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1I 06 LINITIATION ciers, ou se les représenter comme des hypothèses fabriquées à plaisir. Or, si vous supprimez ou rendez inaccessibles les idées dinዾni, d'unÎté, duniversalité, de perfection, de plan préconçu ou lintelligence régulatrice, il nest plus permis de pari :r de Dieu ou dessayerune démons tration de son existence; car il a cessé dêtre, ou il na jamais été, sil nest pas lêtre inዾni, lêtre unique dans son inዾnitude, la source universelle de toute existence, lêtre parfait, lintelligence suprême qui a tout prévu et tout ordonné selon les règles dune im muable sagesse, en un mot sil nest pas une providence. A ces difዾcultés déjà insurmontables quoppose à lidée de Dieu la science divisée et fragmentaire de nos jours, sen joint une autre non moins insoluble. Dans létude isolée et indépendante des diverses parties de la nature, rien ne doit être donné au hasard ou à laction imprévue dune volonté quelconque, mais tout ce qui arrive est expliqué davance par ce qui la immédiatement précédé; tout phénomène a sa cause et sa raison dêtre dans un phénomène antérieur. Cest ce qui a conduit notre grand physiologiste Claude Bernard à donner à la méthode scientiዾque, telle quil la comprenait et la pratiquait, le nom de dé terminisme. Lexpression est très juste quand elle est appliquée à la science partielle et fragmentaire. Mais, quest-ce que le déterminisme, quand on le transporte dune sphère particulière dans une sphère générale? Pas autre chose que la négation de la liberté, pas autre chose que la suppression de la volonté elle-même, et par suite de toute loi, de toute règle de conduite, de 1 3 v. usi
2LiDEE DE DIEU 107 toute idée de justice et de devoir, de bonté et de pro vidence. A lathéisme métaphysique que nous avons signalé il ny a quun instant, comme la conséquence inévitable de la science actuelle, vient donc sajouter par le déterminisme ce quon peut appeler lathéisme moral. Au reste, les deux athéismes sont inséparables et se confondent en un seul. Dieu absent, il ny a pas de morale. La morale absente, il ny a pas de Dieu. Lun et lautre dérivent de la même cause: de la frag mentation illimitée et de ce quon peut nommer la narchie de la science contemporaine. Aussi, rien de plus logique que les paroles souvent citées dun illustre astronome du commencement de ce siècle. On demandait un jour à Laplace, lauteur de la Mécani que céleste, sil donnait une place à Dieu dans sa théorie du monde: « Jai pu jusquà présent, répon ditil, me passer de cette hypothèse. A lopinion de Laplace, on peut opposer celle dun autre astronome de grand nom. Leverrier ne crOyait pas seulement en Dieu, il poussait la piété jusquà la dévotion. Dautres savants contemporains, les uns vivants. les autres morts depuis peu, se sont également déclarés les ennemis irréconciliables de lathéisme et du matérialisme. Je me bornerai à citer les noms de Chevreul, lillustre centenaire, de J.-B. Dumas, de M. de Quatrefages, et avant tous les autres, et par . dessus tous les autres, celui de notre incomparable Pasteur. Mais, prenons la déclaration de Laplace pour ce quelle vaut, pour un des symptômes de la science de notretemps, pour un des effets de la déduction mathé
3108 LINITIATION . î;. .3... e .. Ï' ËIૻ '* '*I-ૺૺ'n:.:-rn matique poussée à lextrême; il ny a pas lieu de nous en inquiéter outre mesure. Lexistence de Dieu est autre chose quune formule de mécanique céleste, et la science, en général, ne remplace pas la raison. On peut avoir beaucoup de science et être brouillé avec la raison, comme lont été, comme le sont encore certains savants emprisonnés dans le cercle borné de leurs spéculations. La science, cest lattribut, cest la conquête de quelques-uns, une conquête qui peut exercer la plus heureuse inዿuence sur la richesse, la santé, le bienêtre, la puissance des individus et des nations. La raison, cest, à quelques exceptions près, la propriété de tous, cest la faculté maîtresse, lattri but distinctif et indéfectible du genre humain. Elle a, comme le soleil, son aurore, son crépuscule, ses éclipses; mais pas plus que le soleil elle nest menacée de s'éteindre; elle est même plus durable que lui, car elle est éternelle et ne peut se concevoir sans léternité, tandis que lastre du jour ne survivra pas à notre système planétaire. Or, cest la raison, non la science, qui nous dit queles êtres et les phénomènes que nous voyons dans ce monde commencer et ዾnir, qui for ment dans leur ensemble le monde luimême, ne peu vent se concevoir sans une cause qui na pas eu de commencement et qui naura pas de ዾn. 1 Cest la raison, non la science, qui nous dit que les lois qui commandent àce vaste monde, que les ዾns particulières en vue desquelles tous les êtres vivants sont organisés, que la lumière intellectuelle qui brille au-dedans de nous,si pâles quen soient les rayons, supposent, detoutenécessité, Une intelligence suprême
