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1SSWgSSB?? l’inxtiation christique io5 soient les motifs au point de vue humain, il faut non seulement s’en détacher, mais encore le repousser : « Renoncer à soi et à toute propriété en se confiant aveuglément à Dieu, recevoir tout ce qui arrive comme venant du Créateur, et non de la créature, être patient et doux », telle était la maxime de maître Eckart. Voici celle de son initiateur Jean Fugger : « La plus grande douleur du juste et la plus méritoire, est de se trouver abandonné de Dieu, de s’oublier soimême, de se faire violence au point de se résigner par amour à rester privé de Dieu autant qu'il Lui plaira. » Enfin, pour indiquer une formule plus familière que celles de ces deux grands protagonistes de la vie spirituelle du moyen âge, disons, si vous voulez, que le disciple de Jésus est celui-là seul qui, en toute circonstance, prend, avec un cœur souriant, le parti qui lui est le plus antipathique. Haïr ses parents et sa propre vie, cela ne veut pas dire qu’il faille être mauvais fils, ou mauvaise mère, ou qu’il faille se suicider : la vie du corps, la vie pas sionnelle, n’est pas la vie véritable : c’est la vie du moi, c’est la volonté propre, c’est la faim égoïste qu’il faut haïr, dans toutes ses manifestations. La troisième condition est de porter sa croix: qu’est-ce que notre croix, sinon l’instrument de notre supplice expiatoire, le paiement de nos dettes, la répa ration du mal antérieurement commis. La formule ici est : patience et résignation. La dernière condition, enfin, est de suivre Jésus: non plus seulement subir, mais encore agir d’après ses actes, entreprendre comme II a fait, rayonner
2io6 l’initiation dans notre sphère infime, comme II a rayonné sur l’orbe universel. Car, les paraboles suivantes du bâtisseur et du guerrier le démontrent, il ne s’agit pas de désirer Jésus et de rester passif : le disciple est,'au sens profond du mot, un constructeur et un soldat ; une part lui est réservée dans l’édification de la Cité divine, un poste l’attend dans la bataille cosmique. Or, qui veut la fin veut les moyens ; avant de bâtir, il faut des pierres; avant de combattre, il faut de la force : nous amassons celle-ci et celles-là par l’observance des deuxième et troisième règles précitées, mais tout se résume dans la renonciation à ce que l’on possède. Quand nous avons tiré à nous les cellules que nous avions entassées sur le sable des désirs naturels, les soldats qui se bat taient pour la conquête des idoles, alors seulement il est raisonnable de construire la maison spirituelle, ou de s’enrôler parmi les soldats du Ciel. On voit ici la différence avec ce que les ExtrêmeOrientaux ont laissé transparaître de leur éthique se crète. Leurs ascètes du plus haut degré rappellent bien d’abord à eux toutes celles de leurs forces et de leurs puissances que la vie familiale, sociale et intel lectuelle avait jusqu’alors absorbées. Mais ils se ser vent de ce noyau, qui est bien à eux, pour attirer de nouvelles forces afin de devenir purs et parfaits et d’ai der ensuite les autres plus efficacement. Ils ne sem blent pas sé rendre compte que, quelle que soit la bonté de l’objectif en vue duquel on prend de ce qui ne nous appartient pas, la Nature nous force toujours à rendre Findûment acquis. Tandis que l’Evangile
3L* INITIATION CHRISTIQUE XO7 ^net l’homme à l’œuvre dès qu’il a prouvé son bon vouloir. La force de propagation du sacrifice rayonne ,'ainsi aussitôt que possible ; le disciple se trouve sous le rayonnement central de son Maître dès qu’il peut en .-supporter l’éclat, et il n’engage pas son avenir dans /de nouvelles complications. * ¥ LA BONTÉ DU PÈRE Le berger qui a plus de joie d’avoir ramené une ’brebis perdue que d’avoir gardé les quatre-vingt-dixneuf autres, la femme qui se réjouit plus d’avoir re trouvé un drachme que d’en avoir conservé neuf, le père de famille qui fête l’enfant prodigue tandis qu'il ne donne rien de spécial à ses autres fils vertueux, .sont des exemples de l’amour du Père pour l’homme. Ce n’est pas juste, diront les métaphysiciens ; non, ce n’est pas de la justice, c’est de l’amour. Nous n’avons ■rien en-nous dont le prototype ne préexiste dans le ■Ciel ; si nous étions traités suivant une justice mathé matique, jamais nous n’arriverions à réparer nos ■fautes, encore bien moins nous ne pourrions termi ner notre travail. L’homme vertueux ne s’acquiert pas de mérites, selon la Justice, puisqu’il ne fait que -son devoir; mais l’Amour lui en reconnaît et le •récompense comme il fait fête au pénitent. 11 est incompréhensible, il paraît inouï que l’Être «dont une partie infime suffit à remplir l’immensité de.