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1LA PETROTHERAPIE OCCULTE IO9 A partir de Pline, il faut franchir dix siècles et arriver aux Arabes pour voir apparaître des docu ments nouveaux sur les minéraux et les pierres précieuses. C’est dans les écrits de Gerbert et d’Avicenne qu’on les rencontre tout d’abord. Ce dernier acquit, de son vivant, une réputation immense, et, bien quelle fût due autant à son savoirfaire qu’à sa science, elle se maintint sans rivale pendant plusieurs siècles. On trouve dans les écrits d’Avicenne un traité sur les pierres qui renferme des résultats d’une grande importance. Le chapitre consacré à l’origine des montagnes mérite surtout d etre signalé. C’est là, en effet, que le savant arabe, tout en con servant la forme hypothétique, expose avec une gran deur de vue et une clarté extraordinaires, la théorie des soulèvements, celle du neptunisme, du pluto nisme et le mode de formation des alluvions, en devançant ainsi de huit siècles les résultats de la science moderne. Deux cents ans après Avicenne apparut l’une des plus grandes figures du moyen âge, Albert le Grand. Parmi les immenses travaux que nous devons directement à cet homme de génie, ou du moins à son initiative et à sa direction, il faut citer ici un Traité des minéraux, dont le chimiste Dumas a dit : « Ce qui caractérise le traité De Rebus métallicis, c’est l'exposition savante, précise et souvent élé gante des opinions des anciens ou de celle des Arabes ; c’est leur discussion raisonnée où se décèle
2l’initiation I 10 l’écrivain exercé en même temps que l’observateur attentif. » C’est dans ce traité qu’Albert le Grand s’occupe des pierres précieuses. Tout en faisant une part considérable aux propriétés extraordinaires de ces belles productions il fait connaître avec soin un certain nombre d’entre elles et indique des méthodes permettant d’obtenir plusieurs pierres précieuses fausses. Une autre grande gloire du moyen âge, l’ami et le disciple d’Albert le Grand, saint Thomas d’Aquin, dont les prodigieux travaux surpassent encore en étendue ceux de son maître, a écrit un traité de la nature des minéraux dans lequel on rencontre quel ques passages très curieux, notamment sur la fabrica tion artificielle des pierres précieuses. Au seuil de la renaissance, nous dit Dieulafait, dans son livre sur les Pierres précieusesy à qui nous empruntons ces détails, on trouve un homme singu lier, Jérôme Cardan (né en i5oi), qui nous fournit de précieuses indications. Plusieurs ouvrages de Car dan, publiés après sa mort, renferment certainement une foule de choses bien extraordinaires; mais dans son traité de la Subtilité que nous avons étudié avec soin, on trouve beaucoup d'idées qui attestent chez leur auteur une grande intelligence et, sous des dehors bonhomme, une véritable sagacité. Cardan désigne sous le nom générique de pierres gemmes toutes pierres brillantes, et réserve le nom de pierre précieuse pour celles qui sont rares et de petites dimensions. Il divise ensuite les pierres précieuses en trois classes : i° celles qui sont brillantes, et transpaLA PÉTROTHERAPIE OCCULTE I I I rentes, le diamant; 2° celles gui sont opaques comme l’onyx; 3° celles qui sont formées par la réunion des deux précédentes, comme le jaspe, etc. C’est, à très peu de choses près, la classification employée parCaire trois siècles après Cardan. D’après notre auteur, les pierres précieuses sont engendrées par les sucs qui distillent des pierres dans les cavités des rochers « de la même manière que l’enfant est engendré du sang maternel ». Le diamant, l’éme raude, l'opale procèdent de l’or, le saphir de l’argent, l’escarboucle, l’améthyste, le grenat, du fer. Cardan énumère ensuite les défauts que peuvent présenter les pierres précieuses, et à ce sujet il fait une réflexion remarquable. Dans les pierres précieuses, dit-il, les défauts sont en réalité moins communs que dans les animaux et les végétaux, et cependant elles semblent plus rare ment que ces derniers en être dépourvues. C’est que les défauts sont d’autant plus apparents dans les pierres précieuses qu’elles sont plus brillantes et plus rares. La même raison fait que les hommes savants nous paraissent avoir plus de vices que le commun des mortels; mais c’est là une illusion et une erreur. La splendeur de leurs noms et l’éclat de leur renom mée rendent seulement leurs défauts beaucoup plus apparents, tandis que le populaire ignorant dissimule ses vices à la faveur de son obscurité. Il faut remarquer que Cardan, qui avait mené la vie la plus désordonnée, défendait surtout sa propre cause en défendant celle des savants en général. On admettait encore complètement, au temps de Cardan,
