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1198 l'initiation vaincu est-elle de tous points exacte? Est-il néces saire que par ce que la science nous a montré la pué rilité des conceptions anthropomorphes d'autrefois, par ce que même elle nous a fait voir dans le mono théisme actuel le produit nécessaire de l'évolution de ces idées primitives, les dieux devenant moins nom breux, plus puissants à mesure que s'élargissait l'ho rizon de l'idéal humain; est-il vrai que toutes les prières, tous les rites aient été, eux également, choses puériles et inutiles, sans action sur la marche des choses et les forces morales que met en jeu la prière, ne peuvent-elles plus modifier le cours des événe ments comme le croyaient les anciens et le croient encore les fervents des cultes actuels ? Remarquons tout d'abord que pour une même race les conceptions religieuses ont fort peu varié depuis des milliers d'années et que, si le nom des religions pratiquées a pu changer, on peut dire que chaque peuple a transformé à son image la religion qui lui fut révélée, bien loin que chaque religion fut respon sable de la tournure d'esprit du peuple qui la pra tique. Le catholicisme n'est pas responsable de l'in quisition, mais bien le sombre caractère espagnol, et les plus farouches adversaires des moines en France savent bien se montrer intolérants comme eux, parce que l'intolérance est défaut français dont celui-ci revêt la religion pratiquée par lui, qu'elle se nomme socialiste ou tout autrement. En Italie, le contrebandier insulte la Madone qui n'a pas su faire réussir son expédition, ou bien encore deux villages se prendront de querelle pour la supé
2LES PRATIQUES RELIGIEUSES IQO, riorité de leurs madones respectives; est-ce là du mo nothéisme ? Et ne voyons-nous pas qu'à côté du haut idéal religieux des grands esprits de chaque religion, le peuple n'a pas abandonné ses anciens dieux anthro pomorphes, plus près de lui ; ne reconnaît-on pas Mer cure, ce dieu des petites besognes véreuses et des financiers inquiets dans ce saint Antoine que les abonnés du Pèlerin chargent de la réussite de tant d'affaires louches et qu'ils n'oseraient avouer trop haut. On le traite d'ailleurs comme un factotum avec lequel on ne se gêne pas trop, puisqu'on le paye, témoin cette annonce choisie entre mille semblables : « J'ai déjà envoyé cinq francs pour la réussite d'une affaire et n'ai rien obtenu, ci-joint deux francs pour presser un peu le saint. » Et ce culte répond si bien à l'esprit populaire que presque partout il supplante celui du Dieu chrétien lui-même, et que les pieux directeurs des feuilles catholiques ne craignent pas d'insérer de telles cor respondances qu'aurait pu signer un païen de l'époque la plus honnie par eux. La croyance à l'intervention puissante des dieux inférieurs existe donc toujours et, suivant son esprit, l'un croira au pouvoir mystique de la prière, pendant que chez presque tous les autres la demande d'inter vention revêtira presque toujours le caractère d'un marchandage; les uns, honnêtes et pieux, tentant de mériter des grâces par leurs bonnes œuvres, la plupart s'imaginant pouvoir les acquérir par des dons en argent ou en nature, agréés des saints auxquels ils prêtent les désirs et les passions humaines.
32oo l'initiation L'Église, s'adaptantà ces croyances, cherche seule ment à les canaliser, promettant des indulgences tantôt pour des prières, tantôt pour des oflrandes. Ces croyances et ces pratiques, si anciennes, si universelles, ne seraient-elles donc qu'illusion ou fétichisme d'un côté, duperie de l'autre ? Non, croyons-nous devoir répondre, émettant hau tement l'avis que l'existence réelle des forces psychi ques mises en action par les pratiques religieuses sont tout aussi indépendantes de la qualité, de l'existence même du Dieu auquel s'adressent les prières que l'existence réelle d'une force résultante d'un travail musculaire est indépendante du résultat à attendre; le visiteur d'un atelier peut étudier une machine et se rendre compte de son fonctionnement sans savoir à qui serviront les produits manufacturés ni qui recueil lera les bénéfices de l'usine; on peut être mécanicien sans être économiste, nous pouvons faire la psycho logie de la prière sans être théologien. Quel est le but d'une prière ? c'est, presque toujours un événement étant proche, que l'on redoute ou souhaite, d'objectiver en paroles suppliantes le désir intense de le voir ne pas s'accomplir, ou l'inverse ; l'expérience journalière nous donne-t-elle la preuve que de telles prières puissent être exaucées, c'est-àdire que la venue de l'événement redouté ou désiré puisse être modifiée par le désir de l'intéressé ainsi objectivé suivant certains rites ? Nous ne pouvons en douter, et l'observation positiviste, trop souvent dédai gneuse des faits qui pourraient contredire ses théories actuelles, ne nous donne comme preuve du con
