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1I 10 l’initiation demande à chacun de ses novateurs, et chacun d’eux, en effet, la lui prépare, chacun doit la prévoir pour diriger vers elle tous les efforts de son travail person nel. Voilà ce que la critique doit se rappeler. Exiger du talent qu’il se fasse génie, dédaigner, décourager tout ce qui n’atteint pas les hauteurs est le fait d’un juge ment étroit qui ne voit que le temps présent. Rien ne doit, non plus, être plus spontané que l’inspiration artistique: l’Esprit souffle où il lui plaît; il ne faut donc pas songer à le détourner sous prétexte de le diriger par nos règles factices. il n’est pas plus sage enfin de prétendre à la perfec tion par l’exaltation d’aucune école spéciale ; ce n’est point par l'immensité de ses qualités que le génie se distingue ; elles sont toujours accompagnées de défauts énormes ; c’est par la grandeur de sa synthèse, de sa spiritualité. Le génie ne se crée pas, il naît: il descend parmi nous tout armé comme Minerve sortant du cerveau de Jupiter, mais il ne naît point sans l’incubation des efforts individuels qui le précèdent, sans le travail des siècles qu'il achève; il faut seulement à ces efforts une orientation appropriée ; c’est cette orientation que nous avons à chercher à l’aide des principes établis jusqu’ici. II Nous avons vu que toute œuvre artistique suppose comme éléments essentiels : le goût, qui en est l’esprit, et préside au choix du sujet : le style, qui en est l'âme
2l’art et l’ésotérisme 107 pressions du public et jusqu’aux décisions de la cri tique. Nous avons reconnu que ces quatre ordres esthé tiques qui, par leurs combinaisons, embrassent toutes les variétés secondaires, correspondent à autant de systèmes fondamentaux de philosophie parce qu'ils représentent les aspects principaux de l’idée au point de vue humain. En Art, ils proviennent des propor tions de la Forme à l’idée dans la combinaison d'où naît la création artistique. Deux de ces ordres sont de caractère absolu, comme se rapprochant le plus de la Forme pure ou de l’idée pure ; les deux autres sont relatifs à l'homme ; ils viennent : l’un du Sentiment, plus voisin de la Forme, l’autre de L’Assentiment, plus voisin de l’idée. Aucun d’eux n’est parfait; tous sont défectueux; mais cepen dant tous sont estimables ; nous n’en devons con damner aucun au nom des autres, parce que, loin qu’ils- soient inconciliables, chacun d’eux, comme chacune de leurs combinaisons, est un acheminement vers la perfection qui doit les embrasser tous. Cette perfection nous l’avons trouvée non dans le mélange éclectique, ou dans une moyenne de médio crité, mais dans la création de la Forme exactement adéquate à l’idée, dans l’idéalisation de la Forme; non dans un équilibre fixe des ordres ou des écoles, mais dans un but infiniment éloigné dont l’histoire de l’Art trace le devenir indéfini. Si nous pouvions développer ici cette histoire, nous verrions apparaître successivement, dans un ordre constant, nos quatre systèmes naturels couronnés par
3io8 l’initiation une ère synthétique où le génie, faisant un pas nou veau vers la perfection, donne à l’esprit humain une impulsion qui se partagera ensuite dans le même effort quaternaire. Tels ont été les grands siècles intellec tuels et artistiques caractérisés par-les noms des Ap pelle, des Raphaël, des Poussin. Cette marche cyclique du progrès, que nous devons laisser au lecteur le plaisir de reconnaître par luimême fournit à la critique quelques enseignements essentiels : Un Homère, un Phidias, un Raphaël, un MichelAnge, ne naissent pas spontanément, inattendus, comme par un coup de foudre, au milieu d’un siècle qui, mal préparé, ne saurait les comprendre. L’histoire nous montre le génie toujours précédé d’un ensemble de précurseurs moins puissants qui lui ouvrent la voie en disposant pour lui, à leurs dépens, les esprits des contemporains. Il apparaît comme l’efflorescence fé conde de toute une vie qui a grandi confuse encore et comme dépourvue d’âme jusqu’à ce qu'il arrive pour en faire éclater l’unité, l’harmonie et la beauté par l’esprit qu’il y ajoute. Aussi se refuse-t-on souvent à croire à son existence individuelle quand les siècles accumulés ont effacé les détails de son existence humaine sans diminuer sa grandeur. Les noms d’Her mès, d’Orphée, d’Homère, sont devenus la synthèse légendaire de tout un siècle. C’est une loi universelle et la loi fondamentale du progrès que l’Esprit vienne animer ainsi les synthèses que prépare la Nature en ses aspirations vers I’Unité et la perfection de l’Être ; la théorie darwinienne, ap
