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12 04l’initiation l’idéaliste, ou d’éveiller la mémoire comme le réaliste; •et ce but c’est par des effets raisonnés plutôt que sentis qu’il le poursuit. Il est pompeux, théâtral; il aime les oppositions, les contrastes, les effets heurtés qui émeuvent aisément et violemment. Comme il se rapproche de l’idéaliste, un certain sentiment d’unité lui donne quelques qualités spé ciales : la tendance à rassembler ses compositions par groupes distincts, le talent de caractériser vivement touteindividualité, et une certaine finesse, une distinc tion naturelle, qui l’éloigne de toute forme vulgaire. Ces propriétés lui font préférer trois sortes de sujets : le portrait, qui caractérise; le tableau d’histoire, qui joint au portrait la violence du drame, la solennité des gestes, et le tableau de genre, mais satyrique, cri tique, allant au besoin jusqu’à la caricature, non le tableau de genre sentimental. En dehors du portrait, sa composition est mouve mentée, et disposée par groupes et parplans nettement .séparés. Ses personnages ont des poses étudiées, théâ trales plutôt que naturelles; son tableau ne manque pas de ciel, mais il le fait toujours brumeux, gris, lourd, comme ses lointains qui ne fuient pas nette ment. Il a plus de relief que l’idéaliste, mais, comme il pro cède par méplats, ses figures offrent peu de modelé ; les formes en sont toujours nobles et distinguées, .souvent majestueuses, ou plutôt solennelles. La lumière tombe obliquement, d’un coin du cadre, •et se distribue en oppositions vives et brusques d'om
2l’art et l’ésotérisme 2o5 bres et de clartés. C’est lui qui se fait tachiste et im pressionniste quand il se rapproche de l’école réaliste, comme Rochegrosse (le chevalier aux Fleurs, salle 16n° 1574 nous en offre cette année un exemple fort re marquable. Il se plaît aux mêmes oppositions dans la couleur, il les produit alors par des juxtapositions de surfaces plates en couleurs complémentaires. Du reste il ignore les nuances, et, comme le bleu foncé (bleu de Prusse) est sa couleur favorite, sa peinture en est presque toujours assombrie ; ses chairs notamment affectent un ton sale, Au Champ-de-Mars nous citerons comme exemples de ce type, ou du moins comme s’en rapprochant: Aux Champs Elysées. Louise Abbéma (Place de la Concorde, salle 3y) ; Jeanniot (Conseil de révision, salle 4, n° 63g) ; LaurensJ.-P. (Pape et Empereur, salle 10, n° 1072). Bonnat (Triomphe de l’art, salle 3o, n° 224); Chocarne-Moreau (les Ecrevisses, salle 26, n° 135)^ Emouvoir est aussi la pensée du sentimental (ou romantique), mais c’est dans la passion, non dans le raisonnement ou le convenu, qu’il cherche ses effets. Il est plus naturel que l’intellectuel, au point même d’être parfois aussi relâché que celui-ci était distingué. Il est doux aussi, gracieux, caressant, voluptueux au lieu d’être violent et pompeux; il songe surtout à exercer la pitié, à charmer, à plaire par la variété et la vie. Il a volontiers du mouvement, de la chaleur, quoique susceptible de tomber dans l’afféterie. Il fait
32o6 l’initiation alors du drame, là où l’intellectuel aurait fait de la tragédie. Il se plaît à la peinture militaire, aux sujets mytho logiques, allégoriques, et surtout aux tableaux de genre sentimentaux ; il n'est pas ennemi du portrait, pourvu qu’il trouve à y exprimer de la grâce ou quelques sen timents touchants. Sa lumière, son dessin, sa couleur se ressentent des mêmes caractères. La lumière de ses tableaux est oblique comme celle du classique, mais sans contrastes violents d’ombres et de clarté; il aime au contraire à la disséminer sur une quantité de détails, mais à la fondre avec les ombres par des demi-teintes et des reflets. Ses ciels sont clairs, variés de nuages lumineux ; ses horizons fuient bien sans atteindre cependant à la finesse de ceux de l'idéaliste. Sa composition est animée,mais il tombe facilement ou dans la vulgarité ou dans l’exagération des mouve ments, ou dans l’affectation, il aime les foules et sait bien les distribuer. Sa couleur est brillante, sa palette est riche ; il se plaît à l’emploi de toutes les couleurs simples ou composées, et il sait mieux que qui que ce soit les dis poser en une symphonie harmonieuse. Cependant ses préférences sont pour le rouge: aussi ses tableaux en ont-ils souvent la tonalité ; il prépare volontiers sa toile par une couche de brun destinée à donner de la chaleur à tous ses tons. 11 est coloriste, mais il ne connaît pas les demitons, les nuances si chères au réaliste qui, à cause
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
