Fetching
One moment.
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1io l'initiation En l'état où nous tenaient les évolutions de la sta tuette, on comprendra aisément que la première question posée à la somnambule devait être celle-ci : « Voyez-vous qui fait remuer la Vierge ? » «Je le vois, répondit- elle, il est près de moi, à genoux, en prières. — C'est un homme vêtu d'une redingote marron, tenant à la main un livre recouvert d'une étoffe noire. Je ne vois pas sa figure. J'aperçois seulement un peu ses favoris ; car il me tourne le dos. » Pendant plusieurs jours, les réponses sur ce sujet restaient les mêmes. Mais ayant insisté pour con naître le nom de l'homme en prières, la somnam bule répondit : « Je suis le père de Madame. » Cependant cette assertion fut contredite bientôt par une déclaration plus explicite. Obtenir le sommeil magnétique, chez Marie, était si facile, que m'ayant demandé de l'endormir, j'y par vins sans autres notions que d'avoir assisté aux séances précédentes, mais il me fut impossible de la réveiller et je dus envoyer à la recherche de l'horlo ger, espérant qu'il me sortirait d'embarras. Il arriva ; mais ses efforts furent inutiles. La somnambule se moquait de nous et plaisantait sur l'embonpoint de l'horloger. Ce fait est déjà à remarquer, en ce sens, qu'il con tredit l'opinion trop accréditée que le sujet subit la volonté du magnétiseur ; mais ce qui va suivre révèle un phénomène bien autrement intéressant. Marie ne parla plus alors de sa propre autorité. Un esprit, s'étant substitué à sa volonté, déclara que tous
2DANGERS DE LA CONFIANCE, ETC. 1 1 nos efforts pour réveiller la somnambule seraient inutiles. « Je suis bien ici, disait l'esprit, et il me plaît d'y rester. Seulement, à quatre heures, j'ai besoin d'être ailleurs ; alors la somnambule se réveillera d'ellemême. Ayez la patience d'attendre. » En effet, à l'heure indiquée, au moment même où la pendule disait quatre heures, la somnambule se frottait les yeux et revenait à l'état normal. A dater de ce jour, la somnambule resta constam ment sous l'influence des esprits qui s'emparaient d'elle pendant son sommeil. C'est ainsi qu'aussitôt endormie l'esprit disait : « Je n'ai que quelques ins tants à rester, s» Et, le délai passé, Marie se réveillait sans aucune intervention. Durant ces conversations, plus ou moins longues, l'esprit affectait de m'appeler son fils. Ses avis, ses conseils étaient empreints d'une grande bienveillance et surtout profondément religieux. Il était incontes table que, par un phénomène inexplicable, les facul tés de Marie étaient remplacées, pendant ces com munications, par un esprit dont il était impossible de méconnaître la supériorité, que révélaient et le niveau de la discussion, et le choix des expressions. Le pressant un jour de s'expliquer, je lui deman dais résolument : « Mais qui ètes-vous donc ? » « Je suis celui que tu voulais recevoir à coups de fu sil , lorsque je frappais à ta porte à une heure du matin ! » Notons que la somnambule ignorait absolument ce fait, puisqu'elle n'était pas à notre service à l'épo que où se produisit l'étrange visite.
31 2 l'initiation De son côté, la Vierge ne chômait pas et continuait à tourner cinq ou six fois par jour. Les bons avis de l'esprit, la pureté de ses principes m'intéressaient certainement ; mais, je l'avoue, la sta tuette m'occupait davantage. N'étais-je pas en face d'un fait tangible, indéniable, et, aussi rebelle que voulait se montrer ma raison, je frappais du pied en répétant : « Et pourtant elle tourne ! » Toujours en garde, même contre l'évidence, je me donnai la satisfaction d'emprisonner la Vierge, mais de façon à pouvoir constater ses évolutions. Je fis construire, rue Bouquière, une niche en fil de fer enveloppée d'une gaze très transparente et, la scellant au mur, je cloîtrai solidement la statuette. Mon travail terminé, je quitte la chambre. Aussi tôt un coup formidable retentit. — J'accours ; tout a disparu, seul le piédestal est à sa place. La Vierge, projetée sur mon lit, est retrouvée enveloppée dans l'édredon, tandis que l'armature gît dans la ruelle. Mes précautions ayant déplu, je me gardai bien de les renouveler. Consultée sur ce fait, la somnambule, ou plutôt l'esprit agissant en elle, dit: « de ne jamais toucher à la Vierge et de la laisser là où elle serait transportée » ; ajoutant « que celui qui l'enlevait de de son piédestal saurait bien l'y replacer ». La recommandation fut suivie ; mais un jour advint que la statuette disparut. Mme V..., revenue de ses frayeurs premières, se mit activement à sa recherche et, après avoir bouleversé la maison, la retrouva dans un placard, derrière le lit des enfants. Ce pla card, dissimulé par la tapisserie, n'avait jamais été
