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1NOTES SUR L’ISLAM 105 L’absence de tutelle religieuse est la plus précieuse de toutes les libertés humaines. Par elle, le monde musulman est non seulement égal mais au-dessus des nations (I) qui avec lui constituent la tétralogie libertaire du monde entier. Je répète : statues et clergé dans la mosquée porteraient atteinte à l’uni versalité des formules, ce qui serait un sacrilège. Ces formules, en dépit de leur rigidité, sont la base des pensées vivantes, car elles s’appliquent à tous les mondes, à tous les ordres correspondants ou parallèles, et constituent des rapports entre eux. Or, la pensée vivante et intense est toujours anthro pomorphe, car elle remplit tout l’être du penseur comme le métal fondu remplit le moule. Elle se res sent de l’organisme tout entier, qui a présidé à sa conception. * x4 L’Islam est la seule religion exotérique, qui recon naît, de par Qanon, la démonstration par harmonie, c’est-à—dire que la beauté manifeste la vérité. L’élo quence du Qorân est citée en témoignage de son origine céleste. Un symbole de l'ornement est la poussière sur le front de l’adorateur, quand il se prosterne dans la prière. La terre devient belle quand elle est touchée par celui qui sfhumilie devant le Créateur. Quand l’athée dit que l’œuvre d’art est un (I) Les trois autres sont : l’Italie, qui représente la liberté sentimentale; la France, qui représente la liberté intellectuelle, et l'Angleterre, qui représente la liberté politique. il
2106 L’INITIATION coin de nature vu à travers un tempérament, il ne fait que parodier une vérité éternelle. La société musulmane est absolument le contraire de celle de l’Europe. Aucune loi européenne ne défend l’accuparement des denrées ou des premières nécessités de la Vie. A peine mettent—elles quelque frein à l'usure. Le pauvre n’a que le droit qu’il peut prendre. C’est pour cela que la révolte en Occident ne constitue aucun péché. Toute l’activité sociale repose sur le mépris et l‘exploitation du pauvre. L’au mône même est une humiliation. Dans la société arabe, le désir des biens de ce monde est presqu’un péché. L’argent, c'est-à—dire le gain, est presque impur, même acquis par un trafic licite. Il ne peut être purifié que par l’abandon de la dixième partie au profit des nécessiteux. Cette dîme s’appelle même Zakât, qui signifie: purification; elle est d’obli gation qanonique. La pauvreté est un mérite. Quand elle est volontaire, elle est considérée presque comme une sainteté. Faqîr et Dervich signifient tous les deux: pauvres. La présence des étrangers, des étu diants et des hommes pieux est regardée comme une bénédiction pour un pays. Le principe social arabe est à la fois fraternel et * aristocratique. Le riche, le savant, le fort ont des devoirs vis-à-vis du pauvre, de l’ignorant et du faible. « Noblesse oblige » est de conscience populaire en pays de l’lslam. . ' _ .-» ' ’..Ifl».5!JËSJI .4 ,
3NOTES SUR L’ISLAM 107 L’Islam est surtout un état mental, qui résulte d’une adoration à la fois sincère, hiératique et rituelle. Les détails dogmatiques n’ont pas de sens pour celui qui ne pratique pas. L’étendue du savoir théologique dépend de sa profondeur qui à son tour dépend de la pureté et de l’intensité de l’adoration. Une œuvre d’art est lettre close pour quiconque n’a pas le goût ou l’éducation esthétique. De même, les vérités de l'Islam sont absolument inaccessibles pour quiconque les étudie à froid, sans entraînement senti mental préalable. L’initiation est aussi, dès le com mencement, une culture d’émotivité. Elle est presque toujours guidée par un cheik auquel le mourid doit une confiance absolue. Ce cheik ne peut pas être comparé avec un prélat, encore moins avec un maître d’école. Il est plutôt un père spirituel, que l'on choisit et que l’on peut quitter quand on veut. Le fait d’avoir quitté l’un, même pour suivre un autre, ne doit pas être considéré comme une insulte faite au premier. Loin de là. ABDUL HADI. (A suivre.l i.. ,r—..JÇ'__..,.. .
