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1108 L’INITIATION Ëi°8 fitigmates et les fitigmatisés‘” On appelle ainsi, dans l‘histoire de l’Eglise chré— tienne, les plaies que les fidèles, abîmés dans la con-— templation de la Passion du Christ, virent apparaître sur leur corps, en conformité avec celles reçues par Jésus: les trous des clous aux mains et aux pieds, les stries laissées par la flagellation, la déchirure déter minée par le coup de lance au côté, les traces de la couronne d’épines. Tantôt la stigmatisation com porte tous ces phénomènes à la fois, tantôt elle est ré duite, généralement, aux plaies des extrémités. Tan tôt les stigmates ne sont qu’indiqués,comme dessinés à la surface de la peau, tantôt ils offrent tousles carac tères d’une lésion profonde d’origine traumatique, et leur plasticité va parfois jusqu’à montrer, dans les trous des mains et des pieds, les clous eux-mêmes figurés par des excroissances de chair. On rencontre aussi des cas atténués, où les douleurs de la flagel lation, du couronnement d’épines et de la crucifixion sont simplement ressenties, sans que se déclare une véritable stigmatisation. Marguerite Columna avait des plaies du côté droit, mais du côté gauche rien ne trahissait sur la peau les douleurs intimement éprou vées. Blanche de Gazinan n’avait qu’un pied de stig— matisé. Le Dr Carl du Prel,le plus profond et le plus érudit (I) Extrait avec l’autorisation de la direction de la Revue des Revues de I5 juin I895.
2STIGMATES ET STIGMATISÉS 109 des mystiques de notre temps, s’occupe de la ques tion dans l’un des récents numéros de la Zukunft (n° 21, 1895). Pour lui, la stigmatisation sur l’orga nisme est l’une des plus claires sources où l’on puisse puiser des arguments contre le matérialisme. Celui-ci professe que la pensée n’est qu’une sécrétion cérébrale. On sait que le spiritualisme moderne renversela pro position. Le Dr Cari du Prel estime que c’est, au con naire, l’âme qui est l’architecte du corps, et que celui c. n’est que l’instrument de l’esprit. Il insiste surtout sur le cas de François d’Assise, qui n’est pas seulement le premier en date (1224,) des stigmatisés, mais qui en est aussi le plus saisissant. On trouve chez lui l’expression suprême du phéno— mène de la stigmatisation. Les trous de ses mains et de ses pieds étaient tels qu‘il les avait contemplés peu auparavant sur une image du Crucifié, et son côté droit était pqsitivement comme percé d’un coup de lance. Les plaies de ses extrémités béaient très nota blement et étaient sanguinolentes. Dans leur milieu, on voyait des clous formés d’excroissances de tissu cellulaire, et ces clous étaient noirs et durs comme le fer, dont ils avaient la couleur; ils étaient pointus d'un côté et de l’autre ils avaient une tête rabattue, de telle sorte qu’entre elle et la peau on pouvait insi nuer un doigt. Ils étaientmobiles en tous sens, et, lors— qu’on appuyait sur l’une de leursextrémités, on voyait se redresser l‘autre. Cependant, ils ne pouvaient être arrachés; même après la mort du stigmatisé, ce fut en vain que sainte Claire s’y efl’orça. La plaie du côté était longue de trois doigts, assez large et assez pro
3I 10 L’INITIATION fonde, et fréquemment elle humectait de sang les vêtements du saint. Ajoutons que jamais aucun: de ces,plaies ne vint à s’enflammer, ni à suppurer, et que jamais aucun soin médical ne leur fut donné On peut citer, parmi Iesautres cas de stigmatisati n, ceux de Catherine Emmerich, de Maria Mœrletde Louise Lateau. La grande majorité des stigmatités appartiennent au sexe féminin. ( L’Eglise catholique considère la stigmatisati comme un miracle destiné à bien établir que la versiï romaine du christianisme est la seule qui assure e salut. Il est difficile de s’en tenir à cette explication( D’abord, un miracle qui, tantôt s’effectue intégralel ment, tantôt ne se manifeste qu‘à moitié, et tantôi s’arrête dès la première phase, n’est pas un miracle. Puis, la stigmatisation se rencontre dans l’histoire des‘ hérésies. Enfin, elle peut être déterminée artificielle- ' ment. ) . Jacques de Voragine, l’auteur de la Légende Dorée (xnI° siècle), plus tard Corneille Agrippa et Giordano Bruno, le philosophe brûlé à Rome en 1600, estiment que la cause principale du phénomène réside dans la puissance d’imagination qui fait ressentir positivement aux sujets les souffrances du Christ, jusqu’à en faire '« transparaître les marques sur leur propre corps » . Parmi les modernes, Gœrres, l‘auteur de la Mystique Chrétienne, et Tholuck n’ont pas une autre opinion, et le D’ Car] du Prel les en approuve. La science officielle d’à présent, qui ne reconnaît que l’influence exercée par le corps sur l’esprit, à l‘exclusion de l’action réciproque, est obligée de nier
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1108 L’INITIATION Ëi°8 fitigmates et les fitigmatisés‘” On appelle ainsi, dans l‘histoire de l’Eglise chré— tienne, les plaies que les fidèles, abîmés dans la con-— templation de la Passion du Christ, virent apparaître sur leur corps, en conformité avec celles reçues par Jésus: les trous des clous aux mains et aux pieds, les stries laissées par la flagellation, la déchirure déter minée par le coup de lance au côté, les traces de la couronne d’épines. Tantôt la stigmatisation com porte tous ces phénomènes à la fois, tantôt elle est ré duite, généralement, aux plaies des extrémités. Tan tôt les stigmates ne sont qu’indiqués,comme dessinés à la surface de la peau, tantôt ils offrent tousles carac tères d’une lésion profonde d’origine traumatique, et leur plasticité va parfois jusqu’à montrer, dans les trous des mains et des pieds, les clous eux-mêmes figurés par des excroissances de chair. On rencontre aussi des cas atténués, où les douleurs de la flagel lation, du couronnement d’épines et de la crucifixion sont simplement ressenties, sans que se déclare une véritable stigmatisation. Marguerite Columna avait des plaies du côté droit, mais du côté gauche rien ne trahissait sur la peau les douleurs intimement éprou vées. Blanche de Gazinan n’avait qu’un pied de stig— matisé. Le Dr Carl du Prel,le plus profond et le plus érudit (I) Extrait avec l’autorisation de la direction de la Revue des Revues de I5 juin I895.
