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112 l’initiation La seconde vertu est la charité: elle est comme le principe qui dirige et féconde toute la vie du gnostique. Il termine en disant: « Que l’exemple ici donné suffise à qui sait entendre. Car il n’est pas désirable de dévoiler le mystère, mais seu lement de donner à ceux qui savent, les indica tions suffisantes pour leur rappeler ». Origène, disciple de Clément d'Alexandrie,vient à son tour nous apporter son témoignage. Dans son Contra-Celsum, répondant à Celse qui avait dit du christianisme qu’il était un système secret, il déclare que si certaines cToctrines sont secrètes, bien d’autres sont publiques et que ce système d’enseignement exotérique et ésotérique, adopté par les chrétiens, était répandu même parmi les philosophes: « Notre doctrine, dit-il, est si éloi gnée de ne vouloii pas de sages parmi ses fidèles que, pour exercer l’esprit de ceux qui l’embras sent, elle se cache tantôt sous des expressions obs cures et énigmatiques,tantôt sous des paraboles et sous des emblèmes. , , Jésus propose des para boles à la foule de ses auditeurs, ne jugeant pas ceux du dehors dignes d’autre chose que de ces instructions extérieures; mais qu’étant en parti culier il explique tout à ses disciples, comme étant les légitimes héritiers de la sagesse ». Parmi les sages, il y a plusieurs ordres: l’un composéd’initiés qui ne le sont que depuis peu et qui n’ont pas encore reçu le symbole de leur purifica tion; puis ceux qui ont donné toutes les preuves nécessaires de fidélité à la foi chrétienne. Origène ajoute qu’une sélection est encore opérée parmi ceux-ci: « C’est entre ces derniers, dit-il, que l’on en choisit quelques-uns pour avoir le soin d’exami
2LA GNOSE CHRÉTIENNE 13 ner la vie et les mœurs de ceux que souhaitent être admis dans l’assemblée. Il y a une différence, dit-il, entre présenter à des âmes inférieures les remèdes dont elles ont besoin et appeler les esprits bien sains à la connaissance et à la médi tation des choses divines. Comme nous savons dis tinguer l’un d’avec l’autre, nous exhortons d’abord tous les hommes à venir chercher leur guérison dans notre doctrine.. Mais quand nous voyons que ceux à qui nous nous sommes adressés ont fait leur profit de nos exhortations et qu’ils tâchent sérieusement de réformer leur vie, c’est alors que nous les initions à nos mystères ». Origène déclare que l’Eglise conserve les ensei gnements secrets de Jésus; il invoque, en termes précis, les explications données par Jésus à ses disciples, dans ses paraboles: « Je n’ai pas encore parlé de l’observance de tout ce qui est écrit dans les Evangiles, car chacun d'eux contient de nom breuses doctrines difficiles à comprendre, non seulement pour la masse, mais aussi pour certains esprits plus intelligents; par exemple une expli cation très profonde des paraboles adressées par Jésus à ceux du dehors, paraboles dont-il réser vait l’interprétation complète aux hommes qui avaient dépassé le stage de l'enseignement exotérique et qui venaient vers lui en particulier, dans la maison. » Après avoir cité quelques exemples, Origène raconte l’histoire de la Tour de Babel et pour suit en ces termes: « Il y aurait, et cela au point de vue mystique, beaucoup à dire sur ces ques tions. Nous citerons, à ce propos, le passage sui vant de Tobie XII-7: Il est bon de garder le secret
314 L’’INITIATION d'un roi, afin que la doctrine de la descente des âmes dans les corps, ne soit livrée aux esprits vulgaires... Il suffit de représenter, dans le style d’un récit historique, ce qui est destiné à offrir, sous le voile de l’histoire, un sens secret, afin que ceux qui en sont capables, parviennent euxmêmes à s’assimiler tout ce qui a trait à la ques tion. » Assurément, dit-il, l’Evangile est une aide pour les ignorants; néanmoins l’éducation, l’étude des meilleurs auteurs et la sagesse, sont non pas un obstacle, mais un secours pour l’homme qui désire connaître Dieu ». Quant aux inintelli gents, « je m’efforce, eux aussi, de les former de mon mieux, malgré mon désir de ne pas faire entrer dans la communauté chrétienne d’éléments semblables, car je recherche de préférence les esprits les plus cultivés et plus capables, parce qu’ils sont à même de saisir le sens des paroles obscures. » Impossible de mieux dire que si le Christia nisme est ouvert aux ignorants, il ne leur est pas entièrement réservé; pour les esprits « cultivés et plus capables » il y a des enseignements plus profonds. De nombreux chapitres d’Origène sont consa crés aux significations allégoriques et mystiques de l’Ancien et du Nouveau Testament. On sait comment il comprend l’interprétation des Ecri tures. Elles ont un « corps », c’est-à-dire « le sens ordinaire et historique », une « âme », sens figuré qui peut être saisi intellectuellement, enfin un « esprit », sens intérieur et divin que peuvent -seuls connaître les initiés.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
