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1LA GNOSE CHRÉTIENNE 9 confiée comme un dépôt et qu’il confie à son tour aux hommes éprouvés. On sait qu’il ne reste que fort peu de choses des écrits des premiers écrivains apostoliques,et encore ces écrits sont-ils très discutés. Mais, arri vons, au deuxième siècle, à Clément d’Alexandrie et à son élève Origène, les deux auteurs qui nous apprennent le plus sur les mystères de l’Eglise primitive. Clément d’Alexandrie distinguait deux degrés dans la connaissance religieuse. Le premier, élé mentaire correspondait à l’instruction préalable au baptême. Clément disait qu’il était le lait des enfants à la mamelle. Le second degré était celui de la connaissance intégrale, la gnose, qu’il appe lait la nourriture solide. Dans un ouvrage intitulé Stromata,ouvrage que Clément d’Alexandrie définit lui-même,une « réu nion de notes gnostiques conformes à la vraie phi losophie » il dit: « Seul, le gnostique est capable de comprendre et d’expliquer le véritable sens des Ecritures. Les oracles sacrés sont clairs et lumineux pour le mystique, ténébreux pour le vulgaire... Ni les prophètes, ni Notre Seigneur n’ont divulgué les divins mystères assez claire ment pour que le premier venu puisse les com prendre... Les saints mystères sont réservés aux élus, à ceux que leur foi a prédestinés à la con naissance... Il ajoute: « Le Seigneur... nous a permis de communiquer ces mystères divins et cette sainte lumière à ceux qui sont capables de les recevoir. » Il n’a certes pas révélé à la masse ce qui n’appartenait pas à la masse,mais il a révélé les mystères à une minorité à laquelle il
210 l'initiation savait qu’ils appartenaient, minorité capable de les recevoir et de s’y conformer. Les choses se crètes se confient oralement et non par écrit et Dieu fait de même. Et si l’on vient me dire: « Il n’y a rien de secret qui ne doive être révélé, ni rien de caché qui ne doive être dévoilé; je répon drai, moi, qu’à celui qui écoute en se cret, les choses secrètes elles-mêmes seront •manifestées. Voilà ce que présidait cet ora cle. A l’homme capable d’observer secrète ment ce qui lui est confié, ce qui est voilé sera montré comme vérité, ce qui est caché à la masse sera manifesté à la minorité... Les mvstères sont b divulgués sous une forme mystique, afin que lia transmission orale soit possible; mais cette trans mission sera faite moins par les mots que par leur sens caché... Les notes que voici sont bien faibles, je le sais, comparées à cet esprit plein cle grâce, que j’ai eu le privilège de recevoir. Du moins serviront-elles d’image qui rappellera l’ar chétype à l’homme que le Thyrse a frappé. (1) » Après s’être étendu longuement sur les sym boles Pythagoriciens, Hébreux, Egyptiens, et avoir fait observer que les personnes ignorantes et sans instruction sont incapables d’en saisir le sens, il ajoute: « Mais le gnostique comprend. Il ne convient donc pas que tout soit indistincte ment montré à tous, ni que les bienfaits de la sa gesse soient accordés à des hommes dont Vâme n'a jamais, même en rêve, été purifiée; les mystères de la parole ne doivent pas davantage (1) Stromata, L. I. 13 — Traduction de l’Ante-Nicene library de Clarke.
3LA GNOSE CHRETIENNE 11 ■être expliqués aux profanes. » Clément cite SaintPaul pour montrer que cette « connaissance n’ap partient pas à tous» et dit,en se reportant ÙYEpitre aux Hébreux (ch. V et VI), qu’ « il existait certai nement parmi, les Juifs des enseignements oraux. Après s’être étendu sur les écrivains Grecs et avoir passé en revue la philosophie, Clément dé clare que la gnose « communiquée et révélée par le fils de Dieu, est la sagesse, or, la gnose ellemême est un dépôt qui est parvenu par trans mission à quelques hommes; elle avait été com muniquée oralement par les Apôtres. » Nous avons déjà dit que Clément divisait les chrétiens en deux catégories, ceux qui se con tentent de la foi commune, et ceux qui s’élèvent jusqu’à la gnose. Qu’est-ce donc, au juste, que le gnostique chrétien? Clément en a tracé en plu sieurs endroits des Stromata, notamment au VII0 (10-14) un portrait idéal ou il est aisé de relever deux traits principaux. D’abord le gnostique a une connaissance et comme une intuition des véri tés que fait admettre la foi sans en révéler le con tenu: il a l’intelligence de Dieu et des choses divi nes en général, de l’homme, de sa nature, de l’univers et de son origine; les « grands mystères » dont les petits ne sont qu’une préparation, lui sont révélés. Puis le gnostique mène une vie par faite, caractérisée par la pratique de deux vertus, l’une stoïcienne, l’autre chrétienne. Il appelle la première: l’insensibilité; le gnostique a déraciné en lui toute passion tout désir, tout le sensible de sa nature; aussi, n’a-t-il que faire des vertus infé rieures nécessaires pour la lutte; il est inébranla ble aux événements et inaccessible aux émotions.