2STIGMATES ET STIGMATISÉS 109 des mystiques de notre temps, s’occupe de la ques tion dans l’un des récents numéros de la Zukunft (n° 21, 1895). Pour lui, la stigmatisation sur l’orga nisme est l’une des plus claires sources où l’on puisse puiser des arguments contre le matérialisme. Celui-ci professe que la pensée n’est qu’une sécrétion cérébrale. On sait que le spiritualisme moderne renversela pro position. Le Dr Cari du Prel estime que c’est, au con naire, l’âme qui est l’architecte du corps, et que celui c. n’est que l’instrument de l’esprit. Il insiste surtout sur le cas de François d’Assise, qui n’est pas seulement le premier en date (1224,) des stigmatisés, mais qui en est aussi le plus saisissant. On trouve chez lui l’expression suprême du phéno— mène de la stigmatisation. Les trous de ses mains et de ses pieds étaient tels qu‘il les avait contemplés peu auparavant sur une image du Crucifié, et son côté droit était pqsitivement comme percé d’un coup de lance. Les plaies de ses extrémités béaient très nota blement et étaient sanguinolentes. Dans leur milieu, on voyait des clous formés d’excroissances de tissu cellulaire, et ces clous étaient noirs et durs comme le fer, dont ils avaient la couleur; ils étaient pointus d'un côté et de l’autre ils avaient une tête rabattue, de telle sorte qu’entre elle et la peau on pouvait insi nuer un doigt. Ils étaientmobiles en tous sens, et, lors— qu’on appuyait sur l’une de leursextrémités, on voyait se redresser l‘autre. Cependant, ils ne pouvaient être arrachés; même après la mort du stigmatisé, ce fut en vain que sainte Claire s’y efl’orça. La plaie du côté était longue de trois doigts, assez large et assez pro
3I 10 L’INITIATION fonde, et fréquemment elle humectait de sang les vêtements du saint. Ajoutons que jamais aucun: de ces,plaies ne vint à s’enflammer, ni à suppurer, et que jamais aucun soin médical ne leur fut donné On peut citer, parmi Iesautres cas de stigmatisati n, ceux de Catherine Emmerich, de Maria Mœrletde Louise Lateau. La grande majorité des stigmatités appartiennent au sexe féminin. ( L’Eglise catholique considère la stigmatisati comme un miracle destiné à bien établir que la versiï romaine du christianisme est la seule qui assure e salut. Il est difficile de s’en tenir à cette explication( D’abord, un miracle qui, tantôt s’effectue intégralel ment, tantôt ne se manifeste qu‘à moitié, et tantôi s’arrête dès la première phase, n’est pas un miracle. Puis, la stigmatisation se rencontre dans l’histoire des‘ hérésies. Enfin, elle peut être déterminée artificielle- ' ment. ) . Jacques de Voragine, l’auteur de la Légende Dorée (xnI° siècle), plus tard Corneille Agrippa et Giordano Bruno, le philosophe brûlé à Rome en 1600, estiment que la cause principale du phénomène réside dans la puissance d’imagination qui fait ressentir positivement aux sujets les souffrances du Christ, jusqu’à en faire '« transparaître les marques sur leur propre corps » . Parmi les modernes, Gœrres, l‘auteur de la Mystique Chrétienne, et Tholuck n’ont pas une autre opinion, et le D’ Car] du Prel les en approuve. La science officielle d’à présent, qui ne reconnaît que l’influence exercée par le corps sur l’esprit, à l‘exclusion de l’action réciproque, est obligée de nier
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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