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1LE CAS DE MADEMOISELLE COUÉDON 203 même des contradictions multiples qui se sont élevées aussi bien dans les avis formulés par les médecins que dans les impressions diverses éprouvées par les personnes qui ont été en rapport avec M“" Couédon. « Avant de vous exposer mon avis, je tiens à passer en revue les opinions de mes confrères et à recher cher la clef de leurs diverses opinions, persuadé d’avance que mes confrères, étant guidés, comme nous tous, par la pure recherche de la vérité, ne peu— vent avoir formulé leur avis que d’après un certain nombre d’impressions faciles à déterminer. Et, si j’ose aborder tout d’abord cette délicate controverse, c’est que j’ai passé moi-même par les phases diverses que reflète chacune des conclusions de mes honorables confrères et que, très sceptique avant de voir M“eCoué don, très méfiant après une première et superficielle étude, j’ai été complètement dérouté dans mes con clusions de fraude ou d’hystérie à la seconde épreuve, intéressé fortement à la troisième et ardemment con vaincu qu'il y avait là quelque chose de réel et ne rentrant pas dans le cadre étroit de nos-conceptions scientifiques à la quatrième étude. « Car, Messieurs, je ne saurais assez appeler votre attention sur ce fait que vous êtes appelés à résoudre un problème des plus complexes, sinondes plus trou blants, et qu’il vaut cent fois mieux revenir quatre fois ou plus à l’étude que d’essayer de poser une conclu sion hâtive, basée sur une observation incomplète, et qui peut recevoir de la part du temps une affirmation ou un démenti éclatant dont chacun de vous aura à supporter le poids dans un sens ou dans l'autre.
2204 L’iNIT1ATION « N’oublions pas que nous sommes une société de chercheurs et non une académie, et n’imitons pas, dans un autre plan, ce savant qui vint prendre le nez du chercheur qui présentait le phonographe à l’Académie des Sciences. « Nous sommes en face d’un problème troublant, avouons plutôt franchement notre ignorance que de chercher à aller trop vite en besogne. « Si Mne Couédon était simplement une aliénée, poussée par la manie des grandeurs, nous n’aurions pas à constater ce fait étrange des secrets inconnus des consultants et nettement révélés,et l‘existence d’un seul fait de ce genre nous inviterait à la plus grande réserve. quand même cinquante fausses révélations accompagneraient ce seul fait juste, et vous savez, au moins par ouï—dire, combien les révélations étrange ment caractéristiques sont nombreuses, si les erreurs sont aussi très fréquentes. « Voyons donc comment ont opéré les personnes qui sont devenues des fanatiques de la Voyante,et comparons leur manière d’agir avec celle des con frères dont nous cherchons à caractériser la situa tion. ' Pour étudier le phénomène dans toute sa rigueur, il est nécessaire : « 1° De causer longuement au sujet, soit en tête—à tête, soit en présence d’un des membres de la famille du sujet, et de se mettre aussi bien que possible en rapport avec l’influence manifestée pendant l’état second. « En effet, toutes les personnes que j’ai interrogées
3LE CAS DE MADEMOISELLE COUÉDON 205 sur ce point m’ont déclaré que, presque toujours, sinon toujours, la première séance est vague et que les faits annoncés par le sujet ne sortent pas de la banalité des révélations couramment faites par les professionnels. « Tu es bien tourmenté « Mais tu seras soulagé A . Tu es mal entouré « Mais tu vas être éclairé . . A . Tu as été éprouvé, « Et maintenant tu es récompensé. « Voilà le cadre dans lequel tournent généralement les conversations de la première séance, et on avouera qu’il faut une belle dose de crédulité pour ne pas sor tir de là extrêmement méfiant, sinon sceptique, quand le sujet n’a pas été plus loin. « Mais ne vous rebutcz pas ; revenez à la charge et retournez causer une demi-heure avec « l’influence »: aussitôt tout change, et les avis des personnes qui ont en ce courage sont presque tous unanimement favo rables. Posons donc comme second point : « 2° Une seule séance d’étude, même en téte-à-z‘êle, ne suffitpas à poser une conclusion. « L’influence » ne manifeste son action que pro gressivement et après plusieurs séances, sauf de très rares exceptions. « Je conseille à ceux d’entre vous qui voudront se rendre compte sérieusement de cette sorte de grada tion dans l’intensité des phénomènes de lire attenti vement la déclaration d’un de nos confrères parisiens,