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1198 l'initiation vaincu est-elle de tous points exacte? Est-il néces saire que par ce que la science nous a montré la pué rilité des conceptions anthropomorphes d'autrefois, par ce que même elle nous a fait voir dans le mono théisme actuel le produit nécessaire de l'évolution de ces idées primitives, les dieux devenant moins nom breux, plus puissants à mesure que s'élargissait l'ho rizon de l'idéal humain; est-il vrai que toutes les prières, tous les rites aient été, eux également, choses puériles et inutiles, sans action sur la marche des choses et les forces morales que met en jeu la prière, ne peuvent-elles plus modifier le cours des événe ments comme le croyaient les anciens et le croient encore les fervents des cultes actuels ? Remarquons tout d'abord que pour une même race les conceptions religieuses ont fort peu varié depuis des milliers d'années et que, si le nom des religions pratiquées a pu changer, on peut dire que chaque peuple a transformé à son image la religion qui lui fut révélée, bien loin que chaque religion fut respon sable de la tournure d'esprit du peuple qui la pra tique. Le catholicisme n'est pas responsable de l'in quisition, mais bien le sombre caractère espagnol, et les plus farouches adversaires des moines en France savent bien se montrer intolérants comme eux, parce que l'intolérance est défaut français dont celui-ci revêt la religion pratiquée par lui, qu'elle se nomme socialiste ou tout autrement. En Italie, le contrebandier insulte la Madone qui n'a pas su faire réussir son expédition, ou bien encore deux villages se prendront de querelle pour la supé
2LES PRATIQUES RELIGIEUSES IQO, riorité de leurs madones respectives; est-ce là du mo nothéisme ? Et ne voyons-nous pas qu'à côté du haut idéal religieux des grands esprits de chaque religion, le peuple n'a pas abandonné ses anciens dieux anthro pomorphes, plus près de lui ; ne reconnaît-on pas Mer cure, ce dieu des petites besognes véreuses et des financiers inquiets dans ce saint Antoine que les abonnés du Pèlerin chargent de la réussite de tant d'affaires louches et qu'ils n'oseraient avouer trop haut. On le traite d'ailleurs comme un factotum avec lequel on ne se gêne pas trop, puisqu'on le paye, témoin cette annonce choisie entre mille semblables : « J'ai déjà envoyé cinq francs pour la réussite d'une affaire et n'ai rien obtenu, ci-joint deux francs pour presser un peu le saint. » Et ce culte répond si bien à l'esprit populaire que presque partout il supplante celui du Dieu chrétien lui-même, et que les pieux directeurs des feuilles catholiques ne craignent pas d'insérer de telles cor respondances qu'aurait pu signer un païen de l'époque la plus honnie par eux. La croyance à l'intervention puissante des dieux inférieurs existe donc toujours et, suivant son esprit, l'un croira au pouvoir mystique de la prière, pendant que chez presque tous les autres la demande d'inter vention revêtira presque toujours le caractère d'un marchandage; les uns, honnêtes et pieux, tentant de mériter des grâces par leurs bonnes œuvres, la plupart s'imaginant pouvoir les acquérir par des dons en argent ou en nature, agréés des saints auxquels ils prêtent les désirs et les passions humaines.
32oo l'initiation L'Église, s'adaptantà ces croyances, cherche seule ment à les canaliser, promettant des indulgences tantôt pour des prières, tantôt pour des oflrandes. Ces croyances et ces pratiques, si anciennes, si universelles, ne seraient-elles donc qu'illusion ou fétichisme d'un côté, duperie de l'autre ? Non, croyons-nous devoir répondre, émettant hau tement l'avis que l'existence réelle des forces psychi ques mises en action par les pratiques religieuses sont tout aussi indépendantes de la qualité, de l'existence même du Dieu auquel s'adressent les prières que l'existence réelle d'une force résultante d'un travail musculaire est indépendante du résultat à attendre; le visiteur d'un atelier peut étudier une machine et se rendre compte de son fonctionnement sans savoir à qui serviront les produits manufacturés ni qui recueil lera les bénéfices de l'usine; on peut être mécanicien sans être économiste, nous pouvons faire la psycho logie de la prière sans être théologien. Quel est le but d'une prière ? c'est, presque toujours un événement étant proche, que l'on redoute ou souhaite, d'objectiver en paroles suppliantes le désir intense de le voir ne pas s'accomplir, ou l'inverse ; l'expérience journalière nous donne-t-elle la preuve que de telles prières puissent être exaucées, c'est-àdire que la venue de l'événement redouté ou désiré puisse être modifiée par le désir de l'intéressé ainsi objectivé suivant certains rites ? Nous ne pouvons en douter, et l'observation positiviste, trop souvent dédai gneuse des faits qui pourraient contredire ses théories actuelles, ne nous donne comme preuve du con
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