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1202 L‘INITIATION la langue des hommes qui ont conservé le même sens qu’autrefois : corossol(anona muricata) qui viendrait de Corasol, nom indigène de Curaçao; maby, boisson rafraîchissante; pirogue (qu’il écrit pyraugue); ma nioc ; mabouya, lézard, le diable des Caraïbes ; cucuyo, qui subsiste en espagnol : en caraïbe, coyouyou ; coui, callebasse; ouragan _: ajoupa, hutte; hamac; canari, vase en terre cuite; chique (pulex penetrans; cf. Lucien Adam : Du parler des hommes et duparler des femmes dans la langue caraïbe, Paris 1879); canot; tayo, variété de chou caraïbe; cirz'que, crabe; anoli, lézard; mouchasse (amidon de manioc); cassure; mansfenz‘ ou mansphanix (en Haïti, malfinz‘), oiseau de proie; pian; roucou (bixa orellana); le mot carbet seul, qui signifie chaumière, proviendrait de la langue des femmes. Le P. du Tertre (op. cit., t. II, p. 365), d’accord avec Rochefort et le P. Raymond Breton (Grammaire caraïbe composée par le R. P., etc., Auxerre, Gilles Bouquet, x667. Bib. nat.8°, X, 643. Bibl. linguistique américaine, t. III), cite comme unique divinité caraïbe Ichéz'ri ou Ignérz‘, le dieu bon (peut—être un souvenir des ancêtres des femmes qui avaient été exterminés), ou Tamou-caila (Raymond Breton). Bien plus, Thibault de Chanvalon (Voyageà la Marti— nique, r763, 1 vol. in—4°. Bib. mat. L12k. 100), créole de la Martinique, qui parle longuement des Caraïbes, ne leur connaît aucune divinité précise. Nulle part on ne trouve trace d’une divinité Pelé ou Pelée, ni chez les auteurs précédemment cités, ni chez d’Orbigny (l’I-Iomme américain, Paris, 1839, 2 vol. Bib. nat. P.
2QUELQUES MOTS A PROPOS DE LA MONTAGNE PELÉE 203 Ang. 1165—1166), ni chez Lucien Adam (Matériaux pour une grammaire caraïbe. Bib. nat. 8° X 643. Bib. linguistique américaine, t. XVII). On voit donc, bien que les sources soient très rares, qu'il est difficile de retrouver une origine lémurienne ou simplement hawa‘ienne dans le nom de la mon tagne Pelée et qu’il est bien risqué de baser sur un seul mot une origine ethnographique. Il serait étrange que ce volcan, actif seulement à de si longs inter valles, depuis une date bien antérieure à 1635 jus qu’en 1851, fût le seul à porter le nom d’une divinité redoutée et que ce nom même eût survécu à tant de vicissitudes: anéantissement des autochtones par les Caraïbes, disparition des envahisseurs, importation africaine des noirs, tandis qu’à la Guadeloupe, où la Soufrière a toujours été en activité, à Saint-Vincent, dont le volcan offre tant de rapprochement avec celui de la Martinique, à Sainte-Lucie, Montserrat, Saint Christophe, Saba, ces sommets portent des noms banals, provenant d’une façon évidente de leur aspect, ou de leurs particularités, comme le piton Gelé, ainsi nommé à cause de la température très fraîche du som met, le morne d’0range, Où le sieur d’0range possé dait, dans les premiers temps de l‘occupation, une vaste propriété, le rocher Pain-de-Sucre, le morne Vert, le Gros-Morne, la montagne Sans-Toucher (Guadeloupe), ou même le Grand—Brûlé, à la Réu nion. En effet, vue du large, souvent enveloppée de brouillards, la montagne Pelée avait bien l'air d’un sommet pelé, dénudé, bien que cet aspect ne fût pas
3204 L'INITIATION toutà fait conforme à la réalité. Thibault de Chan valon (op. cit.), dit, en 175 I , d’une façon plus précise encore, que « la montagne Pelée porte tous les carac— tères d'un ancien volcan ; c‘est aussi le sentiment des anciens habitans ». Et rien de plus (I ). C’est simplement ce que j'aurai voulu démontrer. L'origine du nom de montagne Pelée est très banale, il n’y a aucune hésitation à avoir là-dessus. Cela ne retire rien de leur valeur aux savants articles de notre confrère Tidianeuq, dont je suis le premier à recon— naître toute la valeur. J’ajouterai un dernier mot. J’ai recherché dans les nombreuses prophéties ou prédictions citées par ' l’Écho du Merveilleux s’il y en avait une qui se rap portât à la catastrophe de la Martinique. Aucune ne l’annonce. J’ai cru remarquer, en revanche, que, parmi les plus claires, celles qui ne laissent aucun doute d’interprétation, le nombre des erreurs est con sidérable, pour ne pas dire que la plupart sont fausses. Il y aurait là-dessus un travail intéressantàfaire pour un de nos collaborateurs. Z:': (I) Je note en passant qu'il est tout à fait inexact que le P soit difficile à prononcer pour les créoles et qu’ils le rempla— cent par H“. La seule lettre qu’ils défigurént en l'adoucissant est l‘R. Quant au lamentin (manatus americanus), il est inu tile de lui donner une origine fabuleuse. Rochefort parle du manati ou lamantin (du caraïbe manati, mamelles) et en donne la figure, et le P. Labat rapporte qu'il en vit pêcher un, en I695, à la Martinique, où ils sont inconnus aujourd'hui.