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1I 10 l’initiation demande à chacun de ses novateurs, et chacun d’eux, en effet, la lui prépare, chacun doit la prévoir pour diriger vers elle tous les efforts de son travail person nel. Voilà ce que la critique doit se rappeler. Exiger du talent qu’il se fasse génie, dédaigner, décourager tout ce qui n’atteint pas les hauteurs est le fait d’un juge ment étroit qui ne voit que le temps présent. Rien ne doit, non plus, être plus spontané que l’inspiration artistique: l’Esprit souffle où il lui plaît; il ne faut donc pas songer à le détourner sous prétexte de le diriger par nos règles factices. il n’est pas plus sage enfin de prétendre à la perfec tion par l’exaltation d’aucune école spéciale ; ce n’est point par l'immensité de ses qualités que le génie se distingue ; elles sont toujours accompagnées de défauts énormes ; c’est par la grandeur de sa synthèse, de sa spiritualité. Le génie ne se crée pas, il naît: il descend parmi nous tout armé comme Minerve sortant du cerveau de Jupiter, mais il ne naît point sans l’incubation des efforts individuels qui le précèdent, sans le travail des siècles qu'il achève; il faut seulement à ces efforts une orientation appropriée ; c’est cette orientation que nous avons à chercher à l’aide des principes établis jusqu’ici. II Nous avons vu que toute œuvre artistique suppose comme éléments essentiels : le goût, qui en est l’esprit, et préside au choix du sujet : le style, qui en est l'âme
2l’art et l’ésotérisme 107 pressions du public et jusqu’aux décisions de la cri tique. Nous avons reconnu que ces quatre ordres esthé tiques qui, par leurs combinaisons, embrassent toutes les variétés secondaires, correspondent à autant de systèmes fondamentaux de philosophie parce qu'ils représentent les aspects principaux de l’idée au point de vue humain. En Art, ils proviennent des propor tions de la Forme à l’idée dans la combinaison d'où naît la création artistique. Deux de ces ordres sont de caractère absolu, comme se rapprochant le plus de la Forme pure ou de l’idée pure ; les deux autres sont relatifs à l'homme ; ils viennent : l’un du Sentiment, plus voisin de la Forme, l’autre de L’Assentiment, plus voisin de l’idée. Aucun d’eux n’est parfait; tous sont défectueux; mais cepen dant tous sont estimables ; nous n’en devons con damner aucun au nom des autres, parce que, loin qu’ils- soient inconciliables, chacun d’eux, comme chacune de leurs combinaisons, est un acheminement vers la perfection qui doit les embrasser tous. Cette perfection nous l’avons trouvée non dans le mélange éclectique, ou dans une moyenne de médio crité, mais dans la création de la Forme exactement adéquate à l’idée, dans l’idéalisation de la Forme; non dans un équilibre fixe des ordres ou des écoles, mais dans un but infiniment éloigné dont l’histoire de l’Art trace le devenir indéfini. Si nous pouvions développer ici cette histoire, nous verrions apparaître successivement, dans un ordre constant, nos quatre systèmes naturels couronnés par
3io8 l’initiation une ère synthétique où le génie, faisant un pas nou veau vers la perfection, donne à l’esprit humain une impulsion qui se partagera ensuite dans le même effort quaternaire. Tels ont été les grands siècles intellec tuels et artistiques caractérisés par-les noms des Ap pelle, des Raphaël, des Poussin. Cette marche cyclique du progrès, que nous devons laisser au lecteur le plaisir de reconnaître par luimême fournit à la critique quelques enseignements essentiels : Un Homère, un Phidias, un Raphaël, un MichelAnge, ne naissent pas spontanément, inattendus, comme par un coup de foudre, au milieu d’un siècle qui, mal préparé, ne saurait les comprendre. L’histoire nous montre le génie toujours précédé d’un ensemble de précurseurs moins puissants qui lui ouvrent la voie en disposant pour lui, à leurs dépens, les esprits des contemporains. Il apparaît comme l’efflorescence fé conde de toute une vie qui a grandi confuse encore et comme dépourvue d’âme jusqu’à ce qu'il arrive pour en faire éclater l’unité, l’harmonie et la beauté par l’esprit qu’il y ajoute. Aussi se refuse-t-on souvent à croire à son existence individuelle quand les siècles accumulés ont effacé les détails de son existence humaine sans diminuer sa grandeur. Les noms d’Her mès, d’Orphée, d’Homère, sont devenus la synthèse légendaire de tout un siècle. C’est une loi universelle et la loi fondamentale du progrès que l’Esprit vienne animer ainsi les synthèses que prépare la Nature en ses aspirations vers I’Unité et la perfection de l’Être ; la théorie darwinienne, ap
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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