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1IO4. L’INITIATION du phénomène de Valence-en-Brie, aussi ne m’éten— drai-je pas sur toutes les diaboliques manifestations qui révolutionnent le petit village de Seine—et-Marne. — Les carreaux cassés, les carafes brisées, les meubles retournés, la glace perforée par derrière sans que le bois soit touché, les voix entendues dans tous les coins de la maison, tout cela n’est plus un secret pour personne; j’aurai, du reste, à donner plus loin quelques détails sur ces faits extra ordinaires. Un point m’avait frappé dans ces comptes rendus plus ou moins fantaisistes, c’était le rôle bizarre qu‘on faisait jouer au médecin de la famille, le doc teur Paté, qui, disait-on, ne pouvait jamais écrire ses ordonnances sans s’entendre invectiver dans un lan— gage des plus poissards. J’écrivis à mon confrère pour l’informer de ces ra— contars, pensant qu’il n’était pas au courant de tout ce qu’on lui faisait faire on dire. J’eus la chance de recevoir sa visite le lendemain, et voici ce qu’il m’apprit. Tout est vrai, me dit-il, sauf ce qui me concerne, car, si j’ai constaté les phénomènes, je n’ai pas eu à me plaindre de « l’esprit » pendant que j'écrivais mes ordonnances, puisque je n’en ai jamais écrit chez cette malade, qui refuse de prendre tout médicament. Quant à l’explication de ces faits, je ne puis pas vous la donner, d’abord parce que je craindrais d’être à côté de la vérité, et, en second lieu, parce que ma qualité de médecin de la maison m’interdit toute divulgation; mais, si vous voulez venir à Valence, je
2LA MAISON HANTÉE DE VALENCE-EN-BRIE 105 vous préviendrai par dépêche dès que le « revenant » aura parlé, car, depuis la visite de Papus et de l’abbé Schnebelin, il n’a plus rien dit. Le résultat de cette intervention des mages nous fit sourire tous deux, mais je remerciai mon confrère de son aimable invitation, que j’acceptai avec empres— sement. ' C’est, à notre avis, de cette chambre que part la suggestion générale, car suggestion il y a : la malade semble avoir sur son entourage une autorité peu com mune, et dans ce milieu extranerveux, — le fils est hémiplégique, la mère, disent les journaux, est atteinte depuis deux ans d’une affection cérébrale incu rable, la bonne hystérique, —-— le père, ce pauvre M. Lebègue, commence à perdre la tête : « Amenez moi qui vous voudrez, nous dit—il, même des sor ciers, pour me débarrasser de ce cauchemar. » I au Explication : Un sujet hypnotisant, inconscient, la mère, suga gestionnant des sujets inconscients également et agissant chacun différemment, parlant tour à tour, -— on a entendu trois timbres de voix différents, — dé.— molissant tout, lorsqu’ils ne se sentent surveillés par personne, car aucun témoin n’a assisté au boulever sement des meubles ni au bris des glaces, et perdant ensuite jusqu’au moindre souvenir des actes qu’ils ont accomplis : tout cela est bien net, mais il reste la voix, cette fameuse voix que vingt personnes ont entendue
3106 L'INITIATION 1mWfiflWhŒbm-w-n .- . ...... .. _- , sans jamais voir celui qui Particule, cette voix qui beugle, menace, tempête, injurie, se moque, blas phème, crie vengeance; cette voix qu‘on entend sortir de partout, d’un mur, d’une table, du parquet ; cette voix qui assourdit, persécute, et qu’aucune bouche ne semble proférer. Eh bien, cette voix, elle a, ai-je dit, trois timbres différents, peut-être quatre; elle est rauque, comme celle du jeune homme, elle est beuglante sourdement, comme celle de la mère, qui, d’après mon enquête, poussait, il y a quelques mois, des cris semblables, sans pouvoir s’en empêcher; elle est criarde comme celle de la bonne ou de la fillette; elle est grossière, nous objectera-t-on, comme celle d’un charretier, et il n’y a personne de mal élevé dans la maison. C’est vrai, mais ne sait—on pas avec quelle satisfaction les sujets suggestionnés, même les plus distingués d’ordi— naire, emploient le répertoire scatologique, et répètent avec une fidélité surprenante des mots orduriers qu’ils n’ont peut—être ouï qu’une seule fois, dans la rue ? Reste le phénomène de la voix à distance. Y a-t-il, pour lui, une explication possible? Tout le monde connaît l’hyperexcitabilité sensorielle des hystériques, personne n'ignore qu‘ils entendent, à des centaines de mètres, des sonsque nous percevonsà peineà quelques pas, qu’ils lisent les paupières closes, etc. Pourquoi la voix ferait—elle exception à cette règle, pourquoi ne s’extérioriserait-elle pas pathologiquement et non pas surnaturellcment comme le disent les spirites, qui ad mettent qu’un homme peut se faire entendre de Mar