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1LA GNOSE CHRÉTIENNE 9 confiée comme un dépôt et qu’il confie à son tour aux hommes éprouvés. On sait qu’il ne reste que fort peu de choses des écrits des premiers écrivains apostoliques,et encore ces écrits sont-ils très discutés. Mais, arri vons, au deuxième siècle, à Clément d’Alexandrie et à son élève Origène, les deux auteurs qui nous apprennent le plus sur les mystères de l’Eglise primitive. Clément d’Alexandrie distinguait deux degrés dans la connaissance religieuse. Le premier, élé mentaire correspondait à l’instruction préalable au baptême. Clément disait qu’il était le lait des enfants à la mamelle. Le second degré était celui de la connaissance intégrale, la gnose, qu’il appe lait la nourriture solide. Dans un ouvrage intitulé Stromata,ouvrage que Clément d’Alexandrie définit lui-même,une « réu nion de notes gnostiques conformes à la vraie phi losophie » il dit: « Seul, le gnostique est capable de comprendre et d’expliquer le véritable sens des Ecritures. Les oracles sacrés sont clairs et lumineux pour le mystique, ténébreux pour le vulgaire... Ni les prophètes, ni Notre Seigneur n’ont divulgué les divins mystères assez claire ment pour que le premier venu puisse les com prendre... Les saints mystères sont réservés aux élus, à ceux que leur foi a prédestinés à la con naissance... Il ajoute: « Le Seigneur... nous a permis de communiquer ces mystères divins et cette sainte lumière à ceux qui sont capables de les recevoir. » Il n’a certes pas révélé à la masse ce qui n’appartenait pas à la masse,mais il a révélé les mystères à une minorité à laquelle il
210 l'initiation savait qu’ils appartenaient, minorité capable de les recevoir et de s’y conformer. Les choses se crètes se confient oralement et non par écrit et Dieu fait de même. Et si l’on vient me dire: « Il n’y a rien de secret qui ne doive être révélé, ni rien de caché qui ne doive être dévoilé; je répon drai, moi, qu’à celui qui écoute en se cret, les choses secrètes elles-mêmes seront •manifestées. Voilà ce que présidait cet ora cle. A l’homme capable d’observer secrète ment ce qui lui est confié, ce qui est voilé sera montré comme vérité, ce qui est caché à la masse sera manifesté à la minorité... Les mvstères sont b divulgués sous une forme mystique, afin que lia transmission orale soit possible; mais cette trans mission sera faite moins par les mots que par leur sens caché... Les notes que voici sont bien faibles, je le sais, comparées à cet esprit plein cle grâce, que j’ai eu le privilège de recevoir. Du moins serviront-elles d’image qui rappellera l’ar chétype à l’homme que le Thyrse a frappé. (1) » Après s’être étendu longuement sur les sym boles Pythagoriciens, Hébreux, Egyptiens, et avoir fait observer que les personnes ignorantes et sans instruction sont incapables d’en saisir le sens, il ajoute: « Mais le gnostique comprend. Il ne convient donc pas que tout soit indistincte ment montré à tous, ni que les bienfaits de la sa gesse soient accordés à des hommes dont Vâme n'a jamais, même en rêve, été purifiée; les mystères de la parole ne doivent pas davantage (1) Stromata, L. I. 13 — Traduction de l’Ante-Nicene library de Clarke.
3LA GNOSE CHRETIENNE 11 ■être expliqués aux profanes. » Clément cite SaintPaul pour montrer que cette « connaissance n’ap partient pas à tous» et dit,en se reportant ÙYEpitre aux Hébreux (ch. V et VI), qu’ « il existait certai nement parmi, les Juifs des enseignements oraux. Après s’être étendu sur les écrivains Grecs et avoir passé en revue la philosophie, Clément dé clare que la gnose « communiquée et révélée par le fils de Dieu, est la sagesse, or, la gnose ellemême est un dépôt qui est parvenu par trans mission à quelques hommes; elle avait été com muniquée oralement par les Apôtres. » Nous avons déjà dit que Clément divisait les chrétiens en deux catégories, ceux qui se con tentent de la foi commune, et ceux qui s’élèvent jusqu’à la gnose. Qu’est-ce donc, au juste, que le gnostique chrétien? Clément en a tracé en plu sieurs endroits des Stromata, notamment au VII0 (10-14) un portrait idéal ou il est aisé de relever deux traits principaux. D’abord le gnostique a une connaissance et comme une intuition des véri tés que fait admettre la foi sans en révéler le con tenu: il a l’intelligence de Dieu et des choses divi nes en général, de l’homme, de sa nature, de l’univers et de son origine; les « grands mystères » dont les petits ne sont qu’une préparation, lui sont révélés. Puis le gnostique mène une vie par faite, caractérisée par la pratique de deux vertus, l’une stoïcienne, l’autre chrétienne. Il appelle la première: l’insensibilité; le gnostique a déraciné en lui toute passion tout désir, tout le sensible de sa nature; aussi, n’a-t-il que faire des vertus infé rieures nécessaires pour la lutte; il est inébranla ble aux événements et inaccessible aux émotions.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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