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1LE SAINT SUAIRE DE TURIN 7 miatti, pro-Vicaire général de Turin, soutenait l’au thenticité sans apporter aucune preuve. Le procès est donc plaidé sous toutes ses formes. Le dossier est complet, et nous avons sous les yeux les travaux également intéressants des chartistes, des archéologues, des chimistes, des physiologistes et des théologiens. Nous n’avons qu’à lire et à nous faire une opinion, si bon nous semble, ou à attendre jus— qu’à « plus ample informé », car on sait qu’un procès n’est jamais si fini qu’on ne puisse le recommencer. Tout d’abord, nous écarterons la théorie du mi— racle, non pour le nier, mais pour mieux respecter ce qui n’est pas de notre compétence. S’il y a miracle, et qu’on nous le prouve, ou que l’Église l’affirme, il n’y a plus à discuter pour ceux qui acceptent ces croyances. Mais ce n’est pas le cas : un pape, anti— pape pour les uns, pape pour les autres, a défendu d’exposer ce suaire sans faire crier par un héraut que ce n’était là qu’une image du vrai suaire; un autre pape a autorisé la vénération de cette relique, mais, somme toute, l’Église ne s’est pas prononcée, et ne pouvait pas se prononcer. Les suppositions que l’on peut faire au sujet du saint suaire sont les suivantes : Si Je linceul est authentique, ou bien l’image du Christ s’y est formée par miracle, ce qui est l’opinion de plusieurs, ou bien elle s’est formée par une opéra tion chimique spontanée et toute naturelle, ce qui est l’avis de M. Paul Vignon. Si le saint suaire de Turin est faux, c’est qu’on l’a peint ou imprimé sur toile, ce qui est l’opinion du
28 L'INITIATION savant abbé Ulysse Chevalier, professeur au grand séminaire de Romans, et celle de M. Fernand de Mély, lauréat de l'Institut, dont les travaux archéo logiques sur divers sujets, notamment sur les reliques de la Passion, ont acquis une grande autorité. Mais si le saint suaire de Turin est faux, il se peut encore que l‘image ait été obtenue sur un cadavre quelconque par un habile trucage. M. de Mély a compté vingt-huit saints suaires de par le monde, dont le plus inconnu est celui de [cha— navank, en Arménie : personne n’a pu encore l’exa— miner ni le photographier. Écartant la théorie du miracle, il nous reste à étu dier trois suppositions : apparition spontanée de l’image par un effet physique, peinture ou impression, et enfin trucage sur un cadavre quelconque donnant les traits qu’on suppose au Christ, avec les blessures qu’il avait reçues. Mais d’abord comment est le saint suaire de Turin? Qui l’a vu P Qui l’a touché et analysé ?Que valent les photographies qu’on en a faites? , M. Paul Vignon n’a pas vu le saint suaire, et il affirme que de le voir ne lui apprendrait rien de plus. Nous serions mal venu à lui reprocher cette igno rance, puisque nous n'avons pas vu plus que lui; mais tandis qu’il a la foi de saint Louis, nous avons plutôt, en pareille occurrence, celle de saint Thomas. Nous demandons une vision plus proche, une étude plus certaine, une analyse plus concluante, car jus que-là on ne pourra faire que des suppositions et des raisonnements sans base certaine.
3LE SAINT SUAIRE DE 'I‘URIN 9 Si le drap est peint, on pourra le constater; si l’image est le produit de la décomposition graduée des aromates, on retrouvera chimiquement l’aloès, car M..Vignon nous explique très bien dans son livre que si les aromates avaient été versés en onctions sur le corps du Christ, le linceul n’aurait reçu aucune image, et que l’image n’a pu se produire que parce que les aromatesavaient été étendus sur le linceul. Il nous faudrait donc un peu plus de lumière, un po’ piu di luèe comme le réclamaient autrefois les Italiens, et c’est précisément ce à quoi se refuse la maison de Savoie, possesseur et gardienne de cette relique. Peut—être changera-t-elle d’avis en présence de tant de controverses. L’abbé Ulysse Chevalier n’avait pas à étudier la nature du saint suaire; il n’examinait que son origine historique. Mais M. de Mélya vu le saint suaire, pendant l’osténsion de I898, et c’est, nous a—t-il dit, un drap jauni, couleur tabac, avec traces de brûlures et de rempiècements, sur lequel on distingue très vaguement une double silhouette humaine, une silhouette un peu plus fon— cée que l’étoffe. Le linceul a 4"',10 de longueur sur I‘“,10 de lar geur, d'après le chanoine Chiuso qui a écrit l’histoire du saint suaire de Turin avec toutes les légendes qui l’entourent, et sans Ïaucune tentative de critique his— torique. > En 1898, le cadre préparé pour l‘ostension était un peu trop court, on a dû replier l’étoffe, ce qui nous ’ prive de la vue des pieds dans la photographie de la face antérieure.