce germe délicat qu’il faut cultiver sans cesse comme la raison d’ètre de l’homme actuel, et l’espoir de son futur. Entendez sur ce point les déclarations si nettes et si élégantes de Maurice Barrés : « J’entends que l’on va me parler de solidarité : Le premier point c’était d’exister. Que si mainte nant vous vous sentez libre des Barbares et véritable ment possesseurs de votre âme, regardez l’humanité et cherchez une voie commune où vous harmoniser. ... « Ah ! vienne l’instant où l’inconscient m’aura avancé si haut dans l’échelle des êtres, que j’embras serai l’Univers et que j’en prendrai conscience ! Alors j’aurai atteint à ce Moi qui est complet, qui est mon principe et ma fin et l’impulsion de ma culture. Je serai l’absolu conscient, je serai Dieu ! »
3LE CULTE DU MOI 9 Et cette formule encore : « Un même besoin nous agite les uns et les au tres, défendre notre Moi, puis l’élargir au point qu’il contienne tout. » Ne sommes-nous pas là en pleine Initiation ? n’en voilà-t-il pas clairement indiqué et le but et l’effet préliminaire obligé ? Ne reconnaissez-vous point ce qu’en occulte nous nommons la culture psychique ? le TvwOt aeaurov des Initiés anciens? Savoir, vouloir, oser, se taire. N’est-ce pas enfermer le Afoz dans la citadelle du for intérieur, à l’abri de l’assaut des Barbares, pour le cultiver en toute liberté ? Voyez du reste le code même de la fra ternité : l’Evangile ; combien d’exemples ne nous offre-t-il pas de cette défense du Moi ? L’indignation contre les pharisiens ; les marchands chassés du tem ple à coups de fouet ; la mère même du Christ éloi gnée comme étrangère quand l’ésotérisme se dé ploie ; et l’ordre de quitter pour lui ses plus proches parents, et la déclaration que l'Evangile apporte la guerre au dehors avec la paix intérieure ! C’est que le dévouement, comme toute force dans la nature, ne devient largement fécond, n’atteint aux hauteurs magiques de la Fraternité qu’à la condition de s’universaliser. S’il s’individualise, s’il se laisse choir dans les filets de la pitié, il y périt au profit des forces de détail. Rôle superbe, sans doute, par faitement propre à procurer ce que les bouddhistes appellent un riche Devakan ; mais non à nous élever jusqu’aux sphères sublimes de la Fraternité. Rappe lez-vous, cher confrère, cette belle fiction de l’initié
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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