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1L’IDOLATRIE 107 “I"“T—fi" il mettait de la cire dans les oreilles pourles préserver contre le chant des sirènes. On comprend l’allusion ; Ulysse est Jésus en croix, les compagnons représen— tent les chrétiens dont Jésus a fermé les oreilles aux séductions du monde, représentées par les sirènes (1). Mais le génie latin et, surtout, le génie grec n’étaient pas capables de se contenter de si peu; les statues ne tardèrent pas à se multiplier, on allait même jusqu’à prendre des statues de dieux et de déesses, et à les transporter dans les églises comme statues de saints. Après les invasions successives de barbares et les révolutions si fréquentes de ces époques troublées, on était tout heureux de trouver des statues toutes faites, les vrais artistes étaient devenus rares. Un grand nombre de chrétiens se scandalisèrent, et la grande querelle des Images prit naissance, des conciles intervinrent successivement pour et contre; des violences furent exercées, Charlemagne fit écrire ses Libri Carolmi, dont une grande partie était con— sacrée à combattre les images. Enfin en 842 un concile de Constantinople rétablit les décrets du. deuxième concile de N icée (787), qui déclaraient qu’on doit animages la salutation d’honneur (ripnwn’j, nponüwjmç), en la distinguant de l’adoration vraie (anflnnj Âot‘:pcüx qui ne convient qu’à Dieu ( 2). On n’avait jamais prétendu autre chose,et aujourd’hui il ne vien drait à l’idée de personne qu’il pût en être autrement. (1) Idem. . \ I (2‘) Voir : Encyclopédie des sciences religteuses,pubhée sous la direction de Lichtenberger. * --—- 4—- —————“
2r08 L'INITIATION La querelle fut ainsi assoupie, mais elle couvait toujours sous les cendres. La Réforme la raviva, les Réformés étaient résolùment iconoclastes. Le concile de Trente s’en mêle et décida (session XXV, De In vocatz‘one sanctorum) que les images du Christ, de sa Mère et des saints devaient être maintenues dans les églises pour y recevoir l’honneur qui leur est dû,non pas comme si l’on devaitleur attribuerune force divineou en obtenir des faveurs, comme les païens se l’imagi naient (ils ne s’imaginaient pas ça du tout),mais pour _ appliquer cet honneur à ceux qu’elles représentent (1). Les Réiormés n’acceptêrent pas cette manière de voir et, aujourd’hui encore, les protestants sont hostiles à toute représentation des puissances célestes et ils accusent volontiers les catholiques d’idolâtrie. Il est donc bien entendu quel’ldolârrie n’est pas un fétichisme, une adoration d’images, mais bien l’ado ration de ce que les premiers chrétiens appelaient les faux dieux, et ils ont toujours donné à ce mot cette signification. Les anciens adoraient leurs divinités représentées par des images, comme les chrétiens adorent Dieu et honorent les saints, représentés par des images absolument symboliques, n’ayant même aucune prétention à être des portraits. Les premiers chrétiens étaient entourés de Nations Gentes, qui étaient idolâtres; le mot Gentils, traduc— tion de Gentes, est devenu synonyme d’Idolâtres. Après le triomphe, l’idolâtrie pourchassée et persé cutée se réfugia dans les petites villes, les bourgs, Pagi, ’ (t) Voir : Encyclopédie des sciences religieuses.
