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1l’art ORATOIRE ET l’ÉSOTÉRISME 2o3 ici quelques idées, fournies par unetrès vieille théorie, celle du quaternaire mystique, lesquelles idées me semblent pouvoir constituer une synthèse systéma tique de l’art oratoire et ses moyens d’action. Envisagé d’une façon générale, un discours est le passage d’une idée de puissance en acte parle moyen d’un orateur. Voici donc une Trinité déjà très caractérisée : l’idée, pure abstraction, une, immuable, et auditoire, la multiplicité féconde et matérialisatrice. La Matière et l’Esprit tendent sans cesse à se rapprocher, à s’unir ; ils ne le peuvent qu’au moyen d’un troisième terme, l’orateur, canal de Ylnvolution de l'Idée(i). Ce dernier, dès qu’il commence à parler, à manifester l’idée, ne le fait qu’en se dédoublant : son intelligence reçoit l’idée, et l’assimile, et ses facultés d’expression, sa voix, l’annoncent et la réalisent dans le monde matériel. Ainsi la Trinité pythagoricienne est représentée ici: l’idée est providentielle ; l’auditoire est fatidique, en tant que résultat d'activités passées ; l’orateur est volontaire. Le schéma suivant fera sans doute mieux saisir le quaternaire dont nous parlons. Remarquons qu’il n’est autre que l’X par qui M. de Saint-Yves nous dit que les hiérophantes d’Egypte répondaient au néophyte demandant la connaissance (2). Une fois le discours terminé, l’idée et l’orateur dis- (1 ) Voyez Barlet, Principes de Sociologie synthétique, p. 1 2. (2) Mission des Juijs, passim.
2l’initiation 204 paraissent; il reste l’Auditoire avec les dispositions acquises, les impressions reçues et les actes, suites logiques de ses impressions, encore en puissance. Ainsi donc, si nous personnifions le discours, nous le verrons composé d’Esprit (idée), d’Ame (orateur) à double polarisation, et de Corps (l’auditoire). L’occulte nous a appris que toute assemblée d’êtres individuels dégage une âme de vie qui n'est pas, , comme on le pourrait croire, formée de la somme des tempéraments particuliers, mais bien générée par leur combinaison. Cette idée a fourni à Maurice Barrés une des plus belles pages de son Jardin de Bérénice, C’est ici que nous allons appliquer la loi du Binaire : toute entité tend à se compléter, à se solariser, à se complémentariser; c’est l’expression même du désir, la racine de l’être, le grand arcane des sexes. D’autre part, l’orateur, par définition, n’est orateur que pour convertir la foule à son opinion : comme il sait l’âme collective, inconsciente, il va lui offrir un complémentaire, artificiel c’est vrai, mais suffisant l’art oratoire et l’ésotérisme 2o5 pour entraîner l’adhésion des cœurs et l’assentiment des intelligences. Tel est le grand secret de la parole: offrir au public son idéal pensé et verbalisé ! Donc, trois choses à déterminer tout d’abord: le IiTcoixscLerut H” ù o rts T t •Inx-orLSdcni’ 4CM*« Con3 cXerct t: i tempérament de l’auditoire, le tempérament de l’ora teur, et le tempérament de l’idée, ou de son vêtement, le style.
320Ô l’initiation * ¥ * La condition première et indispensable pour agir selon cette méthode sera la maîtrise absolue de la raison et de l’être instinctif par l’orateur, de manière que le procédé d’exposition, l’allure de l’énoncia tion, la voix et le geste puissent être maniés avec la plus entière liberté. Remarquons en outre que, dès le commencement de l’action oratoire, l’idée subit une série de morts et de renaissances à mesure que l’orateur la manifeste. Par suite, nous n’aurons plus en somme à considérer que le ternaire. Pensée. —Expression. — Auditoire. Pour que l’auditoire reçoive complètement cette pensée, il faut qu’elle lui soit complémentaire ; il s’ensuit pour l’expression la nécessité de revêtir la pensée des apparences de ce complémentarisme : il se formera ainsi un courant orateur-auditoire dont la tendance polarisante aboutira aux actes futurs de l’auditoire, strictement conformes à l’idée primitive. La pensée en soi est nue et sans forme ; l’orateur devra la revêtir du tempérament complémentaire à celui de l’auditoire, c’est-à-dire lui donner une forme générale (sermon, conférence, discours ou harangue) déterminée 'par le monde d’où elle émane (religieux, philosophique, sentimental ou scientifique) et appuyée sur une forme de style convenable. On pourra suivre sur la figure toutes les correspon dances de ces divisions.
