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1PARTIE LITTÉRAIRE UN DRAME MYSTIQUE Nos lecteurs nous sauront gré de leur donner ici la primeur d’une scène extraite du drame mystique en trois actes, que vient d’achever notre collaborateur et ami Raoul Sainte-Marie. L’idée de l’œuvre, entière ment nouvelle au théâtre. est celle—ci: un amant accepte la douleur de voir s’éloigner de lui celle qu’il aime pour que celle-ci soit sauvée. Le dialogue ci dessous, entre le jeune homme à l’âme ardente de charité et le maître intercesseur, suit et précède des scènes d’un grand intérêt dramatique et d’un pathé tisme surhumain. La jeune fille va mourir; le jeune homme se déses père... ACTE Il SCÈNEIH RETHEL, L’HOMME Un homme est entré, vêtu de couleur gris terne, indécise. Son costume est celui du peuple. Sa figure presque com—
2UN DRAME MYSTIQUE H mana. Mais parfois ses yeace brillent d’une lueur intense et ses lèvres s‘entr'ouvrent en un sourire prodigieuœ; tel un Dieu soufl"rirait pour les souffrances des hommes. RETHEL, accablé. Trop tard. Désespérance. L'HOMME. Dieu est bon, mon fils! Espérez au contraire en lui. Relhel est secoué de cette parole. Un frisson court par ses membres comme si ces verbes simples portaient en eua: un réel sou/fie de vie. Il regarde celuiqui uîentde parler et semble chercher, dans le rayonnement de bonté qui tout d’un coup l’environne, la remembrance de quelqu'un bien connu et pourtant très loin et très oublié. Et,brusqucmenl, il fait deua: pas en avant. - RETHEL. Oh 1 vous la sauverez ! Dites-le—moi. L’HOMME. Pourquoi vous opposer aux desseins du maître? Voulez-vous priver une âme des souffrances qu’elle a méritées, auxquelles ellea droit? La justice divine ignore les volontés injustes des hommes. Inclinez vous. RETHEL. Mais non. C’est impassible. Sauvez-la. Si vous voyiez comme elle souffre. Vous êtes bon. Je le sens. Mais vite. Je vous supplie. Ils ont dit que dans deux heures... Ah!si vous saviez combien je l’aime. Regar dez, je suis écrasé, anéanti. Mon orgueil a disparu.
312 L'INITIATION Dites : cette âme qui seule répondit aux cris de la mienne, vous ne me laisserez pas la perdre. Je vous implore. Elle souffre, elle s’en va. Laissez-vous fléchir. Regardez,je me traîne. Je suis à deux genoux. Pitié ! Pitié! L’homme regarde fixement Rethel qui sanglots. Son sourire s’est détendu peu à peu; une grande majesté l‘en veloppe. lŒTHEL, a genoux. Si vous saviez comme elle souffre. Mais, voyez, je suis un homme. Je suis fort. La douleur se brisera sur moi. Prenez-moi à sa place. Elle est si jeune et si frêle. Je puis la remplacer dans la torture. Je sup porterai tout, la mort la plus abominable, mais épar gnez-la. Sauvez-la. L’HOMME a levé les yeux vers le ciel, une larme coule le long de ses joues. Mon Dieu ! que votre règne soit manifesté; accom plissez votre parole; acceptez l’of’f‘rande de ceux qui veulent souffrir. (A Rethel.) Lève-toi, pauvre, pauvre enfant. Écoute.Je ne puis rien. Dieu seul est le maître. Mais Dieu est bon. Il peut t’accorder ce que tu lui demandes. Vois. Si ton âme se sent ferme contre tout ce qui peut la frapper, contre d’ef’f‘royables souffrances qu’à peine tu soupçonnes, celle pour qui tu as ému le Sei gneur peut guérir. RETHEL. Vous avez dit guérir. J’accepte tout. Mais com ment ? Quel homme aura cette puissance ?
