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1LE BUREAU « JULIA » 11 Ami d’Eugène Lefebvre depuis quinze ans, ayant eu ce valeureux garçon sous mes ordres directs, pen dant dix années de la plus affectueuse collaboration, je puis parler de lui et de sa pensée intime en toute connaissance de cause. J’affirme donc que c’est faire erreur totale et se méprendre sur sa mentalité que de lui prêter les propos que vous avez reproduits. C’est en toute certitude que je puis dire que s’il avait eu la possibilité de communiquer avec nous, ce n’eût pas été pour s’intéresser à M. Bolotoff, qu'il ne connaissait pas, mais plus probablement pour trans mettre aux siens des recommandations plus sérieuses et plus graves. Pure hypothèse, me direz-vous, mais moins désobligeante pour la mémoire de mon élève et ami. Ce qui par contre est certain pour tous ceux qui l’ont connu, c’est l'invraisemblance absolue des pro pos qu’on lui prête. i° M. W.-T. Stead. — Que faisiez-vous quand vous étiez vivant. Réponse !!! — J'étais mécanicien. Jamais il ne se fût exprimé ainsi. Eugène Lefebvre, peu de temps après sa sortie de l’institut industriel du Nord, à Lille, est entré dans mon bureau comme élève ingénieur ; il fut ensuite chef de service et pendant six années a été chargé de l’étude et de l'exécution de travaux frigorifiques fort importants. 11 exerçait donc activement la profession d’ingénieur, et j’ajoute qu’il m’est quelque fois arrivé de le plaisanter amicalement sur ce qu’avait d’un peu puéril le soin minutieux avec lequel il veillait à ce
212 i.'tktt’atjon que sa qualité d'ingénieur fut dûment inscrite sur tous les plans ou études techniques dont il avait la responsabilité. Il n'a jamais été « mécanicien » au sens français de ce mot, c’est-à-dire conducteur de machines, mais il avait, à juste titre, la prétention d'occuper un rang plus élevé dans la hiérarchie industrielle et il tenait essentiellement à bien l’établir. 2° M. W.-T. Stead. — Parlez-vous anglais r Réponse. — Non, PAS BEAUCOUP, mais je transmets mes réponses au medium et il les traduit en anglais. Lefebvre ne savait pas un traître mot d’anglais et n'aurait même pu apprécier approximativement un texte exprimé en cette langue. Malgré mes instances amicales réitérées, il a toujours négligé cette étude et pour cette raison ne m'a pas accompagné en Angle terre pour des travaux très importants. 3“ M. W.-T. Stead. — Dans votre chute, avez-vous conservé votre sang-froid ? Réponse. — J'eus conscience que je tombais, mais AVANT DE TOUCHER LA TERRE j'avais perdu connaissance. Je ne ressentis aucune dou leur... L’enquête a prouvé avec évidence, que mon mal heureux ami a été tué à terre d’un coup d’aile de F hélice tribord, qui n’a pu l’atteindre qu’apres que le choc sur le sol l’ayant projeté hors de son siège, il a été lancé dans le rayon de giration de cette hélice. La perte initiale de connaissance ne pourrait donc être attribuée qu'à une terreur intense; or il avait déLE BUREAU « JULIA > ! 3 montré à Reims qu'il ¿tait inaccessible à ce senti ment. 4° Le moteur de l’appareil Boloto/f n’a pas fonc tionné le 18 septembre, jour de la visite deM. Stead. Je ne désobligerai personne en constatant que pour les moteurs légers d’aéroplane le bon fonctionnement est l’exception ; rien d’étonnant à ce que M. Stead ait été le témoin d’un incident habituel. Je veux donc espérer qu'après ces quelques expli cations les âmes candides seront rassurées et que la cause sera entendue pour tous ceux qui ne sont ni crédules ni intéressés dans le bureau mercantile Julia. Vous avez pris soin de présenter M. W.