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12 00 l'initiation réalistes, d’intellectuels (les classiques) et de senti mentaux (les romantiques). L’Idéaliste sacrifie tout à la pensée qu’il veut rendre. ■Ses sujets sont empruntés de préférence à la vie ultra terrestre ou au moins aux scènes religieuses. H les traite avec la plus grande sobriété, avec le moins de personnages ou d’objets possible, tendant à tout ra mener à l’unité par ce symbole. Le calme domine sa composition qu’il se plaît à faire majestueuse bien qu’il n’aime guère les grandes toiles. Ses figures sont réduites comme son ensemble à leur plus simple expression ; le contour, la silhouette des choses et des êtres, lui suffit presque, mais il les exécute avec une vérité, une pureté, une finesse dont il a seul le secret ; ses formes sont nobles, sans exagé ration, reposantes, sereines. Sa couleur n’est pas moins sobre ; il lui suffit pour ainsi dire d’en indiquer la teinte d’une touche légère et uniforme; il veut ignorer les nuances qui rompent l’Unité. Ce qui le distingue autant que cet amour de la sim plicité, c’est celui de l’espace et de la clarté. L’idéaliste ■aime les vastes horizons ; il excelle à les rendre avec autant de finesse que de vérité; ses tableaux sont lar gement pourvus d’un ciel profond et clair qui verse surtout une lumière calme et pénétrante. C’est du Zé nith qu’il la répand comme un effluve divin ; lui-même aperçoit toutes choses des régions supérieures et d’une vue d’ensemble; la ligne d’horizon est très abaissée dans ses tableaux. Ce type d’artiste est particulièrement rare de notre
2l'art et l’ésotérisme 201 temps ; on en trouvera beaucoup des caractères dansla lumière, ou le calme de composition de Puvis deChavannes, qui y ajoute d’autres qualités toutes con traires et sur qui nous reviendrons : Monchablon (Vernie ad me omnes, salle 16, n° i325); s’en appro che un peu plus ; nous pouvons citer encore : ’ Aux Champs-Elysées. Champ-de-Mars : Perret (Tirailleurs sénégalais, salle 22, n° 1439); Pinta (Cérès, salle 14, n° 1474); Barberiis (le Bon Turco, salle 26, n° 88); Butler (Clarence La Verne), la Fin du jour, salle 39, n° 336 ; Japy (Fin d’été, paysage, salle 7, n° 978); Le type exactement contraire est celui du réaliste. Pour lui, l’art de la peinture est presque borné à la vérité de la représentation et spécialement de la cou leur: il veut cette vérité complète en tous ses détails. Ses sujets préférés sont le paysage et les scènes d’in térieur de la plus grande simplicité, des plus vulgaires. Il aime beaucoup l’eau et excelle à la représenter. Sa peinture est calme, mais tout autrement que celle de l’idéaliste ; celui-ci représente la sérénité due à une foi profonde en l’absolu, celui-là l’apathie, l’inertie, l’abandon à la vie matérielle ; sa simplicité est celle du néant, non de la synthèse ; il ne songe pas à unifier son sujet, il n’en a point, pour ainsi dire ; il se con tente de voir les êtres au repos et de les reproduire. Ses tableaux sont dépourvus d’horizon ; ils man quent d’air, d’espace, parce qu’il ne voit que ce qui l’entoure immédiatement; ils n’ont ni ciel, ni persective, ou si du moins il ne peut les en priver corn202 L’INITIATION plètement, il place très haut la ligne d’horizon ; il voit de bas en haut. Il aime à tout représenter autant que possible de grandeur naturelle et à placer ses sujets sur le premier plan. Sa lumière est vaporeuse, brumeuse; quelquefois même il peint dans un brouillard véritable tant il a l’esprit de diffusion. Pour lui, les contours disparais sent ; il ne les dessine pas ; il se contente de les faire apparaître par la couleur. Ses formes sont lourdes, épaisses, boursoufflées sans noblesse, sans grâce même. Mais il a deux qualités où nul ne le surpasse: la science des nuances les plus délicates et l’harmonie des couleurs. Sa palette est des plus riches, mais sans éclat, parce qu’il sait admirablement rapprocher les couleurs qui se conviennent et les fondre par des nuances dont il a le secret. C’est lui qui a trouvé la vérité du plein air, qui l’a su réaliser, et en faire res sortir toutes les beautés en étudiant ces touches si fines qu’il sait donner à la lumière. Aussi est-ce par la couleur et la lumière seules qu’il arrive à modeler comme il supplée par elles au dessin ; mais il ne le sait faire que stfr le premier plan. C’est pourquoi son tableau offre au premier abord un aspect plat, lourd, ou brumeux, révoltant pour les préjugés de l’académicien ; mais une fois adapté au point qui est sur la toile même, l’œil s’étonne bientôt d’y recon naître une foule de finesses dont le charme ne se ren- . contre nulle part ailleurs. Les exemples de ce type abondent de nos jours.
