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1LOUIS-CLAUDE DE SAINT-MARTIN IO3 instrumentale, des promenades champêtres, des conversations amicales étaient les délassements de son esprit, et des actes de bienfaisance, ceux 'de son âme. Il n'avait rien à lui, tant qu'íl lui restait quelque chose à donner; et il recevait toujours en satisfaction plus qu'il ne donnait. Dans ses entretiens, il trouvait aussi toujours à gagner. (Pest même à ses liaisons avec des personnages des plus distingués par leur rang (tel que le marquis de Lusignan, le maréchal de Richelieu, le duc d'Orléans, la duchesse de Bourbon, le chevalier de Boufþÿû e r s , etc.), qui trouvaient, avec raison, son spiritualisme trop élevé pour l'esprit du siècle, qu'il dit avoir dû la confirmation et le développement de ses idées sur les grands objets dont il cherchait le principe, en s'entretenant avec lui-même et avec les personnes les moins prévenues. Il voyagea, dans cette vue, comme Pythagore, pour étudier l`homme et la nature et pour confronter le témoignage des autres avec le sien. C'était àlui que pouvait plus réellement s'appliquer la devise de Jean-Jacques : Vitam ímpendere vero. Tout entier àla recherche de la vérité, le but constant de ses études et de ses ouvrages, Saint-Martin quitta þÿ e nû n le service militaire pour se livrer tout à fait à son objet, et au ministère, en quelque sorte spirituel, auquel il se sentait appelé. Ce fut à Strasbourg que, par l'organe d'une amie, Mme þÿ B S c h l i n , il eut la connaissance des ouvrages du philosophe teutonique Jacob þÿ B S h m , r e g a r d é en France comme un' visionnaire; et il étudia, dans un âge avancé, la langue allemande, afin d`entendre et de
2104 L,lNlTlATION traduire pour son usage, en français, les ouvrages de cet illuminé célèbre, qui lui découvrirent ce que dans les documents de son premier maître, il n'avait fait qu'entrevoir. ll le regarda toujours depuis comme la plus grande lumière humaine qui eût paru. Saint-Martin visita l`Angleterre, où il se lia, en 1787, avec Pambassadeur Barthélemy, et connut Villiam Law, éditeur d'une version anglaise et d'un Précis du livre de Jacob þÿ B S h m . En 1788, il þÿû t un voyage à Rome avec le prince Alexis Gallitzin, qui dit àM. Fortia d'Urban ce mot remarquable: «Je ne suis véritablement un homme que depuis quei'aiconnu M. de Saint-Martin. » De retour de ses excursions en Italie, en Allemagne et en Angleterre, il ne put se défendre d`accepter la croix de Saint-Louis, dont il ne se croyait pas digne, quoiqu`il la dût plus à la noblesse de ses sentiments qu'à ses services. * ' La Révolution, dans ses diverses phases, trouva Saint-Martin toujours le même, toujours allant droit à son but : juslum et tenacem propositi vírum. Elevé par ses principes au-dessus des considérations de la naissance ou del'opinion, il n'émigra point ; et, tout en ayant horreur des désordres et des excès, soit de l'anarchie, soit du despotisme, il vit les desseins terribles de la Providence dans la Révolution française, et crut voir un grand instrument temporel dans Phomme qui vint plus tard la comprimer. C'est à l'époque de 1793, où l'esprit de famille semblait être, comme la société, en dissolution, que Saint-Martin alla donner ses soins constants et rendre les derniers devoirs à un père
3'.:.,.,.._.. 5 7 1 ' r LOUIS-CLAUDE DE SAINT-MARTIN j 105 þÿ i nû r m e et paralytique. En même temps, malgré l"état de gêne que sa modique fortune, dans cette circonstance, lui faisait éprouver, il contribuait, en qualité de citoyen, aux besoins publics de sa commune. De retour dans la capitale, mais compris bien tôt dans le décret d'expulsion du 27 germinal an II, contre les nobles, il se résigna, et quitta Paris. Pendant que la plupart des hommes s'occupaient des intérêts politiques qui agitaient les nations, il correspondait sur des objets élevés et abstraits, mais importants par leur þÿ i nû u e n c e sur la destinée et la nature de l'homme, avec un baron suisse, membre du Conseil souverain de Berne (V. Kircheberger dans la Biographie universelle). Vivant solitaire, séparé de ses connaissances, au milieu d`une mer de passions orageuses, il se regardait dans son isolement, comme le Robinson Crusoe de la spiritualité. Cependant, une prétendue conjuration d'une association religieuse, sous le nom de la Mère de Dieu, était alors exposée devantla justice révolutionnaire; il ne futpoint à l'abri d`un mandat d'arrêt. Heureusement, le 9 thermidor survint. Sa correspondance avec le baron suisse, naturaliste et philosophe religieux, qui, porté vers 'les manifestations extérieures et sensibles, lc questionnait sur ces matières aurait pu le faire suspecter: le philosophe spiritualiste, à la vérité, ramenait toujours son ami au sens moral et intérieur, et le renvoyait à son chérissime þÿ B S h m . Ils se lièrent intimement, sans jamais se voir; et ils s'échangèrent réciproquement leurs portraits. Durant le discrédit total des assignats, le Français