-T. Stead à vos lecteurs : il est entendu qu’il s’est acquis dans la littérature commerciale de son pays une situa tion considérable. On le dit un protagoniste fervent de l’entente cordiale. Qu’il nous permette de lui dire qu’il n’aura de succès en France, dans ses entreprises commerciales ou autres, que s’il prend soin de respecter nos usages et nos susceptibilités légitimes. Nous avons en France le cuite de la mémoire des morts : celle d’Eugène Lefebvre appartient non seule ment à sa famille, mais aussi à tous les Français par sa fin glorieuse. Je veux donc espérer, monsieur le rédacteur en chef, que ce sera pour vous raison suffisante d’arrcter une entreprise qui n’aurait même plus l'excuse d’une apparente bonne foi et qui a renouvelé cruellement des douleurs et des regrets infinis. Vous remerciant à l'avance, je vous prie d’agréer,
3l’.NITIAT.CN >4 monsieur le rédacteur en chef, la meilleure expression de mes sentiments distingués. Ch. Lambert, Ingénieur des Arts et Manufactures, 52, rue d’Amsterdam, Paris. RÉPONSE DE M. XV.-T. STEAD A SES CONTRADICTEURS Londres, 27 septembre. Monsieur le Rédacteur en chef, Mon attention a été attirée par une lettre qui a paru dans le numéro du Matin de samedi, lettre signée de M. Charles Lambert. M. Charles Lambert y donne des raisons sur les quelles il base son opinion pour faire preuve de scep ticisme quant à l’identité de l’intelligence invisible déclarant s’appeler Lefebvre, qui a communiqué au « bureau de Julia » la prédiction de l’accident sur venu au moteur de l’aéroplane de M. Serge de BolotofL J’ai le plus grand respect pour toutes les objections qui me sont faites. Je ne suis pas dogmatiste; je suis un expérimentaliste. Je suis toujours prêt à aban donner n’importe laquelle de mes hypothèses lors qu’une autre hypothèse me paraît donner une expli cation plus plausible de faits qui sont reconnus. Mais avant d’examiner les objections de M. Lam bert, permettez-moi, cependant, de regretter qu’il ait
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1LE BUREAU « JULIA » 11 Ami d’Eugène Lefebvre depuis quinze ans, ayant eu ce valeureux garçon sous mes ordres directs, pen dant dix années de la plus affectueuse collaboration, je puis parler de lui et de sa pensée intime en toute connaissance de cause. J’affirme donc que c’est faire erreur totale et se méprendre sur sa mentalité que de lui prêter les propos que vous avez reproduits. C’est en toute certitude que je puis dire que s’il avait eu la possibilité de communiquer avec nous, ce n’eût pas été pour s’intéresser à M. Bolotoff, qu'il ne connaissait pas, mais plus probablement pour trans mettre aux siens des recommandations plus sérieuses et plus graves. Pure hypothèse, me direz-vous, mais moins désobligeante pour la mémoire de mon élève et ami. Ce qui par contre est certain pour tous ceux qui l’ont connu, c’est l'invraisemblance absolue des pro pos qu’on lui prête. i° M. W.-T. Stead. — Que faisiez-vous quand vous étiez vivant. Réponse !!! — J'étais mécanicien. Jamais il ne se fût exprimé ainsi. Eugène Lefebvre, peu de temps après sa sortie de l’institut industriel du Nord, à Lille, est entré dans mon bureau comme élève ingénieur ; il fut ensuite chef de service et pendant six années a été chargé de l’étude et de l'exécution de travaux frigorifiques fort importants. 11 exerçait donc activement la profession d’ingénieur, et j’ajoute qu’il m’est quelque fois arrivé de le plaisanter amicalement sur ce qu’avait d’un peu puéril le soin minutieux avec lequel il veillait à ce
