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1Cette partie est ouverte aux écrivains de toute École. sans aucune distinction, et chacun d‘eux conserve la responsabilité exclusive de 395 idées. Le Saint Suaire de Turin : Une récente communication de M. Delage à l’Aca— démie des sciences est venue raviver les discussions au sujet du saint suaire de Turin. Cette communi cation portait, on le sait, sur les travaux d’un jeune savant, M. Paul Vignon, préparateur à la Sorbonne, qui croit pouvoir conclure scientifiquement à l’au— thenticité de ce linceul. M. Vignon affirme au nom de la chimie et de la physiologie que ce linceul est bien celui du Christ, qu’il ne peut être que celui-là, et que l’image s’est reproduite sur l’étoffe par un effet absolument natu rel : l’oxydation de l’aloès déposé comme aromate sur le linceul, oxydation produite par les vapeurs ammo— niacales qui se dégageaient du corps du supplicié. Et cette image, ajoute M. Vignon, n’a pu se conser ver que par le fait d’un court séjour du corps dans le linceul, car un séjour prolongé aurait amené une oxydation générale, une tache brune uniforme, ou la décomposition du linceul avec celle du corps. Sans conclure à la résurrection, M. Vignon, qui n’est pas un croyant, se borne à constater avec les
2LE SAINT SUAIRE DE TURIN 5 v c,.v Évangiles que le corps du Christ n’est pas resté un long temps dans le linceul. Cette communication a causé un mouvement assez considérable de curiosité pieuse ou mondaine. On a exposé, çà et là, des photographies du suaire : on y est allé en foule, et plusieurs qui ne rêvaient pas un Christ de cette sorte, s’en sont allés, comme le cen turion du Calvaire, en déclarant que c'était bien là le Fils de Dieu! Tant il est vrai que nos yeux nous font voir souvent ce que nous désirons avoir vu. M. Paul Vignon ne s’en est pas tenu là: il vient de publier un très beau volume que nous avons voulu lire, le Linceul du Christ, et c’est de quoi le féliciter, car nous y avons trouvé beaucoup d’érudition, de savoir et de bonne foi. ' Est-ce une raison suffisante pour admettre sa thèse P Ne peut-on pas se tromper de bonne foi, avec beau ' coup de savoir et d’érudition? N‘y a-t—il pas toujours, , F 77-—-’ .Ï .—.. ....v —77 \a côté des preuves apportées, d’autres preuves qui manquent, d’autres expériences qu’on n'a pas faites et qui pourraient être contraires P D’autres renseigne ments aussi? ' Nous ne voulons pas discuter science avec M. Vi gnon: nous serions battus d’avance. Nous voulons simplement résumer les débats, soulever des objec tions de bon sens et laisser à chacun ‘le soin de conclure à sa guise. Plus encore que les incrédules, les catholiques doivent, à notre avis, se montrer difficiles dans leur foi aux reliques, car un culte irraisonné ferait plus de tort à la religion chrétienne que toutes les néga
36 L’INITlATION tions. C’est ainsi que, pendant la Révolution, on envoya de Besançon à la Convention le saint suaire vénéré jusque—là dans cette ville, et qui, nous le sa vons, était une vulgaire copie de celui de Lirey qui est maintenant à Turin. Ce fut à la Convention l’objet d’une risée générale, et le prétendu suaire fut brûlé avec le bois qui servait à guider le pinceau, quand on voulait raviver les couleurs du linceul. Ce qui nous étonne le plus, c’est de voir mainte— nant les partisans du miracle, ceux qui croient à l'authenticité du saint suaire de Turin et à l‘impres— sion miraculeuse du corps du Christ sur son linceul, se réjouir de la thèse de M. Vignon, parce qu’elle est censée détruire la thèse de ceux qui démontraient historiquement son origine très douteuse. Mais la thèse de M. Vignon tend à détruire aussi la foi au miracle, et c’est une singulière joie que d’être blessé par un tiers, à condition que l’adversaire le soit aussi. S’imagine-t—on un duel où les combat tants, ne pouvant se toucher, s’en iraient enchantés de ce qu’un témoin a bien voulu se charger de les blesser tous les deux! Depuis l’ostension solennelle du saint suaire de Turin, en 1898, ostension qui n’avait pas été renou velée depuis 1868, une foule de brochures ont paru, à l'occasion de la photographie obtenue par le cheva— lier Secondo Pia; les unes affirmant, les autres contestant l’authenticité de ce linceul. M. Loth affir mait ; l’abbé Lalore, l’abbé Ulysse Chevalier, approuvé par M. Léopold Delisle et les Bollandistes, et M. Fer nanti de Mély contestaient, tandis que Mgr Colo