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1l’art ORATOIRE ET l’ÉSOTÉRISME 2o3 ici quelques idées, fournies par unetrès vieille théorie, celle du quaternaire mystique, lesquelles idées me semblent pouvoir constituer une synthèse systéma tique de l’art oratoire et ses moyens d’action. Envisagé d’une façon générale, un discours est le passage d’une idée de puissance en acte parle moyen d’un orateur. Voici donc une Trinité déjà très caractérisée : l’idée, pure abstraction, une, immuable, et auditoire, la multiplicité féconde et matérialisatrice. La Matière et l’Esprit tendent sans cesse à se rapprocher, à s’unir ; ils ne le peuvent qu’au moyen d’un troisième terme, l’orateur, canal de Ylnvolution de l'Idée(i). Ce dernier, dès qu’il commence à parler, à manifester l’idée, ne le fait qu’en se dédoublant : son intelligence reçoit l’idée, et l’assimile, et ses facultés d’expression, sa voix, l’annoncent et la réalisent dans le monde matériel. Ainsi la Trinité pythagoricienne est représentée ici: l’idée est providentielle ; l’auditoire est fatidique, en tant que résultat d'activités passées ; l’orateur est volontaire. Le schéma suivant fera sans doute mieux saisir le quaternaire dont nous parlons. Remarquons qu’il n’est autre que l’X par qui M. de Saint-Yves nous dit que les hiérophantes d’Egypte répondaient au néophyte demandant la connaissance (2). Une fois le discours terminé, l’idée et l’orateur dis- (1 ) Voyez Barlet, Principes de Sociologie synthétique, p. 1 2. (2) Mission des Juijs, passim.
2l’initiation 204 paraissent; il reste l’Auditoire avec les dispositions acquises, les impressions reçues et les actes, suites logiques de ses impressions, encore en puissance. Ainsi donc, si nous personnifions le discours, nous le verrons composé d’Esprit (idée), d’Ame (orateur) à double polarisation, et de Corps (l’auditoire). L’occulte nous a appris que toute assemblée d’êtres individuels dégage une âme de vie qui n'est pas, , comme on le pourrait croire, formée de la somme des tempéraments particuliers, mais bien générée par leur combinaison. Cette idée a fourni à Maurice Barrés une des plus belles pages de son Jardin de Bérénice, C’est ici que nous allons appliquer la loi du Binaire : toute entité tend à se compléter, à se solariser, à se complémentariser; c’est l’expression même du désir, la racine de l’être, le grand arcane des sexes. D’autre part, l’orateur, par définition, n’est orateur que pour convertir la foule à son opinion : comme il sait l’âme collective, inconsciente, il va lui offrir un complémentaire, artificiel c’est vrai, mais suffisant l’art oratoire et l’ésotérisme 2o5 pour entraîner l’adhésion des cœurs et l’assentiment des intelligences. Tel est le grand secret de la parole: offrir au public son idéal pensé et verbalisé ! Donc, trois choses à déterminer tout d’abord: le IiTcoixscLerut H” ù o rts T t •Inx-orLSdcni’ 4CM*« Con3 cXerct t: i tempérament de l’auditoire, le tempérament de l’ora teur, et le tempérament de l’idée, ou de son vêtement, le style.
320Ô l’initiation * ¥ * La condition première et indispensable pour agir selon cette méthode sera la maîtrise absolue de la raison et de l’être instinctif par l’orateur, de manière que le procédé d’exposition, l’allure de l’énoncia tion, la voix et le geste puissent être maniés avec la plus entière liberté. Remarquons en outre que, dès le commencement de l’action oratoire, l’idée subit une série de morts et de renaissances à mesure que l’orateur la manifeste. Par suite, nous n’aurons plus en somme à considérer que le ternaire. Pensée. —Expression. — Auditoire. Pour que l’auditoire reçoive complètement cette pensée, il faut qu’elle lui soit complémentaire ; il s’ensuit pour l’expression la nécessité de revêtir la pensée des apparences de ce complémentarisme : il se formera ainsi un courant orateur-auditoire dont la tendance polarisante aboutira aux actes futurs de l’auditoire, strictement conformes à l’idée primitive. La pensée en soi est nue et sans forme ; l’orateur devra la revêtir du tempérament complémentaire à celui de l’auditoire, c’est-à-dire lui donner une forme générale (sermon, conférence, discours ou harangue) déterminée 'par le monde d’où elle émane (religieux, philosophique, sentimental ou scientifique) et appuyée sur une forme de style convenable. On pourra suivre sur la figure toutes les correspon dances de ces divisions.
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