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1198 L’INITIATION .I_. .1_IV ‘-w6r—<."_—w . , ._ science était beaucoup moins théorique que celle de ses apôtres; il pratiquait tout franchement la magie, tandis qu’eux s’en cachaient et la défendaient soi— gneusement. <<J’ai été fort lié avec UN CERTAIN LA CHEVALLERIE qui avait été son aide de camp favori ; lequel m’a montré quelques tapis de leurs opérations magiques et raconté plusieurs faits merveilleux s’ils étaient vrais. ' Je n’en citerai qu’un. Les travaux magiques de ces mes— sieurs ont pour objet surtout de combattre les Démons et leurs Satellites, sans cesse occupés à répandre des maux physiques et spirituels sur toute la nature, par leur magie noire. Les combats se font particulière ‘ ment aux solstices et aux équinoxes, de part et d’autre. Ils travaillent sur des tapis crayonnés (I) sur lesquels ils établissent leurs citadelles, qui consistent en un grand cercle au milieu pour le grand-maître et deux ou trois plus petits pour les assistants. Le chef, quoique absent, voit toutes les opérations de ses dis ciples (quand ils travaillent seuls) et les soutient. « Un jour, me dit La Chevallerie, que je n’étais pas parfaitement pur, je combattais tout seul dans mon petit cercle (2) et je sentais que la force supérieure de mes adversaires m’accablait et que j’allais être ter rassél... Un froid glacial qui montait de mes pieds vers mon cœur m’étoufiait; et, prêt à être anéanti, je (1) C’était un usage commun dans la maçonnerie à cette époque : les tableaux de loges étaient mobiles, au lieu d’être crayonnés sur la dalle. (2) Probablement les Quarts de cercle de la correspondance Pasqualis. ‘Ï‘,'M"‘J 1
2A PROPOS DE MARTINES DE PASQUALLY 199 m’élançai dans le grand cercle, poussé par une déter— mination obscure et irrésistible. Il me sembla, en y entrant, que je.me plongeais dans un bain chaud dé— licieux qui remit mes esprits et répara mes forces dans l’instant. J’en sortis victorieux et, par une lettre de Pasqualis, j’appris qu’il avait vu ma défaillance ' et que c’était lui qui m’avait inspiré la pensée de me jeter dans le grand cercle de la puissance suprême. « Voilà ce que La Chevallerie m’a raconté, pénétré de la conviction la plus intime : il se trompait peut être, mais son intention n’était certainement pas de me tromper. Loin de vouloir faire de moi un prosé— lyte, il faisait son possible pour me détourner de cette doctrine, qui, disait-il, l’avait rendu très malheureux. On l'avait excommunie’à tout jamais (1), pour un péché sans rémission, et il ne cessait de médirè de Pasqualis et de ses successeurs. Il dépeignait le pre— mier comme un homme plein de vices et de vertus, qui se permettait tout. malgré sa sévérité pour les autres, qui prenait de l’argent de ses disciples, les es croquait au jeu et donnait ensuite leur argent au pre mier venu, quelquefois à un passant qu’il ne connais— sait pas; il disait à ceux qui lui en témoignaient leur étonnement :j’agis comme la Providence, ne m’en demandez pas davantag » (Gleichen, Souvenirs, p. 131 et suivantes.) Viennent ensuite mille détails tout aussi renver— sants sur Saint—Martin et plusieurs autres. (1) Détail que tu sembles ignorer et qui a bien son intérêt. Un autre du Guers, peut-être, ce La Chevallerie...
32 00 L’INITIATION _,_MM. .. a m..m..m . .. , ,,_ . , ,,,,<_ _7 Passons au héros du présent article, à M. de Saint Martin. Jeune, aimable, d’une belle figure, doux, mo deste, simple, complaisant, se mettant au niveau de tout le monde, et ne parlant jamais des sciences, en core moins de la sienne, il ne ressemblait nullement à un philosophe, plutôt à un petit saint ; car sa dévo tion, son extrême réserve et la pureté de ses mœurs paraissait quelquefois extraordinaire dans un homme de son âge. Il était fort instruit, quoique, dans son livre, il ait parlé de plusieurs sciences d’une manière fort baroque. Il s’énonçait avec beaucoup de clarté et d’éloquence, et sa conversation était fort agréable, excepté quand il parlait de son affaire; alors il deve nait pédant, mystérieux, bavard ou taciturne ; crainte d’en avoir trop dit, il niait le lendemain ce dont il était convenu la veille.‘ Il avait des réticences insupportables, s’arrêtant tout court au moment où on espérait tirer de lui un de ses secrets; car il croyait à une voix intérieure qui lui défendait ou lui permettait de parler. Son grand principe était que, dans la route spirituelle, on ne devait point troubler la marche de l’homme, qu'il suf— fisait de le préparer à deviner les secrets qu’il était destiné à savoir. Aussi, se donnait-il plus de peine pour éloigner ses disciples de sa science que pour les yappeler, se croyant responsable des abus qu’ils pour raient en faire. Son père, qui était maire d’Amboise, l’avait mis dans le service militaire, où, par sa bonne conduite ou par le crédit de M. de Choiseul, seigneur ' d’Amboise. il s’était avancé, en très peu de temps, au grade de capitaine ; mais, entraîné par la doctrine de