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1LOUIS-CLAUDE DE SAINT-MARTIN IO3 instrumentale, des promenades champêtres, des conversations amicales étaient les délassements de son esprit, et des actes de bienfaisance, ceux 'de son âme. Il n'avait rien à lui, tant qu'íl lui restait quelque chose à donner; et il recevait toujours en satisfaction plus qu'il ne donnait. Dans ses entretiens, il trouvait aussi toujours à gagner. (Pest même à ses liaisons avec des personnages des plus distingués par leur rang (tel que le marquis de Lusignan, le maréchal de Richelieu, le duc d'Orléans, la duchesse de Bourbon, le chevalier de Boufþÿû e r s , etc.), qui trouvaient, avec raison, son spiritualisme trop élevé pour l'esprit du siècle, qu'il dit avoir dû la confirmation et le développement de ses idées sur les grands objets dont il cherchait le principe, en s'entretenant avec lui-même et avec les personnes les moins prévenues. Il voyagea, dans cette vue, comme Pythagore, pour étudier l`homme et la nature et pour confronter le témoignage des autres avec le sien. C'était àlui que pouvait plus réellement s'appliquer la devise de Jean-Jacques : Vitam ímpendere vero. Tout entier àla recherche de la vérité, le but constant de ses études et de ses ouvrages, Saint-Martin quitta þÿ e nû n le service militaire pour se livrer tout à fait à son objet, et au ministère, en quelque sorte spirituel, auquel il se sentait appelé. Ce fut à Strasbourg que, par l'organe d'une amie, Mme þÿ B S c h l i n , il eut la connaissance des ouvrages du philosophe teutonique Jacob þÿ B S h m , r e g a r d é en France comme un' visionnaire; et il étudia, dans un âge avancé, la langue allemande, afin d`entendre et de
2104 L,lNlTlATION traduire pour son usage, en français, les ouvrages de cet illuminé célèbre, qui lui découvrirent ce que dans les documents de son premier maître, il n'avait fait qu'entrevoir. ll le regarda toujours depuis comme la plus grande lumière humaine qui eût paru. Saint-Martin visita l`Angleterre, où il se lia, en 1787, avec Pambassadeur Barthélemy, et connut Villiam Law, éditeur d'une version anglaise et d'un Précis du livre de Jacob þÿ B S h m . En 1788, il þÿû t un voyage à Rome avec le prince Alexis Gallitzin, qui dit àM. Fortia d'Urban ce mot remarquable: «Je ne suis véritablement un homme que depuis quei'aiconnu M. de Saint-Martin. » De retour de ses excursions en Italie, en Allemagne et en Angleterre, il ne put se défendre d`accepter la croix de Saint-Louis, dont il ne se croyait pas digne, quoiqu`il la dût plus à la noblesse de ses sentiments qu'à ses services. * ' La Révolution, dans ses diverses phases, trouva Saint-Martin toujours le même, toujours allant droit à son but : juslum et tenacem propositi vírum. Elevé par ses principes au-dessus des considérations de la naissance ou del'opinion, il n'émigra point ; et, tout en ayant horreur des désordres et des excès, soit de l'anarchie, soit du despotisme, il vit les desseins terribles de la Providence dans la Révolution française, et crut voir un grand instrument temporel dans Phomme qui vint plus tard la comprimer. C'est à l'époque de 1793, où l'esprit de famille semblait être, comme la société, en dissolution, que Saint-Martin alla donner ses soins constants et rendre les derniers devoirs à un père
3'.:.,.,.._.. 5 7 1 ' r LOUIS-CLAUDE DE SAINT-MARTIN j 105 þÿ i nû r m e et paralytique. En même temps, malgré l"état de gêne que sa modique fortune, dans cette circonstance, lui faisait éprouver, il contribuait, en qualité de citoyen, aux besoins publics de sa commune. De retour dans la capitale, mais compris bien tôt dans le décret d'expulsion du 27 germinal an II, contre les nobles, il se résigna, et quitta Paris. Pendant que la plupart des hommes s'occupaient des intérêts politiques qui agitaient les nations, il correspondait sur des objets élevés et abstraits, mais importants par leur þÿ i nû u e n c e sur la destinée et la nature de l'homme, avec un baron suisse, membre du Conseil souverain de Berne (V. Kircheberger dans la Biographie universelle). Vivant solitaire, séparé de ses connaissances, au milieu d`une mer de passions orageuses, il se regardait dans son isolement, comme le Robinson Crusoe de la spiritualité. Cependant, une prétendue conjuration d'une association religieuse, sous le nom de la Mère de Dieu, était alors exposée devantla justice révolutionnaire; il ne futpoint à l'abri d`un mandat d'arrêt. Heureusement, le 9 thermidor survint. Sa correspondance avec le baron suisse, naturaliste et philosophe religieux, qui, porté vers 'les manifestations extérieures et sensibles, lc questionnait sur ces matières aurait pu le faire suspecter: le philosophe spiritualiste, à la vérité, ramenait toujours son ami au sens moral et intérieur, et le renvoyait à son chérissime þÿ B S h m . Ils se lièrent intimement, sans jamais se voir; et ils s'échangèrent réciproquement leurs portraits. Durant le discrédit total des assignats, le Français
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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