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1i ob L INITIATION sité. Une religion est le résultat de la visite d’un dieu, — ou de Dieu. Les hommes à qui elle est destinée cherchent à franchir des portes du royaume de ce dieu. Pour cela, il faut qu'ils se débarrassent de ceux de leurs vêtements qui ne sont pas convenables à ce monde-là, et qu’ils s’en procurent d’autres : qualités organiques, vertus morales, idées intellectuelles. Les premières s’obtiennent par l’obéissance aux formes canoniques, les secondes par les règles éthiques, les dernièrespar lacom préhension des diverses théologies. Mais la morale est le mot dépassé, le signe de recon naissance indispensables, la clé unique des paradis, parce qu’elle s’adresse au centre psychique, à la vo lonté. Le formalisme et le culte, comme le savoir, per dent toute valeur s’ils ne sont vivifiés par l’épuration du sentiment. C’est de celui-ci que dérive la valeur éternelle de l’acte, de la parole et de l’idée. C’est lui qui, selon la mesure d’altruisme qu’il recèle, ravale ou exalte les œuvres héroïques et les vulgaires, les préoccupations mesquines et les sublimes. C’estpourquoi l’homme qui, refusant tout secours et toute dé pendance d’église, s'en tiendrait à la simple prati que de la religion intérieure, pourrait avec certitude espérer la présence divine. Car, dans ce domaine, comme partout, la diploma tie ne sert de rien. 11 faut se donner à un eggrégore, ou rester seul. Choisir, dans tel système d’observan ces, celles qui nous conviennent, n’aboutit qu'à une perte de forces, et oblige à revenir sur nos pas. On oublie toujours que le vide, que les espaces où se
2l’alchimie psychique 107 meuvent les passions, les forces et les idées, sont remplis d'habitants. Un peuple réuni sous l’égide du même idéal n’est que l’arrière-garde, — ou la senti nelle, — de la véritable armée qui combat pour cet être supra-terrestre. Les religions orientales ensei gnaient explicitement ce fait, et le catholicisme en a retenu le caractère le plus saillant quand il nous re mémore la communion des trois églises : souffrante, militante et triomphante. Tous ces invisibles, molécules très actives du circulus qui réunit au dieu ses adorateurs terrestres, perçoivent les gestes de ceux-ci, et serviteurs moins indulgents que leur maître, ils sont enclins à punir avec rigueur, à refréner avec violences les incartades des hommes. Si on s’attache à eux, il faut se donner tout à fait; ou bien, qu’on reste en dehors de leur sphère : ils ne s’occuperont pas de celui qui veut être seul. En résumé, les religions présentent des avantages et des inconvénients. Elles offrent des secours nom breux à la volonté, à l’intelligence et à la sensibilité: je ne vous répéterai pas tout ce qui a été dit sur l’en thousiasme que l’architecture, la musique, les par fums, l’éloquence peuvent faire jaillir chez le fidèle, sur l’aide invisible que dispensent les sacrements, sur les nobles contemplations où peut élever la théo logie. Le danger lointain des formes religieuses est de distraire de Dieu, au profit de l'un de ses aspects: mais les seuls qui puissent craindre ceci sont de bien rares êtres d’élite. 11 y a un danger plus proche et plus
3l’initïation 108 pressant que voici : à force de se tendre pour accom plir les cérémonies et les canons extérieurs, on en arrive à leur accorder de plus en plus d’importance; des docteurs s’élèvent pour proclamer la puissance du rite à produire la vertu qu’il symbolise : peu àpeu, le signe prend la place de la réalité; et la religion tout entière finit par s’embourber dans la supersti tion. Tel a été le sort du brahmanisme, du taoïsme, du judaïsme ; et le catholicisme a bien failli le subir aussi. Il ne faut pas s’effrayer de ce caractère provisoire que tout revêt dans la Nature. La Terre est un orga nisme ; elle reçoit des autres astres, et leur envoie des forces. Elle se modifie sans cesse dans toutes les ré gions de son individualité. Car son esprit travaille; puisqu’il est en progrès, il est sensible à des influences extérieures à lui ; les créatures, surtout les hommes, peuvent, par leur vouloir, modifier la vie de cette pla nète, spécialement si elles se groupent en vue de la conquête d’un même objet, comme cela se trouve dans les États et les religions. Le représentant de Lucifer agit aussi et pèse sur le libre arbitre de la terre ; et le représentant de Dieu exerce son influence, de diver ses manières, mais surtoutparl’organisationdeseggrégores religieux. Les affinités électives existent aussi dans les plans invisibles. Chacun reçoit la vérité comme il peut. Le simple se l’assimilesimplement, c’est-à-dire purement ; l'in tellectuel la dissèque pour en extraire un squelette qu’il appellera métaphysique ou théologie; l’ambitieux