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1198 L’INITIATION .I_. .1_IV ‘-w6r—<."_—w . , ._ science était beaucoup moins théorique que celle de ses apôtres; il pratiquait tout franchement la magie, tandis qu’eux s’en cachaient et la défendaient soi— gneusement. <<J’ai été fort lié avec UN CERTAIN LA CHEVALLERIE qui avait été son aide de camp favori ; lequel m’a montré quelques tapis de leurs opérations magiques et raconté plusieurs faits merveilleux s’ils étaient vrais. ' Je n’en citerai qu’un. Les travaux magiques de ces mes— sieurs ont pour objet surtout de combattre les Démons et leurs Satellites, sans cesse occupés à répandre des maux physiques et spirituels sur toute la nature, par leur magie noire. Les combats se font particulière ‘ ment aux solstices et aux équinoxes, de part et d’autre. Ils travaillent sur des tapis crayonnés (I) sur lesquels ils établissent leurs citadelles, qui consistent en un grand cercle au milieu pour le grand-maître et deux ou trois plus petits pour les assistants. Le chef, quoique absent, voit toutes les opérations de ses dis ciples (quand ils travaillent seuls) et les soutient. « Un jour, me dit La Chevallerie, que je n’étais pas parfaitement pur, je combattais tout seul dans mon petit cercle (2) et je sentais que la force supérieure de mes adversaires m’accablait et que j’allais être ter rassél... Un froid glacial qui montait de mes pieds vers mon cœur m’étoufiait; et, prêt à être anéanti, je (1) C’était un usage commun dans la maçonnerie à cette époque : les tableaux de loges étaient mobiles, au lieu d’être crayonnés sur la dalle. (2) Probablement les Quarts de cercle de la correspondance Pasqualis. ‘Ï‘,'M"‘J 1
2A PROPOS DE MARTINES DE PASQUALLY 199 m’élançai dans le grand cercle, poussé par une déter— mination obscure et irrésistible. Il me sembla, en y entrant, que je.me plongeais dans un bain chaud dé— licieux qui remit mes esprits et répara mes forces dans l’instant. J’en sortis victorieux et, par une lettre de Pasqualis, j’appris qu’il avait vu ma défaillance ' et que c’était lui qui m’avait inspiré la pensée de me jeter dans le grand cercle de la puissance suprême. « Voilà ce que La Chevallerie m’a raconté, pénétré de la conviction la plus intime : il se trompait peut être, mais son intention n’était certainement pas de me tromper. Loin de vouloir faire de moi un prosé— lyte, il faisait son possible pour me détourner de cette doctrine, qui, disait-il, l’avait rendu très malheureux. On l'avait excommunie’à tout jamais (1), pour un péché sans rémission, et il ne cessait de médirè de Pasqualis et de ses successeurs. Il dépeignait le pre— mier comme un homme plein de vices et de vertus, qui se permettait tout. malgré sa sévérité pour les autres, qui prenait de l’argent de ses disciples, les es croquait au jeu et donnait ensuite leur argent au pre mier venu, quelquefois à un passant qu’il ne connais— sait pas; il disait à ceux qui lui en témoignaient leur étonnement :j’agis comme la Providence, ne m’en demandez pas davantag » (Gleichen, Souvenirs, p. 131 et suivantes.) Viennent ensuite mille détails tout aussi renver— sants sur Saint—Martin et plusieurs autres. (1) Détail que tu sembles ignorer et qui a bien son intérêt. Un autre du Guers, peut-être, ce La Chevallerie...
32 00 L’INITIATION _,_MM. .. a m..m..m . .. , ,,_ . , ,,,,<_ _7 Passons au héros du présent article, à M. de Saint Martin. Jeune, aimable, d’une belle figure, doux, mo deste, simple, complaisant, se mettant au niveau de tout le monde, et ne parlant jamais des sciences, en core moins de la sienne, il ne ressemblait nullement à un philosophe, plutôt à un petit saint ; car sa dévo tion, son extrême réserve et la pureté de ses mœurs paraissait quelquefois extraordinaire dans un homme de son âge. Il était fort instruit, quoique, dans son livre, il ait parlé de plusieurs sciences d’une manière fort baroque. Il s’énonçait avec beaucoup de clarté et d’éloquence, et sa conversation était fort agréable, excepté quand il parlait de son affaire; alors il deve nait pédant, mystérieux, bavard ou taciturne ; crainte d’en avoir trop dit, il niait le lendemain ce dont il était convenu la veille.‘ Il avait des réticences insupportables, s’arrêtant tout court au moment où on espérait tirer de lui un de ses secrets; car il croyait à une voix intérieure qui lui défendait ou lui permettait de parler. Son grand principe était que, dans la route spirituelle, on ne devait point troubler la marche de l’homme, qu'il suf— fisait de le préparer à deviner les secrets qu’il était destiné à savoir. Aussi, se donnait-il plus de peine pour éloigner ses disciples de sa science que pour les yappeler, se croyant responsable des abus qu’ils pour raient en faire. Son père, qui était maire d’Amboise, l’avait mis dans le service militaire, où, par sa bonne conduite ou par le crédit de M. de Choiseul, seigneur ' d’Amboise. il s’était avancé, en très peu de temps, au grade de capitaine ; mais, entraîné par la doctrine de
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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