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1NOTES SUR L’ISLAM 105 L’absence de tutelle religieuse est la plus précieuse de toutes les libertés humaines. Par elle, le monde musulman est non seulement égal mais au-dessus des nations (I) qui avec lui constituent la tétralogie libertaire du monde entier. Je répète : statues et clergé dans la mosquée porteraient atteinte à l’uni versalité des formules, ce qui serait un sacrilège. Ces formules, en dépit de leur rigidité, sont la base des pensées vivantes, car elles s’appliquent à tous les mondes, à tous les ordres correspondants ou parallèles, et constituent des rapports entre eux. Or, la pensée vivante et intense est toujours anthro pomorphe, car elle remplit tout l’être du penseur comme le métal fondu remplit le moule. Elle se res sent de l’organisme tout entier, qui a présidé à sa conception. * x4 L’Islam est la seule religion exotérique, qui recon naît, de par Qanon, la démonstration par harmonie, c’est-à—dire que la beauté manifeste la vérité. L’élo quence du Qorân est citée en témoignage de son origine céleste. Un symbole de l'ornement est la poussière sur le front de l’adorateur, quand il se prosterne dans la prière. La terre devient belle quand elle est touchée par celui qui sfhumilie devant le Créateur. Quand l’athée dit que l’œuvre d’art est un (I) Les trois autres sont : l’Italie, qui représente la liberté sentimentale; la France, qui représente la liberté intellectuelle, et l'Angleterre, qui représente la liberté politique. il
2106 L’INITIATION coin de nature vu à travers un tempérament, il ne fait que parodier une vérité éternelle. La société musulmane est absolument le contraire de celle de l’Europe. Aucune loi européenne ne défend l’accuparement des denrées ou des premières nécessités de la Vie. A peine mettent—elles quelque frein à l'usure. Le pauvre n’a que le droit qu’il peut prendre. C’est pour cela que la révolte en Occident ne constitue aucun péché. Toute l’activité sociale repose sur le mépris et l‘exploitation du pauvre. L’au mône même est une humiliation. Dans la société arabe, le désir des biens de ce monde est presqu’un péché. L’argent, c'est-à—dire le gain, est presque impur, même acquis par un trafic licite. Il ne peut être purifié que par l’abandon de la dixième partie au profit des nécessiteux. Cette dîme s’appelle même Zakât, qui signifie: purification; elle est d’obli gation qanonique. La pauvreté est un mérite. Quand elle est volontaire, elle est considérée presque comme une sainteté. Faqîr et Dervich signifient tous les deux: pauvres. La présence des étrangers, des étu diants et des hommes pieux est regardée comme une bénédiction pour un pays. Le principe social arabe est à la fois fraternel et * aristocratique. Le riche, le savant, le fort ont des devoirs vis-à-vis du pauvre, de l’ignorant et du faible. « Noblesse oblige » est de conscience populaire en pays de l’lslam. . ' _ .-» ' ’..Ifl».5!JËSJI .4 ,
3NOTES SUR L’ISLAM 107 L’Islam est surtout un état mental, qui résulte d’une adoration à la fois sincère, hiératique et rituelle. Les détails dogmatiques n’ont pas de sens pour celui qui ne pratique pas. L’étendue du savoir théologique dépend de sa profondeur qui à son tour dépend de la pureté et de l’intensité de l’adoration. Une œuvre d’art est lettre close pour quiconque n’a pas le goût ou l’éducation esthétique. De même, les vérités de l'Islam sont absolument inaccessibles pour quiconque les étudie à froid, sans entraînement senti mental préalable. L’initiation est aussi, dès le com mencement, une culture d’émotivité. Elle est presque toujours guidée par un cheik auquel le mourid doit une confiance absolue. Ce cheik ne peut pas être comparé avec un prélat, encore moins avec un maître d’école. Il est plutôt un père spirituel, que l'on choisit et que l’on peut quitter quand on veut. Le fait d’avoir quitté l’un, même pour suivre un autre, ne doit pas être considéré comme une insulte faite au premier. Loin de là. ABDUL HADI. (A suivre.l i.. ,r—..JÇ'__..,.. .
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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