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1202 L‘INITIATION la langue des hommes qui ont conservé le même sens qu’autrefois : corossol(anona muricata) qui viendrait de Corasol, nom indigène de Curaçao; maby, boisson rafraîchissante; pirogue (qu’il écrit pyraugue); ma nioc ; mabouya, lézard, le diable des Caraïbes ; cucuyo, qui subsiste en espagnol : en caraïbe, coyouyou ; coui, callebasse; ouragan _: ajoupa, hutte; hamac; canari, vase en terre cuite; chique (pulex penetrans; cf. Lucien Adam : Du parler des hommes et duparler des femmes dans la langue caraïbe, Paris 1879); canot; tayo, variété de chou caraïbe; cirz'que, crabe; anoli, lézard; mouchasse (amidon de manioc); cassure; mansfenz‘ ou mansphanix (en Haïti, malfinz‘), oiseau de proie; pian; roucou (bixa orellana); le mot carbet seul, qui signifie chaumière, proviendrait de la langue des femmes. Le P. du Tertre (op. cit., t. II, p. 365), d’accord avec Rochefort et le P. Raymond Breton (Grammaire caraïbe composée par le R. P., etc., Auxerre, Gilles Bouquet, x667. Bib. nat.8°, X, 643. Bibl. linguistique américaine, t. III), cite comme unique divinité caraïbe Ichéz'ri ou Ignérz‘, le dieu bon (peut—être un souvenir des ancêtres des femmes qui avaient été exterminés), ou Tamou-caila (Raymond Breton). Bien plus, Thibault de Chanvalon (Voyageà la Marti— nique, r763, 1 vol. in—4°. Bib. mat. L12k. 100), créole de la Martinique, qui parle longuement des Caraïbes, ne leur connaît aucune divinité précise. Nulle part on ne trouve trace d’une divinité Pelé ou Pelée, ni chez les auteurs précédemment cités, ni chez d’Orbigny (l’I-Iomme américain, Paris, 1839, 2 vol. Bib. nat. P.
2QUELQUES MOTS A PROPOS DE LA MONTAGNE PELÉE 203 Ang. 1165—1166), ni chez Lucien Adam (Matériaux pour une grammaire caraïbe. Bib. nat. 8° X 643. Bib. linguistique américaine, t. XVII). On voit donc, bien que les sources soient très rares, qu'il est difficile de retrouver une origine lémurienne ou simplement hawa‘ienne dans le nom de la mon tagne Pelée et qu’il est bien risqué de baser sur un seul mot une origine ethnographique. Il serait étrange que ce volcan, actif seulement à de si longs inter valles, depuis une date bien antérieure à 1635 jus qu’en 1851, fût le seul à porter le nom d’une divinité redoutée et que ce nom même eût survécu à tant de vicissitudes: anéantissement des autochtones par les Caraïbes, disparition des envahisseurs, importation africaine des noirs, tandis qu’à la Guadeloupe, où la Soufrière a toujours été en activité, à Saint-Vincent, dont le volcan offre tant de rapprochement avec celui de la Martinique, à Sainte-Lucie, Montserrat, Saint Christophe, Saba, ces sommets portent des noms banals, provenant d’une façon évidente de leur aspect, ou de leurs particularités, comme le piton Gelé, ainsi nommé à cause de la température très fraîche du som met, le morne d’0range, Où le sieur d’0range possé dait, dans les premiers temps de l‘occupation, une vaste propriété, le rocher Pain-de-Sucre, le morne Vert, le Gros-Morne, la montagne Sans-Toucher (Guadeloupe), ou même le Grand—Brûlé, à la Réu nion. En effet, vue du large, souvent enveloppée de brouillards, la montagne Pelée avait bien l'air d’un sommet pelé, dénudé, bien que cet aspect ne fût pas
3204 L'INITIATION toutà fait conforme à la réalité. Thibault de Chan valon (op. cit.), dit, en 175 I , d’une façon plus précise encore, que « la montagne Pelée porte tous les carac— tères d'un ancien volcan ; c‘est aussi le sentiment des anciens habitans ». Et rien de plus (I ). C’est simplement ce que j'aurai voulu démontrer. L'origine du nom de montagne Pelée est très banale, il n’y a aucune hésitation à avoir là-dessus. Cela ne retire rien de leur valeur aux savants articles de notre confrère Tidianeuq, dont je suis le premier à recon— naître toute la valeur. J’ajouterai un dernier mot. J’ai recherché dans les nombreuses prophéties ou prédictions citées par ' l’Écho du Merveilleux s’il y en avait une qui se rap portât à la catastrophe de la Martinique. Aucune ne l’annonce. J’ai cru remarquer, en revanche, que, parmi les plus claires, celles qui ne laissent aucun doute d’interprétation, le nombre des erreurs est con sidérable, pour ne pas dire que la plupart sont fausses. Il y aurait là-dessus un travail intéressantàfaire pour un de nos collaborateurs. Z:': (I) Je note en passant qu'il est tout à fait inexact que le P soit difficile à prononcer pour les créoles et qu’ils le rempla— cent par H“. La seule lettre qu’ils défigurént en l'adoucissant est l‘R. Quant au lamentin (manatus americanus), il est inu tile de lui donner une origine fabuleuse. Rochefort parle du manati ou lamantin (du caraïbe manati, mamelles) et en donne la figure, et le P. Labat rapporte qu'il en vit pêcher un, en I695, à la Martinique, où ils sont inconnus aujourd'hui.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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