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1102 L'INITIATION D’un autre côté, l’Orient n’est pas sans faute. Il a négligé l’effort sacré (Eldjihàd), et n’ayant rien fait pour répandre l‘Islam parmi les Européens, ceux là pénètrent en Orient pour des raisons de lucre. Mais c’est une apparence. En réalité, ils sont inconsciem ment attirés par une force invisible vers la conver sion sémitique. Quoique très ignorant et sans autorité, je me per mets d’adresser aux lecteurs de I’Initialion quelques paroles sur des idées musulmanes générales. Peut-être apporté-je de l’eau à la rivière. Je n’ai rien de nou veau à annoncer. Je veux seulement faire comprendre la portée de quelques croyances islamites que tout le monde connaît. Ce qui frappe d’abord dans I’Islam. c’est son inten sité vitale. Regardez d’abord son homogénéité. Tous les musulmans se reconnaissent d’après un fades spécial. Tout produit artistique ou littéraire musul— man porte un cachet original. Pourtant, chacun dans son sol, Arabes, Turcs, Persans, Indiens, Malais, Ber— bères, Soudanais, etc., diffèrent tous entre eux. Chai— cun synthétise merveilleusement son ciel et le coin de terre qu’il habite, d’après les formules arabes. Au cun n’est dépaysé par la religion des Arabes, et pour tant tous sont unis. Je vais encore plus loin. Je dis que le Persan est devenu plus Persan après son Islam qu’il ne l’était avant. L’Indien comprend mieux la nature indienne que I’Hindou. L’art musulman de l’Inde, en dépit de ses rigoureuses formules, reflète bien plus fidèlement le pays que l’art hindou, mani festant ainsi une plus grande puissance de l’esprit sur " 5.».ÿeäÿMs? i -A‘
2NOTES SUR L’ISLAM 103 la matière, un équilibre de conscience mieux lié, une ' plus grande charité cosmique et force rédemptrice. Ainsi l’Islam est une discipline qui émancz’pe. A la fois régional et universel, il met la patrie dans le coeur de l’homme et le dispose à être chez soi partout. Il est la seule chose au monde qui soit plus forte que les atavismes et les hérédités. J’ai vu des hindous et des bouddhistes transfigurés après quelques années de pratique de l’Islam. On eût dit qu’ils avaient changé de race. . Cette énergie vitale de l’Islam provient de ce fait, qu’il est l’essence même de l’idée sémitique, son expressionla plus simpleet la plus universelle. Or, Iesé mitisme est toujours une force sur un plan quelconque. Jadis, le catholicisme était plus oriental. Il avait alors sur les esprits une influence analogue à celle de l’Islam. Les éléments païens ayant prévalu, il ne pro— duit guère que des sataniques ou des athées. Les extrêmes se touchent. L’Islam et le paganisme germanique, moderne ou antique, adorent tous les deux la force. Le Germain ne connaît que la nature, qui, d'ailleurs, le maltraite. Il n’adore que ses diflérentes forces malgré leur fumier. Aussi, l’Allemagne est le pays où l’on mange le plus de porc. Le musulman, qui a une âme immortelle et qui vit sur plusieurs plans d’exis— tence à la fois, ne reconnaît que la force de Dieu. Dans les moments de malheur, tout musulman s’écriera: « Il n’y a de terreur et de force que celles qui viennent de Dieu le Haut, le Grand », et le plus efl’royable des événements ne sera qu’un rien, mû
3104 L’INITIATION par un souffle divin. Voilà la différence entre le maté? rialiste et celui qui ne l'est pas. La religion fortifie le musulman en le séparant de tout ce qui n’est pas Dieu, et en le livrant seul avec la force des fortes. L’Islam est un grand isolant, et plus l’isolement est parfait, plus il y a de force acquise. La contemplation religieuse consiste à voir le monde au—dessous et à la suite de Dieu, et rien par devant lui en dehors de ses voiles qu’il dispose à son gré. Le penser religieux consiste à retrouver Dieu au fond de tout. Ces deux regards, l’un en haut, l’autre en bas, sur l’enchaînement des émanations sont tous les deux licites. La prière offre d’étranges analogies avec la contem plation, quoique l’une soit une œuvre et l’autre une réception, en quelque sorte une passivité. La prière centralise le cosmos en la forme humaine et le pré— sente au créateur sous quatre aspects différents. Celui qui prie a Dieu devant lui et le monde derrière lui. Je veux finir le chapitre de l'intensité de l’Islam par quelques mots sur son anthropomorphisme, à propos duquel les théologues s’expriment avec une certaine réserve. Les statues religieuses sont absolu— ment défendues, car elles sont toujours l’œuvre de l’homme. Or, un simple mortel, fût-il le plus savant des docteurs, n’a pas le droit d’imposer sa conception de la divinité avec une précision aussi matérielle que celle d’une statue. Personne en l’Islam n’a le droit mile pouvoir de montrer Dieu à son frère ou de s’in terposer entre lui et l’homme. C’est pourcela qu’il n’y a ni statues ni prêtres parmi les musulmans. \ ’r ,,' Lä: :‘1‘u’!flΫ-ËL—