212 i.'tktt’atjon que sa qualité d'ingénieur fut dûment inscrite sur tous les plans ou études techniques dont il avait la responsabilité. Il n'a jamais été « mécanicien » au sens français de ce mot, c’est-à-dire conducteur de machines, mais il avait, à juste titre, la prétention d'occuper un rang plus élevé dans la hiérarchie industrielle et il tenait essentiellement à bien l’établir. 2° M. W.-T. Stead. — Parlez-vous anglais r Réponse. — Non, PAS BEAUCOUP, mais je transmets mes réponses au medium et il les traduit en anglais. Lefebvre ne savait pas un traître mot d’anglais et n'aurait même pu apprécier approximativement un texte exprimé en cette langue. Malgré mes instances amicales réitérées, il a toujours négligé cette étude et pour cette raison ne m'a pas accompagné en Angle terre pour des travaux très importants. 3“ M. W.-T. Stead. — Dans votre chute, avez-vous conservé votre sang-froid ? Réponse. — J'eus conscience que je tombais, mais AVANT DE TOUCHER LA TERRE j'avais perdu connaissance. Je ne ressentis aucune dou leur... L’enquête a prouvé avec évidence, que mon mal heureux ami a été tué à terre d’un coup d’aile de F hélice tribord, qui n’a pu l’atteindre qu’apres que le choc sur le sol l’ayant projeté hors de son siège, il a été lancé dans le rayon de giration de cette hélice. La perte initiale de connaissance ne pourrait donc être attribuée qu'à une terreur intense; or il avait déLE BUREAU « JULIA > ! 3 montré à Reims qu'il ¿tait inaccessible à ce senti ment. 4° Le moteur de l’appareil Boloto/f n’a pas fonc tionné le 18 septembre, jour de la visite deM. Stead. Je ne désobligerai personne en constatant que pour les moteurs légers d’aéroplane le bon fonctionnement est l’exception ; rien d’étonnant à ce que M. Stead ait été le témoin d’un incident habituel. Je veux donc espérer qu'après ces quelques expli cations les âmes candides seront rassurées et que la cause sera entendue pour tous ceux qui ne sont ni crédules ni intéressés dans le bureau mercantile Julia. Vous avez pris soin de présenter M. W.-T. Stead à vos lecteurs : il est entendu qu’il s’est acquis dans la littérature commerciale de son pays une situa tion considérable. On le dit un protagoniste fervent de l’entente cordiale. Qu’il nous permette de lui dire qu’il n’aura de succès en France, dans ses entreprises commerciales ou autres, que s’il prend soin de respecter nos usages et nos susceptibilités légitimes. Nous avons en France le cuite de la mémoire des morts : celle d’Eugène Lefebvre appartient non seule ment à sa famille, mais aussi à tous les Français par sa fin glorieuse. Je veux donc espérer, monsieur le rédacteur en chef, que ce sera pour vous raison suffisante d’arrcter une entreprise qui n’aurait même plus l'excuse d’une apparente bonne foi et qui a renouvelé cruellement des douleurs et des regrets infinis. Vous remerciant à l'avance, je vous prie d’agréer,
3l’.NITIAT.CN >4 monsieur le rédacteur en chef, la meilleure expression de mes sentiments distingués. Ch. Lambert, Ingénieur des Arts et Manufactures, 52, rue d’Amsterdam, Paris. RÉPONSE DE M. XV.-T. STEAD A SES CONTRADICTEURS Londres, 27 septembre. Monsieur le Rédacteur en chef, Mon attention a été attirée par une lettre qui a paru dans le numéro du Matin de samedi, lettre signée de M. Charles Lambert. M. Charles Lambert y donne des raisons sur les quelles il base son opinion pour faire preuve de scep ticisme quant à l’identité de l’intelligence invisible déclarant s’appeler Lefebvre, qui a communiqué au « bureau de Julia » la prédiction de l’accident sur venu au moteur de l’aéroplane de M. Serge de BolotofL J’ai le plus grand respect pour toutes les objections qui me sont faites. Je ne suis pas dogmatiste; je suis un expérimentaliste. Je suis toujours prêt à aban donner n’importe laquelle de mes hypothèses lors qu’une autre hypothèse me paraît donner une expli cation plus plausible de faits qui sont reconnus. Mais avant d’examiner les objections de M. Lam bert, permettez-moi, cependant, de regretter qu’il ait
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