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1l’art et l’ésotérisme 197 La première question à laquelle nous avons songé à l’appliquer, en esthétique, a été la définition de l’art lui-même, et plus spécialement de l’art de la peinture dont il s’agit seul ici, car c’est faute de pré ciser cette définition fondamentale que la plupart des critiques s’égarent sans le savoir en discussions de mots. Personne ne nous refusera, sans doute, cette défini tion précise d’Hegel qui représente l’Art comme l’in corporation de l’idée, du Verbe, dans les Formes de la nature, lesquelles ont leur signification propre (1). La Peinture correspond à l’une de ces incarnations les plus corporelles, mais elle est la première de cet ordre grâce à l’étendue presque illimitée et à la vie que lui donnent la perspective et la couleur. Cette définition est cependant trop étendue pour ne pas laisser place à plusieurs écoles; mais nous allons montrer que les principales naissent, selon une loi naturelle, de la considération exclusive de chacune de ses faces, la vérité n’étant que dans l’ac ceptation synthétique de leur ensemble. Vous verrez en effet toute une catégorie de cri tiques se fonder uniquement sur ce principe que l’art ne peut avoir d’autre but que d’influencer la pensée publique pour la spiritualiser; c’est la critique de l’école idéaliste; elle ne voit que le Verbe dans la pro duction artistique. D’autres à l’inverse vous soutiendront que l’Art doit être avant tout le reflet de la réalité, où qu’elle Philosophie de ¡.'Esprit, 55-55g. 198 l’initiation soit; ceux-là ne voient que le corps naturel du Verbe; vous reconnaissez avec eux tout un ensemble d’écoles plus particulièrement répandues de notre temps, mais moins modernes qu'on ne pourrait le croire.
2Entre ces deux doctrines opposées, il s’en place d’intermédiaires pour qui l’idéal est tout entier dans l’âme humaine, tout subjectif, et ces écoles s’oppo sent encore entre elles comme les précédentes, les unes, plus rapprochées des idéalistes, ne reconnais sant dans le Verbe humain que la raison, reflet d’un idéal immuable; les autres, plus près des naturalistes, ne s’adressant qu’au sentiment, à la chaleur variable des passions ; les unes se réclamant de l’enthou siasme intellectuel, les autres du charme sentimen tal. Vous reconnaissez assez les Classiques et les Romantiques. Ces divisions si simples sont dans tous les esprits comme leur succession dans le temps est dans toutes les mémoires ; les classiques nés des idéalistes se sont effacés devant les romantiques de qui les naturalistes héritent aujourd’hui. Mais il y a bien d’autres sources de divisions : Parmi les peintres de toute école,les uns s’attachent plus au Verbe, à l’âme de l’Art, qu’à son corps, de mandent plus d’effet au sujet lui-même qu’à son exé cution; tel fut, par exemple, Ary Scheffer : D’autres, au contraire, subordonnent le sujet à la peinture, met tant le style au-dessus de l’idée; et encore, parmi ceux-là, verrons-nous les coloristes, comme Delacroix, s’apposer aux dessinateurs, comme Ingres. Il en est, ensuite, qui se distinguent par la prétention d’asl’art et l’ésotérisme 199 treindre ou la peinture à certains sujets déterminés (comme le paysage historique du concours acadé mique) ou l'exécution à certaines règles étroites qu’ils assurent inhérentes au sujet même ; cette particularité réunit les académiciens et les symbolistes. Parmi les coloristes encore, tout le monde se rappelle les rivalités des impressionnistes, des tachistes et des par tisans du plein air.