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1LE CAS DE MADEMOISELLE COUÉDON 203 même des contradictions multiples qui se sont élevées aussi bien dans les avis formulés par les médecins que dans les impressions diverses éprouvées par les personnes qui ont été en rapport avec M“" Couédon. « Avant de vous exposer mon avis, je tiens à passer en revue les opinions de mes confrères et à recher cher la clef de leurs diverses opinions, persuadé d’avance que mes confrères, étant guidés, comme nous tous, par la pure recherche de la vérité, ne peu— vent avoir formulé leur avis que d’après un certain nombre d’impressions faciles à déterminer. Et, si j’ose aborder tout d’abord cette délicate controverse, c’est que j’ai passé moi-même par les phases diverses que reflète chacune des conclusions de mes honorables confrères et que, très sceptique avant de voir M“eCoué don, très méfiant après une première et superficielle étude, j’ai été complètement dérouté dans mes con clusions de fraude ou d’hystérie à la seconde épreuve, intéressé fortement à la troisième et ardemment con vaincu qu'il y avait là quelque chose de réel et ne rentrant pas dans le cadre étroit de nos-conceptions scientifiques à la quatrième étude. « Car, Messieurs, je ne saurais assez appeler votre attention sur ce fait que vous êtes appelés à résoudre un problème des plus complexes, sinondes plus trou blants, et qu’il vaut cent fois mieux revenir quatre fois ou plus à l’étude que d’essayer de poser une conclu sion hâtive, basée sur une observation incomplète, et qui peut recevoir de la part du temps une affirmation ou un démenti éclatant dont chacun de vous aura à supporter le poids dans un sens ou dans l'autre.
2204 L’iNIT1ATION « N’oublions pas que nous sommes une société de chercheurs et non une académie, et n’imitons pas, dans un autre plan, ce savant qui vint prendre le nez du chercheur qui présentait le phonographe à l’Académie des Sciences. « Nous sommes en face d’un problème troublant, avouons plutôt franchement notre ignorance que de chercher à aller trop vite en besogne. « Si Mne Couédon était simplement une aliénée, poussée par la manie des grandeurs, nous n’aurions pas à constater ce fait étrange des secrets inconnus des consultants et nettement révélés,et l‘existence d’un seul fait de ce genre nous inviterait à la plus grande réserve. quand même cinquante fausses révélations accompagneraient ce seul fait juste, et vous savez, au moins par ouï—dire, combien les révélations étrange ment caractéristiques sont nombreuses, si les erreurs sont aussi très fréquentes. « Voyons donc comment ont opéré les personnes qui sont devenues des fanatiques de la Voyante,et comparons leur manière d’agir avec celle des con frères dont nous cherchons à caractériser la situa tion. ' Pour étudier le phénomène dans toute sa rigueur, il est nécessaire : « 1° De causer longuement au sujet, soit en tête—à tête, soit en présence d’un des membres de la famille du sujet, et de se mettre aussi bien que possible en rapport avec l’influence manifestée pendant l’état second. « En effet, toutes les personnes que j’ai interrogées
3LE CAS DE MADEMOISELLE COUÉDON 205 sur ce point m’ont déclaré que, presque toujours, sinon toujours, la première séance est vague et que les faits annoncés par le sujet ne sortent pas de la banalité des révélations couramment faites par les professionnels. « Tu es bien tourmenté « Mais tu seras soulagé A . Tu es mal entouré « Mais tu vas être éclairé . . A . Tu as été éprouvé, « Et maintenant tu es récompensé. « Voilà le cadre dans lequel tournent généralement les conversations de la première séance, et on avouera qu’il faut une belle dose de crédulité pour ne pas sor tir de là extrêmement méfiant, sinon sceptique, quand le sujet n’a pas été plus loin. « Mais ne vous rebutcz pas ; revenez à la charge et retournez causer une demi-heure avec « l’influence »: aussitôt tout change, et les avis des personnes qui ont en ce courage sont presque tous unanimement favo rables. Posons donc comme second point : « 2° Une seule séance d’étude, même en téte-à-z‘êle, ne suffitpas à poser une conclusion. « L’influence » ne manifeste son action que pro gressivement et après plusieurs séances, sauf de très rares exceptions. « Je conseille à ceux d’entre vous qui voudront se rendre compte sérieusement de cette sorte de grada tion dans l’intensité des phénomènes de lire attenti vement la déclaration d’un de nos confrères parisiens,
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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