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1EXAMENS DE LA COSMOGONIE 203 F^us de six ans se sont passés depuis la publica tion de cet ouvrage, dont près de 500 exemplaires ont été répandus dans le monde savant. Ce temps a suffi, je pense, pour le faire connaître, et pour le porter entre les mains de ceux qui auraient pu en combattre les principes, s’ils les avaient cru suscep tibles d’être combattus. Mais jusqu’ici aucune oppo sition savante, aucune critique raisonnée n’est par venue jusqu'à moi. Au milieu d’une foule d’hono rables suffrages, quelques opinions dissidentes se sont bien élevées, il est vrai ; mais ces opinions émises dans l'ombre, dénuées de point d’appui, et pour la plupart partant de personnes ne sachant point l’hébreu, même vulgaire, ou, le sachant, igno rant le véritable point de la question posée par Maimonide, par Richard Simon et par un grand nombre d’autres savants, tant juifs que chrétiens, duquel il résulte que cet hébreu vulgaire n’est point du tout celui de Moise ; ces opinions, dis-je, n’ont pu faire aucune impression sur moi. J’ai été plus attentif, sans doute, au désir que plusieurs person nes impartiales m’ont manifesté d’avoir un com mentaire sur la Cosmogonie de Moise, dont le sens, tel que je l’ai donné dans ma traduction verbale ou correcte, leur a paru trop abstrait et trop éloigné des notions communes pour être facilement saisi. Ce désir était assurément très raisonnable, et j’y ai accédé au moment où il m’a été connu. Seulement, j’ai voulu attendre, pour le remplir, que le temps eût aflferni sur sa base ma Grammaire hébraïque, et que cette base, ou plutôt ces principes de toutes
2204 l'initiation les langues de l’Univers, fussent demeurés inaccessi bles aux atteintes, ou qu’ils en eussent triomphé. Ils y sont demeurés inaccessibles. C’est en vain que, pour éluder cette démonstration de la force de ces principes grammaticaux, les sa vants de l’Europe viendraient me dire qu’ils ne s’en sont pas occupés. Je ne croirais pas à cet aveu, et j’aimerais mieux penser, qu’étonnés à l’aspect de ces principes, si simples et si puissants, doutant s’ils devaient les accepter ou les rejeter, ces savants n’ont su faire ni l’un ni l’autre. Ils ont laissé au temps le soin de les détruire s’ils étaient mauvais, ou de les illustrer s’ils étaient bons, ne voulant ni risquer un combat douteux, ni accorder une victoire facile. Eh bien,le temps les a illustrés; car le silence même des savants a été une illustration. Un ouvrage de cette nature, comme je l’ai dit, ne peut être l'ob jet de l’indifférence ni du dédain : n’en rien dire, c’est en dire beaucoup. Mais on m’objectera peut-être que, si les savants n’ont pas attaqué mes principes de front, c’est qu ils n’ont su comment s’y prendre, à cause de leur ex trême nouvauté qui ne permettait aucune comparai son qui pût les mettre à la portée du public, au tri bunal duquel il faut toujours finir par soumettre ses critiques. Je comprends : eh bien, je vais moi-même montrer au public lui-même comment on peut atta quer mes principes, et comment on peut les ren verser, s’ils sont renversables. J’espère que c’est porter une extrême bonne foi dans les relations scientifiques, et que si, je ne suis pas bien sûrde la
3EXAMENS DE LA COSMOGONIE 205 vérité, c’est jouer un jeu bien désavantageux avec mes adversaires. Je consens à tout. Je parle ici à tout le monde, il est seulement question d’avoir l’esprit juste pour m’entendre: la science n’est nullement nécessaire. Voyez : j’ai dit que le signe est le principe de la . parole : c’est-à-dire qu'avant de parler une langue quelconque les hommes se sont communiqué leurs idées au moyen désignés; comme font encore au jourd'hui les hommes qui ne parlent pas la même langue ; comme fait un muet par nécessité, comme fait par accident un Chinois à l'égard d'un Russe, un Russe à l’égard d’un Persan, etc.. J’ai dit que les signes qui constituent la langue primordiale du Genre Humain sont identiques pour tous les hommes, et qu’un Lapon qui fera signe oui ou non, sera parfaitement entendu d’un Hottentot qui, s’il lui répond, lui répondra par le même signe.J’ai affir mé que tous les signes qui sont radicaux sont dans le même cas, et s’expriment partout de même: ainsi, aimer ou haïr, menacer ou accorder, appro cher ou fuir, boire ou manger, s’expriment par des signes analogues, en Chine comme en Angleterre, au Mexique comme au Japon. Tel est le principe que j’ai d’abord posé dans ma Grammaire hébraïque et que j'ai ensuite développé dans mon livre de l’Etat social de ïHomme (i), en montrant de quelle manière les divers signes s’étaient (1) Voyez la Grammaire hé’>raïquet d’un bout à l’autre, et l’Etat Social, t. J, v. I, chapitre iv, p. 87, in fine.