3l’initiation I\t que les pierres précieuses étaient des êtres vivants. « Et non seulement les pierres précieuses vivent, mais elles souffrent la maladie, la vieillesse et la mort. » Plus tard Jean Corbichon, en 1372, traduira, sur l’ordre de Charles V, le traité de Barthélemy de Glanville De proprietatibus rerum. Le médecin Cl. Fabré au seizième, Bœtius de Boot au dix-septième, Lemery au dix-huitième siècle et d’autres ne dédaigneront pas de s’occuper et de se préoccuper des facultés des gemmes. Rabelais dans son Pantagruel désigne les pierres précieuses attribuées par les Chaldécns aux sept pla nètes du ciel et employées à la construction des colonnes qui soutiennent le temple de la dive Bou teille. « La premièrecolomnesçavoirest, celle laquelle à l'entrée du temple s’objectoit à nostre veue, estoit de saphir azuré et celeste. « La seconde, de hyacinthe, naïfvement Ja couleur 'avec lettre grecque A 1 en divers lieux) représentant de celle fleur en laquelle fut d’Ajax le sang colérique convertv. * « La tierce, de diamant anachite brillant et resplen dissant comme foudre'. « La quarte, de rubis ballay, masculin, et amethistizant, de manière que sa flamme et lueur finissoiten pourpre et violet, comme est l’amethiste. « La quinte, d'émeraude, pluscinqcens fois magni fique qu’onques ne fut celle de Serapis dedans le labyrinte des Œgvptiens, plus floride et plus luisante que n’estoient celles qu’en lieu des yeux on avoit
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1LA PETROTHERAPIE OCCULTE IO9 A partir de Pline, il faut franchir dix siècles et arriver aux Arabes pour voir apparaître des docu ments nouveaux sur les minéraux et les pierres précieuses. C’est dans les écrits de Gerbert et d’Avicenne qu’on les rencontre tout d’abord. Ce dernier acquit, de son vivant, une réputation immense, et, bien quelle fût due autant à son savoirfaire qu’à sa science, elle se maintint sans rivale pendant plusieurs siècles. On trouve dans les écrits d’Avicenne un traité sur les pierres qui renferme des résultats d’une grande importance. Le chapitre consacré à l’origine des montagnes mérite surtout d etre signalé. C’est là, en effet, que le savant arabe, tout en con servant la forme hypothétique, expose avec une gran deur de vue et une clarté extraordinaires, la théorie des soulèvements, celle du neptunisme, du pluto nisme et le mode de formation des alluvions, en devançant ainsi de huit siècles les résultats de la science moderne. Deux cents ans après Avicenne apparut l’une des plus grandes figures du moyen âge, Albert le Grand. Parmi les immenses travaux que nous devons directement à cet homme de génie, ou du moins à son initiative et à sa direction, il faut citer ici un Traité des minéraux, dont le chimiste Dumas a dit : « Ce qui caractérise le traité De Rebus métallicis, c’est l'exposition savante, précise et souvent élé gante des opinions des anciens ou de celle des Arabes ; c’est leur discussion raisonnée où se décèle