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1PARTIE LITTÉRAIRE UN DRAME MYSTIQUE Nos lecteurs nous sauront gré de leur donner ici la primeur d’une scène extraite du drame mystique en trois actes, que vient d’achever notre collaborateur et ami Raoul Sainte-Marie. L’idée de l’œuvre, entière ment nouvelle au théâtre. est celle—ci: un amant accepte la douleur de voir s’éloigner de lui celle qu’il aime pour que celle-ci soit sauvée. Le dialogue ci dessous, entre le jeune homme à l’âme ardente de charité et le maître intercesseur, suit et précède des scènes d’un grand intérêt dramatique et d’un pathé tisme surhumain. La jeune fille va mourir; le jeune homme se déses père... ACTE Il SCÈNEIH RETHEL, L’HOMME Un homme est entré, vêtu de couleur gris terne, indécise. Son costume est celui du peuple. Sa figure presque com—
2UN DRAME MYSTIQUE H mana. Mais parfois ses yeace brillent d’une lueur intense et ses lèvres s‘entr'ouvrent en un sourire prodigieuœ; tel un Dieu soufl"rirait pour les souffrances des hommes. RETHEL, accablé. Trop tard. Désespérance. L'HOMME. Dieu est bon, mon fils! Espérez au contraire en lui. Relhel est secoué de cette parole. Un frisson court par ses membres comme si ces verbes simples portaient en eua: un réel sou/fie de vie. Il regarde celuiqui uîentde parler et semble chercher, dans le rayonnement de bonté qui tout d’un coup l’environne, la remembrance de quelqu'un bien connu et pourtant très loin et très oublié. Et,brusqucmenl, il fait deua: pas en avant. - RETHEL. Oh 1 vous la sauverez ! Dites-le—moi. L’HOMME. Pourquoi vous opposer aux desseins du maître? Voulez-vous priver une âme des souffrances qu’elle a méritées, auxquelles ellea droit? La justice divine ignore les volontés injustes des hommes. Inclinez vous. RETHEL. Mais non. C’est impassible. Sauvez-la. Si vous voyiez comme elle souffre. Vous êtes bon. Je le sens. Mais vite. Je vous supplie. Ils ont dit que dans deux heures... Ah!si vous saviez combien je l’aime. Regar dez, je suis écrasé, anéanti. Mon orgueil a disparu.
312 L'INITIATION Dites : cette âme qui seule répondit aux cris de la mienne, vous ne me laisserez pas la perdre. Je vous implore. Elle souffre, elle s’en va. Laissez-vous fléchir. Regardez,je me traîne. Je suis à deux genoux. Pitié ! Pitié! L’homme regarde fixement Rethel qui sanglots. Son sourire s’est détendu peu à peu; une grande majesté l‘en veloppe. lŒTHEL, a genoux. Si vous saviez comme elle souffre. Mais, voyez, je suis un homme. Je suis fort. La douleur se brisera sur moi. Prenez-moi à sa place. Elle est si jeune et si frêle. Je puis la remplacer dans la torture. Je sup porterai tout, la mort la plus abominable, mais épar gnez-la. Sauvez-la. L’HOMME a levé les yeux vers le ciel, une larme coule le long de ses joues. Mon Dieu ! que votre règne soit manifesté; accom plissez votre parole; acceptez l’of’f‘rande de ceux qui veulent souffrir. (A Rethel.) Lève-toi, pauvre, pauvre enfant. Écoute.Je ne puis rien. Dieu seul est le maître. Mais Dieu est bon. Il peut t’accorder ce que tu lui demandes. Vois. Si ton âme se sent ferme contre tout ce qui peut la frapper, contre d’ef’f‘royables souffrances qu’à peine tu soupçonnes, celle pour qui tu as ému le Sei gneur peut guérir. RETHEL. Vous avez dit guérir. J’accepte tout. Mais com ment ? Quel homme aura cette puissance ?
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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