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1EXAMENS DE LA COSMOGONIE 203 F^us de six ans se sont passés depuis la publica tion de cet ouvrage, dont près de 500 exemplaires ont été répandus dans le monde savant. Ce temps a suffi, je pense, pour le faire connaître, et pour le porter entre les mains de ceux qui auraient pu en combattre les principes, s’ils les avaient cru suscep tibles d’être combattus. Mais jusqu’ici aucune oppo sition savante, aucune critique raisonnée n’est par venue jusqu'à moi. Au milieu d’une foule d’hono rables suffrages, quelques opinions dissidentes se sont bien élevées, il est vrai ; mais ces opinions émises dans l'ombre, dénuées de point d’appui, et pour la plupart partant de personnes ne sachant point l’hébreu, même vulgaire, ou, le sachant, igno rant le véritable point de la question posée par Maimonide, par Richard Simon et par un grand nombre d’autres savants, tant juifs que chrétiens, duquel il résulte que cet hébreu vulgaire n’est point du tout celui de Moise ; ces opinions, dis-je, n’ont pu faire aucune impression sur moi. J’ai été plus attentif, sans doute, au désir que plusieurs person nes impartiales m’ont manifesté d’avoir un com mentaire sur la Cosmogonie de Moise, dont le sens, tel que je l’ai donné dans ma traduction verbale ou correcte, leur a paru trop abstrait et trop éloigné des notions communes pour être facilement saisi. Ce désir était assurément très raisonnable, et j’y ai accédé au moment où il m’a été connu. Seulement, j’ai voulu attendre, pour le remplir, que le temps eût aflferni sur sa base ma Grammaire hébraïque, et que cette base, ou plutôt ces principes de toutes
2204 l'initiation les langues de l’Univers, fussent demeurés inaccessi bles aux atteintes, ou qu’ils en eussent triomphé. Ils y sont demeurés inaccessibles. C’est en vain que, pour éluder cette démonstration de la force de ces principes grammaticaux, les sa vants de l’Europe viendraient me dire qu’ils ne s’en sont pas occupés. Je ne croirais pas à cet aveu, et j’aimerais mieux penser, qu’étonnés à l’aspect de ces principes, si simples et si puissants, doutant s’ils devaient les accepter ou les rejeter, ces savants n’ont su faire ni l’un ni l’autre. Ils ont laissé au temps le soin de les détruire s’ils étaient mauvais, ou de les illustrer s’ils étaient bons, ne voulant ni risquer un combat douteux, ni accorder une victoire facile. Eh bien,le temps les a illustrés; car le silence même des savants a été une illustration. Un ouvrage de cette nature, comme je l’ai dit, ne peut être l'ob jet de l’indifférence ni du dédain : n’en rien dire, c’est en dire beaucoup. Mais on m’objectera peut-être que, si les savants n’ont pas attaqué mes principes de front, c’est qu ils n’ont su comment s’y prendre, à cause de leur ex trême nouvauté qui ne permettait aucune comparai son qui pût les mettre à la portée du public, au tri bunal duquel il faut toujours finir par soumettre ses critiques. Je comprends : eh bien, je vais moi-même montrer au public lui-même comment on peut atta quer mes principes, et comment on peut les ren verser, s’ils sont renversables. J’espère que c’est porter une extrême bonne foi dans les relations scientifiques, et que si, je ne suis pas bien sûrde la
3EXAMENS DE LA COSMOGONIE 205 vérité, c’est jouer un jeu bien désavantageux avec mes adversaires. Je consens à tout. Je parle ici à tout le monde, il est seulement question d’avoir l’esprit juste pour m’entendre: la science n’est nullement nécessaire. Voyez : j’ai dit que le signe est le principe de la . parole : c’est-à-dire qu'avant de parler une langue quelconque les hommes se sont communiqué leurs idées au moyen désignés; comme font encore au jourd'hui les hommes qui ne parlent pas la même langue ; comme fait un muet par nécessité, comme fait par accident un Chinois à l'égard d'un Russe, un Russe à l’égard d’un Persan, etc.. J’ai dit que les signes qui constituent la langue primordiale du Genre Humain sont identiques pour tous les hommes, et qu’un Lapon qui fera signe oui ou non, sera parfaitement entendu d’un Hottentot qui, s’il lui répond, lui répondra par le même signe.J’ai affir mé que tous les signes qui sont radicaux sont dans le même cas, et s’expriment partout de même: ainsi, aimer ou haïr, menacer ou accorder, appro cher ou fuir, boire ou manger, s’expriment par des signes analogues, en Chine comme en Angleterre, au Mexique comme au Japon. Tel est le principe que j’ai d’abord posé dans ma Grammaire hébraïque et que j'ai ensuite développé dans mon livre de l’Etat social de ïHomme (i), en montrant de quelle manière les divers signes s’étaient (1) Voyez la Grammaire hé’>raïquet d’un bout à l’autre, et l’Etat Social, t. J, v. I, chapitre iv, p. 87, in fine.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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