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1LE SAINT SUAIRE DE TURIN 7 miatti, pro-Vicaire général de Turin, soutenait l’au thenticité sans apporter aucune preuve. Le procès est donc plaidé sous toutes ses formes. Le dossier est complet, et nous avons sous les yeux les travaux également intéressants des chartistes, des archéologues, des chimistes, des physiologistes et des théologiens. Nous n’avons qu’à lire et à nous faire une opinion, si bon nous semble, ou à attendre jus— qu’à « plus ample informé », car on sait qu’un procès n’est jamais si fini qu’on ne puisse le recommencer. Tout d’abord, nous écarterons la théorie du mi— racle, non pour le nier, mais pour mieux respecter ce qui n’est pas de notre compétence. S’il y a miracle, et qu’on nous le prouve, ou que l’Église l’affirme, il n’y a plus à discuter pour ceux qui acceptent ces croyances. Mais ce n’est pas le cas : un pape, anti— pape pour les uns, pape pour les autres, a défendu d’exposer ce suaire sans faire crier par un héraut que ce n’était là qu’une image du vrai suaire; un autre pape a autorisé la vénération de cette relique, mais, somme toute, l’Église ne s’est pas prononcée, et ne pouvait pas se prononcer. Les suppositions que l’on peut faire au sujet du saint suaire sont les suivantes : Si Je linceul est authentique, ou bien l’image du Christ s’y est formée par miracle, ce qui est l’opinion de plusieurs, ou bien elle s’est formée par une opéra tion chimique spontanée et toute naturelle, ce qui est l’avis de M. Paul Vignon. Si le saint suaire de Turin est faux, c’est qu’on l’a peint ou imprimé sur toile, ce qui est l’opinion du
28 L'INITIATION savant abbé Ulysse Chevalier, professeur au grand séminaire de Romans, et celle de M. Fernand de Mély, lauréat de l'Institut, dont les travaux archéo logiques sur divers sujets, notamment sur les reliques de la Passion, ont acquis une grande autorité. Mais si le saint suaire de Turin est faux, il se peut encore que l‘image ait été obtenue sur un cadavre quelconque par un habile trucage. M. de Mély a compté vingt-huit saints suaires de par le monde, dont le plus inconnu est celui de [cha— navank, en Arménie : personne n’a pu encore l’exa— miner ni le photographier. Écartant la théorie du miracle, il nous reste à étu dier trois suppositions : apparition spontanée de l’image par un effet physique, peinture ou impression, et enfin trucage sur un cadavre quelconque donnant les traits qu’on suppose au Christ, avec les blessures qu’il avait reçues. Mais d’abord comment est le saint suaire de Turin? Qui l’a vu P Qui l’a touché et analysé ?Que valent les photographies qu’on en a faites? , M. Paul Vignon n’a pas vu le saint suaire, et il affirme que de le voir ne lui apprendrait rien de plus. Nous serions mal venu à lui reprocher cette igno rance, puisque nous n'avons pas vu plus que lui; mais tandis qu’il a la foi de saint Louis, nous avons plutôt, en pareille occurrence, celle de saint Thomas. Nous demandons une vision plus proche, une étude plus certaine, une analyse plus concluante, car jus que-là on ne pourra faire que des suppositions et des raisonnements sans base certaine.
3LE SAINT SUAIRE DE 'I‘URIN 9 Si le drap est peint, on pourra le constater; si l’image est le produit de la décomposition graduée des aromates, on retrouvera chimiquement l’aloès, car M..Vignon nous explique très bien dans son livre que si les aromates avaient été versés en onctions sur le corps du Christ, le linceul n’aurait reçu aucune image, et que l’image n’a pu se produire que parce que les aromatesavaient été étendus sur le linceul. Il nous faudrait donc un peu plus de lumière, un po’ piu di luèe comme le réclamaient autrefois les Italiens, et c’est précisément ce à quoi se refuse la maison de Savoie, possesseur et gardienne de cette relique. Peut—être changera-t-elle d’avis en présence de tant de controverses. L’abbé Ulysse Chevalier n’avait pas à étudier la nature du saint suaire; il n’examinait que son origine historique. Mais M. de Mélya vu le saint suaire, pendant l’osténsion de I898, et c’est, nous a—t-il dit, un drap jauni, couleur tabac, avec traces de brûlures et de rempiècements, sur lequel on distingue très vaguement une double silhouette humaine, une silhouette un peu plus fon— cée que l’étoffe. Le linceul a 4"',10 de longueur sur I‘“,10 de lar geur, d'après le chanoine Chiuso qui a écrit l’histoire du saint suaire de Turin avec toutes les légendes qui l’entourent, et sans Ïaucune tentative de critique his— torique. > En 1898, le cadre préparé pour l‘ostension était un peu trop court, on a dû replier l’étoffe, ce qui nous ’ prive de la vue des pieds dans la photographie de la face antérieure.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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