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One moment.
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14. L’INITIATION positive et poésie rêveuse, en une Unité suprême. Elle t’échappe cependant encore cette Unité; tout attristé de tes vains efforts à sa poursuite, le doute te saisit : Voguant vers l’Ide‘al où nul ne peut atteindre. Il n’est pas loin pourtant l’Idéal : tu le pressens, il te saisit déjà quand la cloche du Village ou la procesu sion dans les champs t'arrache ce pleur: Dans tout cela, je sens s‘abîmer ma pensée Tout attendrie à contre cœur. Et frissonnant plus fort de mon trouble mystique Je me demande avec émoi D'où sort l’involontaire et superbe cantique / Qui vibre et chante au fond de moi. (Rosa Mystica, hymme intime). Ces souffrances, tu les exhales en deux volumes de poésie qu’édite Lemerre : Muse noire et Rose mys tique qui font de toi « l’un des jeunes gens les plus réputés dans les cénacles parisiens ».v Puis un jour, tout à coup, la Lumière est dévoilée, éclatante, pure, complète, à tes appels mélancoliques. Dès ce moment, m’écris-tu, « je me suis aperçu qu’il existait un Soleil de vérité intégrale ; les spéculations métaphysiques m’ont absorbé à tel point que je n’ai plus écrit un vers ». Renonçant à la gloire plus facile qui t’attendait, hardi et franc comme toujours, tu vas « livrer à la risée bruyante du plus grand nombre » tes révélations étonnantes des Sciences maudites. Tu n'as alors que 22 ans ; la Providence qui devait te délivrer si tôt des angoissesterrestres se hâtait de
2STANISLAS DE GUAITA 5 t’armer pour la mission qu’elle te réservait. En deux ou trois ans à peine tous les maîtres te sont devenus familiers et ta doctrine est fixée complètement, nette, forte, grandiose. Assuré contre les évolutions ou les éclats que tes amis de la première heure ne pourront éviter, tu n’a plus maintenant qu’à entreprendre ton apostolat. Ton plan, ta méthode sont arrêtés dès le début comme ta doctrine; je vais les rappeler en y ajoutant quelques extraits de pages inédites que tu m’as écrites ; trésor plus que jamais précieux. Mais ce que je ne saurais dire à ceux qui ne t’ont pas approché, c’est cette délicatesse, cette réserve, ce tact avec lequel, toi qui savais si bien, tu excellais à ménager la pen sée, l’erreur même de ceux que tu avais à corriger. C’est que, plan, méthode ou doctrine, tout se rappor tait à cet admirable équilibre, caractéristique de ta belle âme. Également éloigné des extrêmes, tu ne les repousses pas, tu ne les fuis point ; tu les harmonises en une unité toute vibrante de vie et de chaleur. Inébranlable dans ta foi, nul n’a plus d’indulgence que toi pour l’erreur, fût-elle poussée jusqu’au mal et si fort qu’il t’attaque. Seule, l’injustice aux fausses balances te trouve implacable; mais c’est elle que tu combattais, non la personnalité où tu la trouvais incarnée. Il faut que cet hommage te soit particulièrement rendu par ceux qui t’ont pu voir aux heures les plus doulou reuses, puisque, maintenant encore, la sottise, sinon l’envie, veulent attribuer aux basses œuvres de je ne sais quelle vengeance cette fin prématurée que nous
36 L'INITIATION espérions prévenir en te reprochant leslongues veilles où tu t’épuisais l i 1; a; L’harmonie des contraires: vvoilà la: formule la plus propre à caractériser ton œuvre; comme elle dépeint ton âme forte autant que délicate, tonesprit qui se voulait impeccable en la forme comme dans le fond ! Elle éclate partout, cette harmonie, en ta méthode, en ton but, en ton plan,en‘ ta philosophie même. Ta méthode est à la fois analytique et intuitive, avec l’analogie pour fil conducteur ;/ « hypothétique, « mais rationnelle, doublement fondée sur l’observa « tion positive et surl’induction parl’a‘nalogie. » (i ‘ —— « Que nos termes mystiques ne t’efl‘arouchentpas, dis « tu au néophyte; nous sommes les mathématiciens « de l’ontologie, les algébristes de la métaphy— « sique » (2). Ton but est‘fixé dès l’origine; Ni pontife, ni nova teur; tu seras l’apôtre fidèle des vérités que tu as reçues, le précurseur de celles dont tu sais la révéla— tion prochaine: Rien de plus, rien de moins ! « [l'est loisible, dis-tu, à l’observateur attentif de « perçevoir, à. côté des symptômes de décomposition « et de mort, d’autres indices non moins certains de « restauration et de renaissance... et le monde nou (1) Avant-propos du Seuil du mystère. (2) Discours d'initiation martiniste (Initiation de juillet 1889).