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1102 L'INITIATION D’un autre côté, l’Orient n’est pas sans faute. Il a négligé l’effort sacré (Eldjihàd), et n’ayant rien fait pour répandre l‘Islam parmi les Européens, ceux là pénètrent en Orient pour des raisons de lucre. Mais c’est une apparence. En réalité, ils sont inconsciem ment attirés par une force invisible vers la conver sion sémitique. Quoique très ignorant et sans autorité, je me per mets d’adresser aux lecteurs de I’Initialion quelques paroles sur des idées musulmanes générales. Peut-être apporté-je de l’eau à la rivière. Je n’ai rien de nou veau à annoncer. Je veux seulement faire comprendre la portée de quelques croyances islamites que tout le monde connaît. Ce qui frappe d’abord dans I’Islam. c’est son inten sité vitale. Regardez d’abord son homogénéité. Tous les musulmans se reconnaissent d’après un fades spécial. Tout produit artistique ou littéraire musul— man porte un cachet original. Pourtant, chacun dans son sol, Arabes, Turcs, Persans, Indiens, Malais, Ber— bères, Soudanais, etc., diffèrent tous entre eux. Chai— cun synthétise merveilleusement son ciel et le coin de terre qu’il habite, d’après les formules arabes. Au cun n’est dépaysé par la religion des Arabes, et pour tant tous sont unis. Je vais encore plus loin. Je dis que le Persan est devenu plus Persan après son Islam qu’il ne l’était avant. L’Indien comprend mieux la nature indienne que I’Hindou. L’art musulman de l’Inde, en dépit de ses rigoureuses formules, reflète bien plus fidèlement le pays que l’art hindou, mani festant ainsi une plus grande puissance de l’esprit sur " 5.».ÿeäÿMs? i -A‘
2NOTES SUR L’ISLAM 103 la matière, un équilibre de conscience mieux lié, une ' plus grande charité cosmique et force rédemptrice. Ainsi l’Islam est une discipline qui émancz’pe. A la fois régional et universel, il met la patrie dans le coeur de l’homme et le dispose à être chez soi partout. Il est la seule chose au monde qui soit plus forte que les atavismes et les hérédités. J’ai vu des hindous et des bouddhistes transfigurés après quelques années de pratique de l’Islam. On eût dit qu’ils avaient changé de race. . Cette énergie vitale de l’Islam provient de ce fait, qu’il est l’essence même de l’idée sémitique, son expressionla plus simpleet la plus universelle. Or, Iesé mitisme est toujours une force sur un plan quelconque. Jadis, le catholicisme était plus oriental. Il avait alors sur les esprits une influence analogue à celle de l’Islam. Les éléments païens ayant prévalu, il ne pro— duit guère que des sataniques ou des athées. Les extrêmes se touchent. L’Islam et le paganisme germanique, moderne ou antique, adorent tous les deux la force. Le Germain ne connaît que la nature, qui, d'ailleurs, le maltraite. Il n’adore que ses diflérentes forces malgré leur fumier. Aussi, l’Allemagne est le pays où l’on mange le plus de porc. Le musulman, qui a une âme immortelle et qui vit sur plusieurs plans d’exis— tence à la fois, ne reconnaît que la force de Dieu. Dans les moments de malheur, tout musulman s’écriera: « Il n’y a de terreur et de force que celles qui viennent de Dieu le Haut, le Grand », et le plus efl’royable des événements ne sera qu’un rien, mû
3104 L’INITIATION par un souffle divin. Voilà la différence entre le maté? rialiste et celui qui ne l'est pas. La religion fortifie le musulman en le séparant de tout ce qui n’est pas Dieu, et en le livrant seul avec la force des fortes. L’Islam est un grand isolant, et plus l’isolement est parfait, plus il y a de force acquise. La contemplation religieuse consiste à voir le monde au—dessous et à la suite de Dieu, et rien par devant lui en dehors de ses voiles qu’il dispose à son gré. Le penser religieux consiste à retrouver Dieu au fond de tout. Ces deux regards, l’un en haut, l’autre en bas, sur l’enchaînement des émanations sont tous les deux licites. La prière offre d’étranges analogies avec la contem plation, quoique l’une soit une œuvre et l’autre une réception, en quelque sorte une passivité. La prière centralise le cosmos en la forme humaine et le pré— sente au créateur sous quatre aspects différents. Celui qui prie a Dieu devant lui et le monde derrière lui. Je veux finir le chapitre de l'intensité de l’Islam par quelques mots sur son anthropomorphisme, à propos duquel les théologues s’expriment avec une certaine réserve. Les statues religieuses sont absolu— ment défendues, car elles sont toujours l’œuvre de l’homme. Or, un simple mortel, fût-il le plus savant des docteurs, n’a pas le droit d’imposer sa conception de la divinité avec une précision aussi matérielle que celle d’une statue. Personne en l’Islam n’a le droit mile pouvoir de montrer Dieu à son frère ou de s’in terposer entre lui et l’homme. C’est pourcela qu’il n’y a ni statues ni prêtres parmi les musulmans. \ ’r ,,' Lä: :‘1‘u’!flΫ-ËL—
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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