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1IO4. L’INITIATION du phénomène de Valence-en-Brie, aussi ne m’éten— drai-je pas sur toutes les diaboliques manifestations qui révolutionnent le petit village de Seine—et-Marne. — Les carreaux cassés, les carafes brisées, les meubles retournés, la glace perforée par derrière sans que le bois soit touché, les voix entendues dans tous les coins de la maison, tout cela n’est plus un secret pour personne; j’aurai, du reste, à donner plus loin quelques détails sur ces faits extra ordinaires. Un point m’avait frappé dans ces comptes rendus plus ou moins fantaisistes, c’était le rôle bizarre qu‘on faisait jouer au médecin de la famille, le doc teur Paté, qui, disait-on, ne pouvait jamais écrire ses ordonnances sans s’entendre invectiver dans un lan— gage des plus poissards. J’écrivis à mon confrère pour l’informer de ces ra— contars, pensant qu’il n’était pas au courant de tout ce qu’on lui faisait faire on dire. J’eus la chance de recevoir sa visite le lendemain, et voici ce qu’il m’apprit. Tout est vrai, me dit-il, sauf ce qui me concerne, car, si j’ai constaté les phénomènes, je n’ai pas eu à me plaindre de « l’esprit » pendant que j'écrivais mes ordonnances, puisque je n’en ai jamais écrit chez cette malade, qui refuse de prendre tout médicament. Quant à l’explication de ces faits, je ne puis pas vous la donner, d’abord parce que je craindrais d’être à côté de la vérité, et, en second lieu, parce que ma qualité de médecin de la maison m’interdit toute divulgation; mais, si vous voulez venir à Valence, je
2LA MAISON HANTÉE DE VALENCE-EN-BRIE 105 vous préviendrai par dépêche dès que le « revenant » aura parlé, car, depuis la visite de Papus et de l’abbé Schnebelin, il n’a plus rien dit. Le résultat de cette intervention des mages nous fit sourire tous deux, mais je remerciai mon confrère de son aimable invitation, que j’acceptai avec empres— sement. ' C’est, à notre avis, de cette chambre que part la suggestion générale, car suggestion il y a : la malade semble avoir sur son entourage une autorité peu com mune, et dans ce milieu extranerveux, — le fils est hémiplégique, la mère, disent les journaux, est atteinte depuis deux ans d’une affection cérébrale incu rable, la bonne hystérique, —-— le père, ce pauvre M. Lebègue, commence à perdre la tête : « Amenez moi qui vous voudrez, nous dit—il, même des sor ciers, pour me débarrasser de ce cauchemar. » I au Explication : Un sujet hypnotisant, inconscient, la mère, suga gestionnant des sujets inconscients également et agissant chacun différemment, parlant tour à tour, -— on a entendu trois timbres de voix différents, — dé.— molissant tout, lorsqu’ils ne se sentent surveillés par personne, car aucun témoin n’a assisté au boulever sement des meubles ni au bris des glaces, et perdant ensuite jusqu’au moindre souvenir des actes qu’ils ont accomplis : tout cela est bien net, mais il reste la voix, cette fameuse voix que vingt personnes ont entendue
3106 L'INITIATION 1mWfiflWhŒbm-w-n .- . ...... .. _- , sans jamais voir celui qui Particule, cette voix qui beugle, menace, tempête, injurie, se moque, blas phème, crie vengeance; cette voix qu‘on entend sortir de partout, d’un mur, d’une table, du parquet ; cette voix qui assourdit, persécute, et qu’aucune bouche ne semble proférer. Eh bien, cette voix, elle a, ai-je dit, trois timbres différents, peut-être quatre; elle est rauque, comme celle du jeune homme, elle est beuglante sourdement, comme celle de la mère, qui, d’après mon enquête, poussait, il y a quelques mois, des cris semblables, sans pouvoir s’en empêcher; elle est criarde comme celle de la bonne ou de la fillette; elle est grossière, nous objectera-t-on, comme celle d’un charretier, et il n’y a personne de mal élevé dans la maison. C’est vrai, mais ne sait—on pas avec quelle satisfaction les sujets suggestionnés, même les plus distingués d’ordi— naire, emploient le répertoire scatologique, et répètent avec une fidélité surprenante des mots orduriers qu’ils n’ont peut—être ouï qu’une seule fois, dans la rue ? Reste le phénomène de la voix à distance. Y a-t-il, pour lui, une explication possible? Tout le monde connaît l’hyperexcitabilité sensorielle des hystériques, personne n'ignore qu‘ils entendent, à des centaines de mètres, des sonsque nous percevonsà peineà quelques pas, qu’ils lisent les paupières closes, etc. Pourquoi la voix ferait—elle exception à cette règle, pourquoi ne s’extérioriserait-elle pas pathologiquement et non pas surnaturellcment comme le disent les spirites, qui ad mettent qu’un homme peut se faire entendre de Mar
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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