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1Cette partie est ouverte aux écrivains de toute École. sans aucune distinction, et chacun d‘eux conserve la responsabilité exclusive de 395 idées. Le Saint Suaire de Turin : Une récente communication de M. Delage à l’Aca— démie des sciences est venue raviver les discussions au sujet du saint suaire de Turin. Cette communi cation portait, on le sait, sur les travaux d’un jeune savant, M. Paul Vignon, préparateur à la Sorbonne, qui croit pouvoir conclure scientifiquement à l’au— thenticité de ce linceul. M. Vignon affirme au nom de la chimie et de la physiologie que ce linceul est bien celui du Christ, qu’il ne peut être que celui-là, et que l’image s’est reproduite sur l’étoffe par un effet absolument natu rel : l’oxydation de l’aloès déposé comme aromate sur le linceul, oxydation produite par les vapeurs ammo— niacales qui se dégageaient du corps du supplicié. Et cette image, ajoute M. Vignon, n’a pu se conser ver que par le fait d’un court séjour du corps dans le linceul, car un séjour prolongé aurait amené une oxydation générale, une tache brune uniforme, ou la décomposition du linceul avec celle du corps. Sans conclure à la résurrection, M. Vignon, qui n’est pas un croyant, se borne à constater avec les
2LE SAINT SUAIRE DE TURIN 5 v c,.v Évangiles que le corps du Christ n’est pas resté un long temps dans le linceul. Cette communication a causé un mouvement assez considérable de curiosité pieuse ou mondaine. On a exposé, çà et là, des photographies du suaire : on y est allé en foule, et plusieurs qui ne rêvaient pas un Christ de cette sorte, s’en sont allés, comme le cen turion du Calvaire, en déclarant que c'était bien là le Fils de Dieu! Tant il est vrai que nos yeux nous font voir souvent ce que nous désirons avoir vu. M. Paul Vignon ne s’en est pas tenu là: il vient de publier un très beau volume que nous avons voulu lire, le Linceul du Christ, et c’est de quoi le féliciter, car nous y avons trouvé beaucoup d’érudition, de savoir et de bonne foi. ' Est-ce une raison suffisante pour admettre sa thèse P Ne peut-on pas se tromper de bonne foi, avec beau ' coup de savoir et d’érudition? N‘y a-t—il pas toujours, , F 77-—-’ .Ï .—.. ....v —77 \a côté des preuves apportées, d’autres preuves qui manquent, d’autres expériences qu’on n'a pas faites et qui pourraient être contraires P D’autres renseigne ments aussi? ' Nous ne voulons pas discuter science avec M. Vi gnon: nous serions battus d’avance. Nous voulons simplement résumer les débats, soulever des objec tions de bon sens et laisser à chacun ‘le soin de conclure à sa guise. Plus encore que les incrédules, les catholiques doivent, à notre avis, se montrer difficiles dans leur foi aux reliques, car un culte irraisonné ferait plus de tort à la religion chrétienne que toutes les néga
36 L’INITlATION tions. C’est ainsi que, pendant la Révolution, on envoya de Besançon à la Convention le saint suaire vénéré jusque—là dans cette ville, et qui, nous le sa vons, était une vulgaire copie de celui de Lirey qui est maintenant à Turin. Ce fut à la Convention l’objet d’une risée générale, et le prétendu suaire fut brûlé avec le bois qui servait à guider le pinceau, quand on voulait raviver les couleurs du linceul. Ce qui nous étonne le plus, c’est de voir mainte— nant les partisans du miracle, ceux qui croient à l'authenticité du saint suaire de Turin et à l‘impres— sion miraculeuse du corps du Christ sur son linceul, se réjouir de la thèse de M. Vignon, parce qu’elle est censée détruire la thèse de ceux qui démontraient historiquement son origine très douteuse. Mais la thèse de M. Vignon tend à détruire aussi la foi au miracle, et c’est une singulière joie que d’être blessé par un tiers, à condition que l’adversaire le soit aussi. S’imagine-t—on un duel où les combat tants, ne pouvant se toucher, s’en iraient enchantés de ce qu’un témoin a bien voulu se charger de les blesser tous les deux! Depuis l’ostension solennelle du saint suaire de Turin, en 1898, ostension qui n’avait pas été renou velée depuis 1868, une foule de brochures ont paru, à l'occasion de la photographie obtenue par le cheva— lier Secondo Pia; les unes affirmant, les autres contestant l’authenticité de ce linceul. M. Loth affir mait ; l’abbé Lalore, l’abbé Ulysse Chevalier, approuvé par M. Léopold Delisle et les Bollandistes, et M. Fer nanti de Mély contestaient, tandis que Mgr Colo
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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