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1I 06 LINITIATION ciers, ou se les représenter comme des hypothèses fabriquées à plaisir. Or, si vous supprimez ou rendez inaccessibles les idées dinዾni, d'unÎté, duniversalité, de perfection, de plan préconçu ou lintelligence régulatrice, il nest plus permis de pari :r de Dieu ou dessayerune démons tration de son existence; car il a cessé dêtre, ou il na jamais été, sil nest pas lêtre inዾni, lêtre unique dans son inዾnitude, la source universelle de toute existence, lêtre parfait, lintelligence suprême qui a tout prévu et tout ordonné selon les règles dune im muable sagesse, en un mot sil nest pas une providence. A ces difዾcultés déjà insurmontables quoppose à lidée de Dieu la science divisée et fragmentaire de nos jours, sen joint une autre non moins insoluble. Dans létude isolée et indépendante des diverses parties de la nature, rien ne doit être donné au hasard ou à laction imprévue dune volonté quelconque, mais tout ce qui arrive est expliqué davance par ce qui la immédiatement précédé; tout phénomène a sa cause et sa raison dêtre dans un phénomène antérieur. Cest ce qui a conduit notre grand physiologiste Claude Bernard à donner à la méthode scientiዾque, telle quil la comprenait et la pratiquait, le nom de dé terminisme. Lexpression est très juste quand elle est appliquée à la science partielle et fragmentaire. Mais, quest-ce que le déterminisme, quand on le transporte dune sphère particulière dans une sphère générale? Pas autre chose que la négation de la liberté, pas autre chose que la suppression de la volonté elle-même, et par suite de toute loi, de toute règle de conduite, de 1 3 v. usi
2LiDEE DE DIEU 107 toute idée de justice et de devoir, de bonté et de pro vidence. A lathéisme métaphysique que nous avons signalé il ny a quun instant, comme la conséquence inévitable de la science actuelle, vient donc sajouter par le déterminisme ce quon peut appeler lathéisme moral. Au reste, les deux athéismes sont inséparables et se confondent en un seul. Dieu absent, il ny a pas de morale. La morale absente, il ny a pas de Dieu. Lun et lautre dérivent de la même cause: de la frag mentation illimitée et de ce quon peut nommer la narchie de la science contemporaine. Aussi, rien de plus logique que les paroles souvent citées dun illustre astronome du commencement de ce siècle. On demandait un jour à Laplace, lauteur de la Mécani que céleste, sil donnait une place à Dieu dans sa théorie du monde: « Jai pu jusquà présent, répon ditil, me passer de cette hypothèse. A lopinion de Laplace, on peut opposer celle dun autre astronome de grand nom. Leverrier ne crOyait pas seulement en Dieu, il poussait la piété jusquà la dévotion. Dautres savants contemporains, les uns vivants. les autres morts depuis peu, se sont également déclarés les ennemis irréconciliables de lathéisme et du matérialisme. Je me bornerai à citer les noms de Chevreul, lillustre centenaire, de J.-B. Dumas, de M. de Quatrefages, et avant tous les autres, et par . dessus tous les autres, celui de notre incomparable Pasteur. Mais, prenons la déclaration de Laplace pour ce quelle vaut, pour un des symptômes de la science de notretemps, pour un des effets de la déduction mathé
3108 LINITIATION . î;. .3... e .. Ï' ËIૻ '* '*I-ૺૺ'n:.:-rn matique poussée à lextrême; il ny a pas lieu de nous en inquiéter outre mesure. Lexistence de Dieu est autre chose quune formule de mécanique céleste, et la science, en général, ne remplace pas la raison. On peut avoir beaucoup de science et être brouillé avec la raison, comme lont été, comme le sont encore certains savants emprisonnés dans le cercle borné de leurs spéculations. La science, cest lattribut, cest la conquête de quelques-uns, une conquête qui peut exercer la plus heureuse inዿuence sur la richesse, la santé, le bienêtre, la puissance des individus et des nations. La raison, cest, à quelques exceptions près, la propriété de tous, cest la faculté maîtresse, lattri but distinctif et indéfectible du genre humain. Elle a, comme le soleil, son aurore, son crépuscule, ses éclipses; mais pas plus que le soleil elle nest menacée de s'éteindre; elle est même plus durable que lui, car elle est éternelle et ne peut se concevoir sans léternité, tandis que lastre du jour ne survivra pas à notre système planétaire. Or, cest la raison, non la science, qui nous dit queles êtres et les phénomènes que nous voyons dans ce monde commencer et ዾnir, qui for ment dans leur ensemble le monde luimême, ne peu vent se concevoir sans une cause qui na pas eu de commencement et qui naura pas de ዾn. 1 Cest la raison, non la science, qui nous dit que les lois qui commandent àce vaste monde, que les ዾns particulières en vue desquelles tous les êtres vivants sont organisés, que la lumière intellectuelle qui brille au-dedans de nous,si pâles quen soient les rayons, supposent, detoutenécessité, Une intelligence suprême
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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