112 l’initiation La seconde vertu est la charité: elle est comme le principe qui dirige et féconde toute la vie du gnostique. Il termine en disant: « Que l’exemple ici donné suffise à qui sait entendre. Car il n’est pas désirable de dévoiler le mystère, mais seu lement de donner à ceux qui savent, les indica tions suffisantes pour leur rappeler ». Origène, disciple de Clément d'Alexandrie,vient à son tour nous apporter son témoignage. Dans son Contra-Celsum, répondant à Celse qui avait dit du christianisme qu’il était un système secret, il déclare que si certaines cToctrines sont secrètes, bien d’autres sont publiques et que ce système d’enseignement exotérique et ésotérique, adopté par les chrétiens, était répandu même parmi les philosophes: « Notre doctrine, dit-il, est si éloi gnée de ne vouloii pas de sages parmi ses fidèles que, pour exercer l’esprit de ceux qui l’embras sent, elle se cache tantôt sous des expressions obs cures et énigmatiques,tantôt sous des paraboles et sous des emblèmes. , , Jésus propose des para boles à la foule de ses auditeurs, ne jugeant pas ceux du dehors dignes d’autre chose que de ces instructions extérieures; mais qu’étant en parti culier il explique tout à ses disciples, comme étant les légitimes héritiers de la sagesse ». Parmi les sages, il y a plusieurs ordres: l’un composéd’initiés qui ne le sont que depuis peu et qui n’ont pas encore reçu le symbole de leur purifica tion; puis ceux qui ont donné toutes les preuves nécessaires de fidélité à la foi chrétienne. Origène ajoute qu’une sélection est encore opérée parmi ceux-ci: « C’est entre ces derniers, dit-il, que l’on en choisit quelques-uns pour avoir le soin d’exami
2LA GNOSE CHRÉTIENNE 13 ner la vie et les mœurs de ceux que souhaitent être admis dans l’assemblée. Il y a une différence, dit-il, entre présenter à des âmes inférieures les remèdes dont elles ont besoin et appeler les esprits bien sains à la connaissance et à la médi tation des choses divines. Comme nous savons dis tinguer l’un d’avec l’autre, nous exhortons d’abord tous les hommes à venir chercher leur guérison dans notre doctrine.. Mais quand nous voyons que ceux à qui nous nous sommes adressés ont fait leur profit de nos exhortations et qu’ils tâchent sérieusement de réformer leur vie, c’est alors que nous les initions à nos mystères ». Origène déclare que l’Eglise conserve les ensei gnements secrets de Jésus; il invoque, en termes précis, les explications données par Jésus à ses disciples, dans ses paraboles: « Je n’ai pas encore parlé de l’observance de tout ce qui est écrit dans les Evangiles, car chacun d'eux contient de nom breuses doctrines difficiles à comprendre, non seulement pour la masse, mais aussi pour certains esprits plus intelligents; par exemple une expli cation très profonde des paraboles adressées par Jésus à ceux du dehors, paraboles dont-il réser vait l’interprétation complète aux hommes qui avaient dépassé le stage de l'enseignement exotérique et qui venaient vers lui en particulier, dans la maison. » Après avoir cité quelques exemples, Origène raconte l’histoire de la Tour de Babel et pour suit en ces termes: « Il y aurait, et cela au point de vue mystique, beaucoup à dire sur ces ques tions. Nous citerons, à ce propos, le passage sui vant de Tobie XII-7: Il est bon de garder le secret
314 L’’INITIATION d'un roi, afin que la doctrine de la descente des âmes dans les corps, ne soit livrée aux esprits vulgaires... Il suffit de représenter, dans le style d’un récit historique, ce qui est destiné à offrir, sous le voile de l’histoire, un sens secret, afin que ceux qui en sont capables, parviennent euxmêmes à s’assimiler tout ce qui a trait à la ques tion. » Assurément, dit-il, l’Evangile est une aide pour les ignorants; néanmoins l’éducation, l’étude des meilleurs auteurs et la sagesse, sont non pas un obstacle, mais un secours pour l’homme qui désire connaître Dieu ». Quant aux inintelli gents, « je m’efforce, eux aussi, de les former de mon mieux, malgré mon désir de ne pas faire entrer dans la communauté chrétienne d’éléments semblables, car je recherche de préférence les esprits les plus cultivés et plus capables, parce qu’ils sont à même de saisir le sens des paroles obscures. » Impossible de mieux dire que si le Christia nisme est ouvert aux ignorants, il ne leur est pas entièrement réservé; pour les esprits « cultivés et plus capables » il y a des enseignements plus profonds. De nombreux chapitres d’Origène sont consa crés aux significations allégoriques et mystiques de l’Ancien et du Nouveau Testament. On sait comment il comprend l’interprétation des Ecri tures. Elles ont un « corps », c’est-à-dire « le sens ordinaire et historique », une « âme », sens figuré qui peut être saisi intellectuellement, enfin un « esprit », sens intérieur et divin que peuvent -seuls connaître les initiés.
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