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1SSWgSSB?? l’inxtiation christique io5 soient les motifs au point de vue humain, il faut non seulement s’en détacher, mais encore le repousser : « Renoncer à soi et à toute propriété en se confiant aveuglément à Dieu, recevoir tout ce qui arrive comme venant du Créateur, et non de la créature, être patient et doux », telle était la maxime de maître Eckart. Voici celle de son initiateur Jean Fugger : « La plus grande douleur du juste et la plus méritoire, est de se trouver abandonné de Dieu, de s’oublier soimême, de se faire violence au point de se résigner par amour à rester privé de Dieu autant qu'il Lui plaira. » Enfin, pour indiquer une formule plus familière que celles de ces deux grands protagonistes de la vie spirituelle du moyen âge, disons, si vous voulez, que le disciple de Jésus est celui-là seul qui, en toute circonstance, prend, avec un cœur souriant, le parti qui lui est le plus antipathique. Haïr ses parents et sa propre vie, cela ne veut pas dire qu’il faille être mauvais fils, ou mauvaise mère, ou qu’il faille se suicider : la vie du corps, la vie pas sionnelle, n’est pas la vie véritable : c’est la vie du moi, c’est la volonté propre, c’est la faim égoïste qu’il faut haïr, dans toutes ses manifestations. La troisième condition est de porter sa croix: qu’est-ce que notre croix, sinon l’instrument de notre supplice expiatoire, le paiement de nos dettes, la répa ration du mal antérieurement commis. La formule ici est : patience et résignation. La dernière condition, enfin, est de suivre Jésus: non plus seulement subir, mais encore agir d’après ses actes, entreprendre comme II a fait, rayonner
2io6 l’initiation dans notre sphère infime, comme II a rayonné sur l’orbe universel. Car, les paraboles suivantes du bâtisseur et du guerrier le démontrent, il ne s’agit pas de désirer Jésus et de rester passif : le disciple est,'au sens profond du mot, un constructeur et un soldat ; une part lui est réservée dans l’édification de la Cité divine, un poste l’attend dans la bataille cosmique. Or, qui veut la fin veut les moyens ; avant de bâtir, il faut des pierres; avant de combattre, il faut de la force : nous amassons celle-ci et celles-là par l’observance des deuxième et troisième règles précitées, mais tout se résume dans la renonciation à ce que l’on possède. Quand nous avons tiré à nous les cellules que nous avions entassées sur le sable des désirs naturels, les soldats qui se bat taient pour la conquête des idoles, alors seulement il est raisonnable de construire la maison spirituelle, ou de s’enrôler parmi les soldats du Ciel. On voit ici la différence avec ce que les ExtrêmeOrientaux ont laissé transparaître de leur éthique se crète. Leurs ascètes du plus haut degré rappellent bien d’abord à eux toutes celles de leurs forces et de leurs puissances que la vie familiale, sociale et intel lectuelle avait jusqu’alors absorbées. Mais ils se ser vent de ce noyau, qui est bien à eux, pour attirer de nouvelles forces afin de devenir purs et parfaits et d’ai der ensuite les autres plus efficacement. Ils ne sem blent pas sé rendre compte que, quelle que soit la bonté de l’objectif en vue duquel on prend de ce qui ne nous appartient pas, la Nature nous force toujours à rendre Findûment acquis. Tandis que l’Evangile
3L* INITIATION CHRISTIQUE XO7 ^net l’homme à l’œuvre dès qu’il a prouvé son bon vouloir. La force de propagation du sacrifice rayonne ,'ainsi aussitôt que possible ; le disciple se trouve sous le rayonnement central de son Maître dès qu’il peut en .-supporter l’éclat, et il n’engage pas son avenir dans /de nouvelles complications. * ¥ LA BONTÉ DU PÈRE Le berger qui a plus de joie d’avoir ramené une ’brebis perdue que d’avoir gardé les quatre-vingt-dixneuf autres, la femme qui se réjouit plus d’avoir re trouvé un drachme que d’en avoir conservé neuf, le père de famille qui fête l’enfant prodigue tandis qu'il ne donne rien de spécial à ses autres fils vertueux, .sont des exemples de l’amour du Père pour l’homme. Ce n’est pas juste, diront les métaphysiciens ; non, ce n’est pas de la justice, c’est de l’amour. Nous n’avons ■rien en-nous dont le prototype ne préexiste dans le ■Ciel ; si nous étions traités suivant une justice mathé matique, jamais nous n’arriverions à réparer nos ■fautes, encore bien moins nous ne pourrions termi ner notre travail. L’homme vertueux ne s’acquiert pas de mérites, selon la Justice, puisqu’il ne fait que -son devoir; mais l’Amour lui en reconnaît et le •récompense comme il fait fête au pénitent. 11 est incompréhensible, il paraît inouï que l’Être «dont une partie infime suffit à remplir l’immensité de.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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