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1io l'initiation En l'état où nous tenaient les évolutions de la sta tuette, on comprendra aisément que la première question posée à la somnambule devait être celle-ci : « Voyez-vous qui fait remuer la Vierge ? » «Je le vois, répondit- elle, il est près de moi, à genoux, en prières. — C'est un homme vêtu d'une redingote marron, tenant à la main un livre recouvert d'une étoffe noire. Je ne vois pas sa figure. J'aperçois seulement un peu ses favoris ; car il me tourne le dos. » Pendant plusieurs jours, les réponses sur ce sujet restaient les mêmes. Mais ayant insisté pour con naître le nom de l'homme en prières, la somnam bule répondit : « Je suis le père de Madame. » Cependant cette assertion fut contredite bientôt par une déclaration plus explicite. Obtenir le sommeil magnétique, chez Marie, était si facile, que m'ayant demandé de l'endormir, j'y par vins sans autres notions que d'avoir assisté aux séances précédentes, mais il me fut impossible de la réveiller et je dus envoyer à la recherche de l'horlo ger, espérant qu'il me sortirait d'embarras. Il arriva ; mais ses efforts furent inutiles. La somnambule se moquait de nous et plaisantait sur l'embonpoint de l'horloger. Ce fait est déjà à remarquer, en ce sens, qu'il con tredit l'opinion trop accréditée que le sujet subit la volonté du magnétiseur ; mais ce qui va suivre révèle un phénomène bien autrement intéressant. Marie ne parla plus alors de sa propre autorité. Un esprit, s'étant substitué à sa volonté, déclara que tous
2DANGERS DE LA CONFIANCE, ETC. 1 1 nos efforts pour réveiller la somnambule seraient inutiles. « Je suis bien ici, disait l'esprit, et il me plaît d'y rester. Seulement, à quatre heures, j'ai besoin d'être ailleurs ; alors la somnambule se réveillera d'ellemême. Ayez la patience d'attendre. » En effet, à l'heure indiquée, au moment même où la pendule disait quatre heures, la somnambule se frottait les yeux et revenait à l'état normal. A dater de ce jour, la somnambule resta constam ment sous l'influence des esprits qui s'emparaient d'elle pendant son sommeil. C'est ainsi qu'aussitôt endormie l'esprit disait : « Je n'ai que quelques ins tants à rester, s» Et, le délai passé, Marie se réveillait sans aucune intervention. Durant ces conversations, plus ou moins longues, l'esprit affectait de m'appeler son fils. Ses avis, ses conseils étaient empreints d'une grande bienveillance et surtout profondément religieux. Il était incontes table que, par un phénomène inexplicable, les facul tés de Marie étaient remplacées, pendant ces com munications, par un esprit dont il était impossible de méconnaître la supériorité, que révélaient et le niveau de la discussion, et le choix des expressions. Le pressant un jour de s'expliquer, je lui deman dais résolument : « Mais qui ètes-vous donc ? » « Je suis celui que tu voulais recevoir à coups de fu sil , lorsque je frappais à ta porte à une heure du matin ! » Notons que la somnambule ignorait absolument ce fait, puisqu'elle n'était pas à notre service à l'épo que où se produisit l'étrange visite.
31 2 l'initiation De son côté, la Vierge ne chômait pas et continuait à tourner cinq ou six fois par jour. Les bons avis de l'esprit, la pureté de ses principes m'intéressaient certainement ; mais, je l'avoue, la sta tuette m'occupait davantage. N'étais-je pas en face d'un fait tangible, indéniable, et, aussi rebelle que voulait se montrer ma raison, je frappais du pied en répétant : « Et pourtant elle tourne ! » Toujours en garde, même contre l'évidence, je me donnai la satisfaction d'emprisonner la Vierge, mais de façon à pouvoir constater ses évolutions. Je fis construire, rue Bouquière, une niche en fil de fer enveloppée d'une gaze très transparente et, la scellant au mur, je cloîtrai solidement la statuette. Mon travail terminé, je quitte la chambre. Aussi tôt un coup formidable retentit. — J'accours ; tout a disparu, seul le piédestal est à sa place. La Vierge, projetée sur mon lit, est retrouvée enveloppée dans l'édredon, tandis que l'armature gît dans la ruelle. Mes précautions ayant déplu, je me gardai bien de les renouveler. Consultée sur ce fait, la somnambule, ou plutôt l'esprit agissant en elle, dit: « de ne jamais toucher à la Vierge et de la laisser là où elle serait transportée » ; ajoutant « que celui qui l'enlevait de de son piédestal saurait bien l'y replacer ». La recommandation fut suivie ; mais un jour advint que la statuette disparut. Mme V..., revenue de ses frayeurs premières, se mit activement à sa recherche et, après avoir bouleversé la maison, la retrouva dans un placard, derrière le lit des enfants. Ce pla card, dissimulé par la tapisserie, n'avait jamais été
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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