3Il semble que tant d’opinions, dont chacune aspire à faire école, s’ajoutant aux distinctions principales, soient de nature à créer dans l’art du peintre une con fusion inextricable, irrémédiable, et c’est ce que dé plorent bon nombre de critiques. Il n’en est rien cependant, en réalité, grâce à une particularité natu relle peu connue ou négligé jusqu’ici : Toutes ces variétés d’opinions, au lieu de se juxta poser, s’excluent l’une ou l’autre ou s’appellent, au contraire, de sorte qu’elles se rangent en quatre ordres correspondant à autant de types naturels d’artistes assez faciles à reconnaître, bien qu’ils s’accusent rare ment dans toute leur pureté : Ainsi un idéaliste ne sera généralement pas coloriste, ni inversement un réa liste ne sera pas classique, et ainsi des autres écoles. Il nous est impossible de montrer dans, les limites restreintes de cet article tous les détails par lesquels se révèlent chacun de ces types; nous allons en donner du moins les traits principaux en les cherchant dans le sujet, la composition, le dessin et la couleur. Pour éviter autant que possible toute terminologie mo derne, nous les désignerons par les termes connus ou simples, sinon suffisamment exacts à.’idéalistes, de
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1l’art et l’ésotérisme 197 La première question à laquelle nous avons songé à l’appliquer, en esthétique, a été la définition de l’art lui-même, et plus spécialement de l’art de la peinture dont il s’agit seul ici, car c’est faute de pré ciser cette définition fondamentale que la plupart des critiques s’égarent sans le savoir en discussions de mots. Personne ne nous refusera, sans doute, cette défini tion précise d’Hegel qui représente l’Art comme l’in corporation de l’idée, du Verbe, dans les Formes de la nature, lesquelles ont leur signification propre (1). La Peinture correspond à l’une de ces incarnations les plus corporelles, mais elle est la première de cet ordre grâce à l’étendue presque illimitée et à la vie que lui donnent la perspective et la couleur. Cette définition est cependant trop étendue pour ne pas laisser place à plusieurs écoles; mais nous allons montrer que les principales naissent, selon une loi naturelle, de la considération exclusive de chacune de ses faces, la vérité n’étant que dans l’ac ceptation synthétique de leur ensemble. Vous verrez en effet toute une catégorie de cri tiques se fonder uniquement sur ce principe que l’art ne peut avoir d’autre but que d’influencer la pensée publique pour la spiritualiser; c’est la critique de l’école idéaliste; elle ne voit que le Verbe dans la pro duction artistique. D’autres à l’inverse vous soutiendront que l’Art doit être avant tout le reflet de la réalité, où qu’elle Philosophie de ¡.'Esprit, 55-55g. 198 l’initiation soit; ceux-là ne voient que le corps naturel du Verbe; vous reconnaissez avec eux tout un ensemble d’écoles plus particulièrement répandues de notre temps, mais moins modernes qu'on ne pourrait le croire.
2Entre ces deux doctrines opposées, il s’en place d’intermédiaires pour qui l’idéal est tout entier dans l’âme humaine, tout subjectif, et ces écoles s’oppo sent encore entre elles comme les précédentes, les unes, plus rapprochées des idéalistes, ne reconnais sant dans le Verbe humain que la raison, reflet d’un idéal immuable; les autres, plus près des naturalistes, ne s’adressant qu’au sentiment, à la chaleur variable des passions ; les unes se réclamant de l’enthou siasme intellectuel, les autres du charme sentimen tal. Vous reconnaissez assez les Classiques et les Romantiques. Ces divisions si simples sont dans tous les esprits comme leur succession dans le temps est dans toutes les mémoires ; les classiques nés des idéalistes se sont effacés devant les romantiques de qui les naturalistes héritent aujourd’hui. Mais il y a bien d’autres sources de divisions : Parmi les peintres de toute école,les uns s’attachent plus au Verbe, à l’âme de l’Art, qu’à son corps, de mandent plus d’effet au sujet lui-même qu’à son exé cution; tel fut, par exemple, Ary Scheffer : D’autres, au contraire, subordonnent le sujet à la peinture, met tant le style au-dessus de l’idée; et encore, parmi ceux-là, verrons-nous les coloristes, comme Delacroix, s’apposer aux dessinateurs, comme Ingres. Il en est, ensuite, qui se distinguent par la prétention d’asl’art et l’ésotérisme 199 treindre ou la peinture à certains sujets déterminés (comme le paysage historique du concours acadé mique) ou l'exécution à certaines règles étroites qu’ils assurent inhérentes au sujet même ; cette particularité réunit les académiciens et les symbolistes. Parmi les coloristes encore, tout le monde se rappelle les rivalités des impressionnistes, des tachistes et des par tisans du plein air.
3Il semble que tant d’opinions, dont chacune aspire à faire école, s’ajoutant aux distinctions principales, soient de nature à créer dans l’art du peintre une con fusion inextricable, irrémédiable, et c’est ce que dé plorent bon nombre de critiques. Il n’en est rien cependant, en réalité, grâce à une particularité natu relle peu connue ou négligé jusqu’ici : Toutes ces variétés d’opinions, au lieu de se juxta poser, s’excluent l’une ou l’autre ou s’appellent, au contraire, de sorte qu’elles se rangent en quatre ordres correspondant à autant de types naturels d’artistes assez faciles à reconnaître, bien qu’ils s’accusent rare ment dans toute leur pureté : Ainsi un idéaliste ne sera généralement pas coloriste, ni inversement un réa liste ne sera pas classique, et ainsi des autres écoles. Il nous est impossible de montrer dans, les limites restreintes de cet article tous les détails par lesquels se révèlent chacun de ces types; nous allons en donner du moins les traits principaux en les cherchant dans le sujet, la composition, le dessin et la couleur. Pour éviter autant que possible toute terminologie mo derne, nous les désignerons par les termes connus ou simples, sinon suffisamment exacts à.’idéalistes, de
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