3L’IDOLATRIE à 109 dont les habitants, pagani, les villageois, toujours plus arriérés que les habitants des villes, conservèrent encore longtemps, tantôt ouvertement, tantôt clan destinement, les anciens cultes. Le mot Paganus, Païen, devint alors synonyme d’Idolâtre. DEUXIÈME PARTIE ÉVOLUTION DE L’IDOLATRIE Dans toute l’antiquité,les masses ont ignoré com— plètement le monothéisme, quelques initiés savaient ‘ qu’il n'y avait qu’un seul Dieu; ceux qu’on appelait îapeïç, ,sacerdotes, que nous traduisons par prêtres, savaient à quoi s’en tenir sur la multitude de dieux adorés par le peuple; mais le moment n’était pas encore venu de révéler la vérité,une pareille tentative aurait été dangereuse, Socrate s’en est aperçu. Un seul peuple paraît faire exception : les Hébreux. Moïse entreprit de fonder une nation monothéiste, il se mit à la tête des Israélites et les conduisit hors d’Égypte de la façon que vous connaissez. Il n’a rien négligé, ni les promesses,ni les menaces, il n’a cepen dant pas réussi. Jamais les Hébreux n’ont été mono théistes,tout ce qu’il a été posssible d’obtenir d’eux a été de leur faire pratiquer la Monolâtrz’e, c’est—à-dire que cette peuplade admettait l’existence de tous les ___.—___
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1L’IDOLATRIE 107 “I"“T—fi" il mettait de la cire dans les oreilles pourles préserver contre le chant des sirènes. On comprend l’allusion ; Ulysse est Jésus en croix, les compagnons représen— tent les chrétiens dont Jésus a fermé les oreilles aux séductions du monde, représentées par les sirènes (1). Mais le génie latin et, surtout, le génie grec n’étaient pas capables de se contenter de si peu; les statues ne tardèrent pas à se multiplier, on allait même jusqu’à prendre des statues de dieux et de déesses, et à les transporter dans les églises comme statues de saints. Après les invasions successives de barbares et les révolutions si fréquentes de ces époques troublées, on était tout heureux de trouver des statues toutes faites, les vrais artistes étaient devenus rares. Un grand nombre de chrétiens se scandalisèrent, et la grande querelle des Images prit naissance, des conciles intervinrent successivement pour et contre; des violences furent exercées, Charlemagne fit écrire ses Libri Carolmi, dont une grande partie était con— sacrée à combattre les images. Enfin en 842 un concile de Constantinople rétablit les décrets du. deuxième concile de N icée (787), qui déclaraient qu’on doit animages la salutation d’honneur (ripnwn’j, nponüwjmç), en la distinguant de l’adoration vraie (anflnnj Âot‘:pcüx qui ne convient qu’à Dieu ( 2). On n’avait jamais prétendu autre chose,et aujourd’hui il ne vien drait à l’idée de personne qu’il pût en être autrement. (1) Idem. . \ I (2‘) Voir : Encyclopédie des sciences religteuses,pubhée sous la direction de Lichtenberger. * --—- 4—- —————“
2r08 L'INITIATION La querelle fut ainsi assoupie, mais elle couvait toujours sous les cendres. La Réforme la raviva, les Réformés étaient résolùment iconoclastes. Le concile de Trente s’en mêle et décida (session XXV, De In vocatz‘one sanctorum) que les images du Christ, de sa Mère et des saints devaient être maintenues dans les églises pour y recevoir l’honneur qui leur est dû,non pas comme si l’on devaitleur attribuerune force divineou en obtenir des faveurs, comme les païens se l’imagi naient (ils ne s’imaginaient pas ça du tout),mais pour _ appliquer cet honneur à ceux qu’elles représentent (1). Les Réiormés n’acceptêrent pas cette manière de voir et, aujourd’hui encore, les protestants sont hostiles à toute représentation des puissances célestes et ils accusent volontiers les catholiques d’idolâtrie. Il est donc bien entendu quel’ldolârrie n’est pas un fétichisme, une adoration d’images, mais bien l’ado ration de ce que les premiers chrétiens appelaient les faux dieux, et ils ont toujours donné à ce mot cette signification. Les anciens adoraient leurs divinités représentées par des images, comme les chrétiens adorent Dieu et honorent les saints, représentés par des images absolument symboliques, n’ayant même aucune prétention à être des portraits. Les premiers chrétiens étaient entourés de Nations Gentes, qui étaient idolâtres; le mot Gentils, traduc— tion de Gentes, est devenu synonyme d’Idolâtres. Après le triomphe, l’idolâtrie pourchassée et persé cutée se réfugia dans les petites villes, les bourgs, Pagi, ’ (t) Voir : Encyclopédie des sciences religieuses.
3L’IDOLATRIE à 109 dont les habitants, pagani, les villageois, toujours plus arriérés que les habitants des villes, conservèrent encore longtemps, tantôt ouvertement, tantôt clan destinement, les anciens cultes. Le mot Paganus, Païen, devint alors synonyme d’Idolâtre. DEUXIÈME PARTIE ÉVOLUTION DE L’IDOLATRIE Dans toute l’antiquité,les masses ont ignoré com— plètement le monothéisme, quelques initiés savaient ‘ qu’il n'y avait qu’un seul Dieu; ceux qu’on appelait îapeïç, ,sacerdotes, que nous traduisons par prêtres, savaient à quoi s’en tenir sur la multitude de dieux adorés par le peuple; mais le moment n’était pas encore venu de révéler la vérité,une pareille tentative aurait été dangereuse, Socrate s’en est aperçu. Un seul peuple paraît faire exception : les Hébreux. Moïse entreprit de fonder une nation monothéiste, il se mit à la tête des Israélites et les conduisit hors d’Égypte de la façon que vous connaissez. Il n’a rien négligé, ni les promesses,ni les menaces, il n’a cepen dant pas réussi. Jamais les Hébreux n’ont été mono théistes,tout ce qu’il a été posssible d’obtenir d’eux a été de leur faire pratiquer la Monolâtrz’e, c’est—à-dire que cette peuplade admettait l’existence de tous les ___.—___
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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