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
14. L’INITIATION positive et poésie rêveuse, en une Unité suprême. Elle t’échappe cependant encore cette Unité; tout attristé de tes vains efforts à sa poursuite, le doute te saisit : Voguant vers l’Ide‘al où nul ne peut atteindre. Il n’est pas loin pourtant l’Idéal : tu le pressens, il te saisit déjà quand la cloche du Village ou la procesu sion dans les champs t'arrache ce pleur: Dans tout cela, je sens s‘abîmer ma pensée Tout attendrie à contre cœur. Et frissonnant plus fort de mon trouble mystique Je me demande avec émoi D'où sort l’involontaire et superbe cantique / Qui vibre et chante au fond de moi. (Rosa Mystica, hymme intime). Ces souffrances, tu les exhales en deux volumes de poésie qu’édite Lemerre : Muse noire et Rose mys tique qui font de toi « l’un des jeunes gens les plus réputés dans les cénacles parisiens ».v Puis un jour, tout à coup, la Lumière est dévoilée, éclatante, pure, complète, à tes appels mélancoliques. Dès ce moment, m’écris-tu, « je me suis aperçu qu’il existait un Soleil de vérité intégrale ; les spéculations métaphysiques m’ont absorbé à tel point que je n’ai plus écrit un vers ». Renonçant à la gloire plus facile qui t’attendait, hardi et franc comme toujours, tu vas « livrer à la risée bruyante du plus grand nombre » tes révélations étonnantes des Sciences maudites. Tu n'as alors que 22 ans ; la Providence qui devait te délivrer si tôt des angoissesterrestres se hâtait de
2STANISLAS DE GUAITA 5 t’armer pour la mission qu’elle te réservait. En deux ou trois ans à peine tous les maîtres te sont devenus familiers et ta doctrine est fixée complètement, nette, forte, grandiose. Assuré contre les évolutions ou les éclats que tes amis de la première heure ne pourront éviter, tu n’a plus maintenant qu’à entreprendre ton apostolat. Ton plan, ta méthode sont arrêtés dès le début comme ta doctrine; je vais les rappeler en y ajoutant quelques extraits de pages inédites que tu m’as écrites ; trésor plus que jamais précieux. Mais ce que je ne saurais dire à ceux qui ne t’ont pas approché, c’est cette délicatesse, cette réserve, ce tact avec lequel, toi qui savais si bien, tu excellais à ménager la pen sée, l’erreur même de ceux que tu avais à corriger. C’est que, plan, méthode ou doctrine, tout se rappor tait à cet admirable équilibre, caractéristique de ta belle âme. Également éloigné des extrêmes, tu ne les repousses pas, tu ne les fuis point ; tu les harmonises en une unité toute vibrante de vie et de chaleur. Inébranlable dans ta foi, nul n’a plus d’indulgence que toi pour l’erreur, fût-elle poussée jusqu’au mal et si fort qu’il t’attaque. Seule, l’injustice aux fausses balances te trouve implacable; mais c’est elle que tu combattais, non la personnalité où tu la trouvais incarnée. Il faut que cet hommage te soit particulièrement rendu par ceux qui t’ont pu voir aux heures les plus doulou reuses, puisque, maintenant encore, la sottise, sinon l’envie, veulent attribuer aux basses œuvres de je ne sais quelle vengeance cette fin prématurée que nous
36 L'INITIATION espérions prévenir en te reprochant leslongues veilles où tu t’épuisais l i 1; a; L’harmonie des contraires: vvoilà la: formule la plus propre à caractériser ton œuvre; comme elle dépeint ton âme forte autant que délicate, tonesprit qui se voulait impeccable en la forme comme dans le fond ! Elle éclate partout, cette harmonie, en ta méthode, en ton but, en ton plan,en‘ ta philosophie même. Ta méthode est à la fois analytique et intuitive, avec l’analogie pour fil conducteur ;/ « hypothétique, « mais rationnelle, doublement fondée sur l’observa « tion positive et surl’induction parl’a‘nalogie. » (i ‘ —— « Que nos termes mystiques ne t’efl‘arouchentpas, dis « tu au néophyte; nous sommes les mathématiciens « de l’ontologie, les algébristes de la métaphy— « sique » (2). Ton but est‘fixé dès l’origine; Ni pontife, ni nova teur; tu seras l’apôtre fidèle des vérités que tu as reçues, le précurseur de celles dont tu sais la révéla— tion prochaine: Rien de plus, rien de moins ! « [l'est loisible, dis-tu, à l’observateur attentif de « perçevoir, à. côté des symptômes de décomposition « et de mort, d’autres indices non moins certains de « restauration et de renaissance... et le monde nou (1) Avant-propos du Seuil du mystère. (2) Discours d'initiation martiniste (Initiation de juillet 1889).
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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