12 04l’initiation l’idéaliste, ou d’éveiller la mémoire comme le réaliste; •et ce but c’est par des effets raisonnés plutôt que sentis qu’il le poursuit. Il est pompeux, théâtral; il aime les oppositions, les contrastes, les effets heurtés qui émeuvent aisément et violemment. Comme il se rapproche de l’idéaliste, un certain sentiment d’unité lui donne quelques qualités spé ciales : la tendance à rassembler ses compositions par groupes distincts, le talent de caractériser vivement touteindividualité, et une certaine finesse, une distinc tion naturelle, qui l’éloigne de toute forme vulgaire. Ces propriétés lui font préférer trois sortes de sujets : le portrait, qui caractérise; le tableau d’histoire, qui joint au portrait la violence du drame, la solennité des gestes, et le tableau de genre, mais satyrique, cri tique, allant au besoin jusqu’à la caricature, non le tableau de genre sentimental. En dehors du portrait, sa composition est mouve mentée, et disposée par groupes et parplans nettement .séparés. Ses personnages ont des poses étudiées, théâ trales plutôt que naturelles; son tableau ne manque pas de ciel, mais il le fait toujours brumeux, gris, lourd, comme ses lointains qui ne fuient pas nette ment. Il a plus de relief que l’idéaliste, mais, comme il pro cède par méplats, ses figures offrent peu de modelé ; les formes en sont toujours nobles et distinguées, .souvent majestueuses, ou plutôt solennelles. La lumière tombe obliquement, d’un coin du cadre, •et se distribue en oppositions vives et brusques d'om
2l’art et l’ésotérisme 2o5 bres et de clartés. C’est lui qui se fait tachiste et im pressionniste quand il se rapproche de l’école réaliste, comme Rochegrosse (le chevalier aux Fleurs, salle 16n° 1574 nous en offre cette année un exemple fort re marquable. Il se plaît aux mêmes oppositions dans la couleur, il les produit alors par des juxtapositions de surfaces plates en couleurs complémentaires. Du reste il ignore les nuances, et, comme le bleu foncé (bleu de Prusse) est sa couleur favorite, sa peinture en est presque toujours assombrie ; ses chairs notamment affectent un ton sale, Au Champ-de-Mars nous citerons comme exemples de ce type, ou du moins comme s’en rapprochant: Aux Champs Elysées. Louise Abbéma (Place de la Concorde, salle 3y) ; Jeanniot (Conseil de révision, salle 4, n° 63g) ; LaurensJ.-P. (Pape et Empereur, salle 10, n° 1072). Bonnat (Triomphe de l’art, salle 3o, n° 224); Chocarne-Moreau (les Ecrevisses, salle 26, n° 135)^ Emouvoir est aussi la pensée du sentimental (ou romantique), mais c’est dans la passion, non dans le raisonnement ou le convenu, qu’il cherche ses effets. Il est plus naturel que l’intellectuel, au point même d’être parfois aussi relâché que celui-ci était distingué. Il est doux aussi, gracieux, caressant, voluptueux au lieu d’être violent et pompeux; il songe surtout à exercer la pitié, à charmer, à plaire par la variété et la vie. Il a volontiers du mouvement, de la chaleur, quoique susceptible de tomber dans l’afféterie. Il fait
32o6 l’initiation alors du drame, là où l’intellectuel aurait fait de la tragédie. Il se plaît à la peinture militaire, aux sujets mytho logiques, allégoriques, et surtout aux tableaux de genre sentimentaux ; il n'est pas ennemi du portrait, pourvu qu’il trouve à y exprimer de la grâce ou quelques sen timents touchants. Sa lumière, son dessin, sa couleur se ressentent des mêmes caractères. La lumière de ses tableaux est oblique comme celle du classique, mais sans contrastes violents d’ombres et de clarté; il aime au contraire à la disséminer sur une quantité de détails, mais à la fondre avec les ombres par des demi-teintes et des reflets. Ses ciels sont clairs, variés de nuages lumineux ; ses horizons fuient bien sans atteindre cependant à la finesse de ceux de l'idéaliste. Sa composition est animée,mais il tombe facilement ou dans la vulgarité ou dans l’exagération des mouve ments, ou dans l’affectation, il aime les foules et sait bien les distribuer. Sa couleur est brillante, sa palette est riche ; il se plaît à l’emploi de toutes les couleurs simples ou composées, et il sait mieux que qui que ce soit les dis poser en une symphonie harmonieuse. Cependant ses préférences sont pour le rouge: aussi ses tableaux en ont-ils souvent la tonalité ; il prépare volontiers sa toile par une couche de brun destinée à donner de la chaleur à tous ses tons. 11 est coloriste, mais il ne connaît pas les demitons, les nuances si chères au réaliste qui, à cause
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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