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1i ob L INITIATION sité. Une religion est le résultat de la visite d’un dieu, — ou de Dieu. Les hommes à qui elle est destinée cherchent à franchir des portes du royaume de ce dieu. Pour cela, il faut qu'ils se débarrassent de ceux de leurs vêtements qui ne sont pas convenables à ce monde-là, et qu’ils s’en procurent d’autres : qualités organiques, vertus morales, idées intellectuelles. Les premières s’obtiennent par l’obéissance aux formes canoniques, les secondes par les règles éthiques, les dernièrespar lacom préhension des diverses théologies. Mais la morale est le mot dépassé, le signe de recon naissance indispensables, la clé unique des paradis, parce qu’elle s’adresse au centre psychique, à la vo lonté. Le formalisme et le culte, comme le savoir, per dent toute valeur s’ils ne sont vivifiés par l’épuration du sentiment. C’est de celui-ci que dérive la valeur éternelle de l’acte, de la parole et de l’idée. C’est lui qui, selon la mesure d’altruisme qu’il recèle, ravale ou exalte les œuvres héroïques et les vulgaires, les préoccupations mesquines et les sublimes. C’estpourquoi l’homme qui, refusant tout secours et toute dé pendance d’église, s'en tiendrait à la simple prati que de la religion intérieure, pourrait avec certitude espérer la présence divine. Car, dans ce domaine, comme partout, la diploma tie ne sert de rien. 11 faut se donner à un eggrégore, ou rester seul. Choisir, dans tel système d’observan ces, celles qui nous conviennent, n’aboutit qu'à une perte de forces, et oblige à revenir sur nos pas. On oublie toujours que le vide, que les espaces où se
2l’alchimie psychique 107 meuvent les passions, les forces et les idées, sont remplis d'habitants. Un peuple réuni sous l’égide du même idéal n’est que l’arrière-garde, — ou la senti nelle, — de la véritable armée qui combat pour cet être supra-terrestre. Les religions orientales ensei gnaient explicitement ce fait, et le catholicisme en a retenu le caractère le plus saillant quand il nous re mémore la communion des trois églises : souffrante, militante et triomphante. Tous ces invisibles, molécules très actives du circulus qui réunit au dieu ses adorateurs terrestres, perçoivent les gestes de ceux-ci, et serviteurs moins indulgents que leur maître, ils sont enclins à punir avec rigueur, à refréner avec violences les incartades des hommes. Si on s’attache à eux, il faut se donner tout à fait; ou bien, qu’on reste en dehors de leur sphère : ils ne s’occuperont pas de celui qui veut être seul. En résumé, les religions présentent des avantages et des inconvénients. Elles offrent des secours nom breux à la volonté, à l’intelligence et à la sensibilité: je ne vous répéterai pas tout ce qui a été dit sur l’en thousiasme que l’architecture, la musique, les par fums, l’éloquence peuvent faire jaillir chez le fidèle, sur l’aide invisible que dispensent les sacrements, sur les nobles contemplations où peut élever la théo logie. Le danger lointain des formes religieuses est de distraire de Dieu, au profit de l'un de ses aspects: mais les seuls qui puissent craindre ceci sont de bien rares êtres d’élite. 11 y a un danger plus proche et plus
3l’initïation 108 pressant que voici : à force de se tendre pour accom plir les cérémonies et les canons extérieurs, on en arrive à leur accorder de plus en plus d’importance; des docteurs s’élèvent pour proclamer la puissance du rite à produire la vertu qu’il symbolise : peu àpeu, le signe prend la place de la réalité; et la religion tout entière finit par s’embourber dans la supersti tion. Tel a été le sort du brahmanisme, du taoïsme, du judaïsme ; et le catholicisme a bien failli le subir aussi. Il ne faut pas s’effrayer de ce caractère provisoire que tout revêt dans la Nature. La Terre est un orga nisme ; elle reçoit des autres astres, et leur envoie des forces. Elle se modifie sans cesse dans toutes les ré gions de son individualité. Car son esprit travaille; puisqu’il est en progrès, il est sensible à des influences extérieures à lui ; les créatures, surtout les hommes, peuvent, par leur vouloir, modifier la vie de cette pla nète, spécialement si elles se groupent en vue de la conquête d’un même objet, comme cela se trouve dans les États et les religions. Le représentant de Lucifer agit aussi et pèse sur le libre arbitre de la terre ; et le représentant de Dieu exerce son influence, de diver ses manières, mais surtoutparl’organisationdeseggrégores religieux. Les affinités électives existent aussi dans les plans invisibles. Chacun reçoit la vérité comme il peut. Le simple se l’assimilesimplement, c’est-à-dire purement ; l'in tellectuel la dissèque pour en extraire un squelette qu’il appellera métaphysique ou théologie; l’ambitieux
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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