2l’initiation I 10 l’écrivain exercé en même temps que l’observateur attentif. » C’est dans ce traité qu’Albert le Grand s’occupe des pierres précieuses. Tout en faisant une part considérable aux propriétés extraordinaires de ces belles productions il fait connaître avec soin un certain nombre d’entre elles et indique des méthodes permettant d’obtenir plusieurs pierres précieuses fausses. Une autre grande gloire du moyen âge, l’ami et le disciple d’Albert le Grand, saint Thomas d’Aquin, dont les prodigieux travaux surpassent encore en étendue ceux de son maître, a écrit un traité de la nature des minéraux dans lequel on rencontre quel ques passages très curieux, notamment sur la fabrica tion artificielle des pierres précieuses. Au seuil de la renaissance, nous dit Dieulafait, dans son livre sur les Pierres précieusesy à qui nous empruntons ces détails, on trouve un homme singu lier, Jérôme Cardan (né en i5oi), qui nous fournit de précieuses indications. Plusieurs ouvrages de Car dan, publiés après sa mort, renferment certainement une foule de choses bien extraordinaires; mais dans son traité de la Subtilité que nous avons étudié avec soin, on trouve beaucoup d'idées qui attestent chez leur auteur une grande intelligence et, sous des dehors bonhomme, une véritable sagacité. Cardan désigne sous le nom générique de pierres gemmes toutes pierres brillantes, et réserve le nom de pierre précieuse pour celles qui sont rares et de petites dimensions. Il divise ensuite les pierres précieuses en trois classes : i° celles qui sont brillantes, et transpaLA PÉTROTHERAPIE OCCULTE I I I rentes, le diamant; 2° celles gui sont opaques comme l’onyx; 3° celles qui sont formées par la réunion des deux précédentes, comme le jaspe, etc. C’est, à très peu de choses près, la classification employée parCaire trois siècles après Cardan. D’après notre auteur, les pierres précieuses sont engendrées par les sucs qui distillent des pierres dans les cavités des rochers « de la même manière que l’enfant est engendré du sang maternel ». Le diamant, l’éme raude, l'opale procèdent de l’or, le saphir de l’argent, l’escarboucle, l’améthyste, le grenat, du fer. Cardan énumère ensuite les défauts que peuvent présenter les pierres précieuses, et à ce sujet il fait une réflexion remarquable. Dans les pierres précieuses, dit-il, les défauts sont en réalité moins communs que dans les animaux et les végétaux, et cependant elles semblent plus rare ment que ces derniers en être dépourvues. C’est que les défauts sont d’autant plus apparents dans les pierres précieuses qu’elles sont plus brillantes et plus rares. La même raison fait que les hommes savants nous paraissent avoir plus de vices que le commun des mortels; mais c’est là une illusion et une erreur. La splendeur de leurs noms et l’éclat de leur renom mée rendent seulement leurs défauts beaucoup plus apparents, tandis que le populaire ignorant dissimule ses vices à la faveur de son obscurité. Il faut remarquer que Cardan, qui avait mené la vie la plus désordonnée, défendait surtout sa propre cause en défendant celle des savants en général. On admettait encore complètement, au temps de Cardan,
3l’initiation I\t que les pierres précieuses étaient des êtres vivants. « Et non seulement les pierres précieuses vivent, mais elles souffrent la maladie, la vieillesse et la mort. » Plus tard Jean Corbichon, en 1372, traduira, sur l’ordre de Charles V, le traité de Barthélemy de Glanville De proprietatibus rerum. Le médecin Cl. Fabré au seizième, Bœtius de Boot au dix-septième, Lemery au dix-huitième siècle et d’autres ne dédaigneront pas de s’occuper et de se préoccuper des facultés des gemmes. Rabelais dans son Pantagruel désigne les pierres précieuses attribuées par les Chaldécns aux sept pla nètes du ciel et employées à la construction des colonnes qui soutiennent le temple de la dive Bou teille. « La premièrecolomnesçavoirest, celle laquelle à l'entrée du temple s’objectoit à nostre veue, estoit de saphir azuré et celeste. « La seconde, de hyacinthe, naïfvement Ja couleur 'avec lettre grecque A 1 en divers lieux) représentant de celle fleur en laquelle fut d’Ajax le sang colérique convertv. * « La tierce, de diamant anachite brillant et resplen dissant comme foudre'. « La quarte, de rubis ballay, masculin, et amethistizant, de manière que sa flamme et lueur finissoiten pourpre et violet, comme est l’amethiste. « La quinte, d'émeraude, pluscinqcens fois magni fique qu’onques ne fut celle de Serapis dedans le labyrinte des Œgvptiens, plus floride et plus luisante que n’estoient celles qu’en lieu des yeux on avoit
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