3l'art et l’ésotérisme 203 C’est l’école qui s’affirme particulièrement au Champde-Mars, où l’on en peut étudier toutes les variétés, depuis la plus brumeuse avec Charles Conder (salle 8, n’s 270 à 275), ou Besnard (salon 3, n"s io5 à 106), jusqu’aux plus brillantes avec Boutet de Monvel (salon 4, ?), Dubuffe (salon io),Carolus Durand (salon 11). Aux Champs-Elysés ils sont nombreux encore; nous pouvons citer parmi les plus caractéristiques : Gorguet (la Cueillette, salle i3. n° 814); Morler(Sous les pommiers, salle 14, n° i35o); Buffet (le Défilé de la hache, Salammbô, salle 3i, n° 320) ; Garrido (la Balançoire rustique, salle 21, n° 791); Richardson (Après le bain, salle 36, n° 1549) ; Morisset (la Machine à coudre, salle 22, n° 1342) ; Roset (Baigneuse, salle 26, n° 1 584) ; Robinson (Nymphe de la mer, salle 20, n° 1570). Ces deux types d’artistes {idéalistes et réalistesx sont comme les personnifications du Verbe divin et du Verbe de la Nature exprimés l’un par la forme et l’autre par la couleur, tous deux apaisants l’un par la sérénité, l’autre par le repos et l’harmonie. Deux autres types vont nous révéler le Verbe humain dans toutes les ardeurs vivantes de sa double activité : intellectuelle ou sentimentale. Ici la vivacité des sujets, des formes et des couleurs remplace la la placidité des précédents, mais en deux styles bien différents. A l’Intellectuel répond le peintre classique. Son but est d’émouvoir plutôt que d’élever l’esprit comme
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
12 00 l'initiation réalistes, d’intellectuels (les classiques) et de senti mentaux (les romantiques). L’Idéaliste sacrifie tout à la pensée qu’il veut rendre. ■Ses sujets sont empruntés de préférence à la vie ultra terrestre ou au moins aux scènes religieuses. H les traite avec la plus grande sobriété, avec le moins de personnages ou d’objets possible, tendant à tout ra mener à l’unité par ce symbole. Le calme domine sa composition qu’il se plaît à faire majestueuse bien qu’il n’aime guère les grandes toiles. Ses figures sont réduites comme son ensemble à leur plus simple expression ; le contour, la silhouette des choses et des êtres, lui suffit presque, mais il les exécute avec une vérité, une pureté, une finesse dont il a seul le secret ; ses formes sont nobles, sans exagé ration, reposantes, sereines. Sa couleur n’est pas moins sobre ; il lui suffit pour ainsi dire d’en indiquer la teinte d’une touche légère et uniforme; il veut ignorer les nuances qui rompent l’Unité. Ce qui le distingue autant que cet amour de la sim plicité, c’est celui de l’espace et de la clarté. L’idéaliste ■aime les vastes horizons ; il excelle à les rendre avec autant de finesse que de vérité; ses tableaux sont lar gement pourvus d’un ciel profond et clair qui verse surtout une lumière calme et pénétrante. C’est du Zé nith qu’il la répand comme un effluve divin ; lui-même aperçoit toutes choses des régions supérieures et d’une vue d’ensemble; la ligne d’horizon est très abaissée dans ses tableaux. Ce type d’artiste est particulièrement rare de notre
2l'art et l’ésotérisme 201 temps ; on en trouvera beaucoup des caractères dansla lumière, ou le calme de composition de Puvis deChavannes, qui y ajoute d’autres qualités toutes con traires et sur qui nous reviendrons : Monchablon (Vernie ad me omnes, salle 16, n° i325); s’en appro che un peu plus ; nous pouvons citer encore : ’ Aux Champs-Elysées. Champ-de-Mars : Perret (Tirailleurs sénégalais, salle 22, n° 1439); Pinta (Cérès, salle 14, n° 1474); Barberiis (le Bon Turco, salle 26, n° 88); Butler (Clarence La Verne), la Fin du jour, salle 39, n° 336 ; Japy (Fin d’été, paysage, salle 7, n° 978); Le type exactement contraire est celui du réaliste. Pour lui, l’art de la peinture est presque borné à la vérité de la représentation et spécialement de la cou leur: il veut cette vérité complète en tous ses détails. Ses sujets préférés sont le paysage et les scènes d’in térieur de la plus grande simplicité, des plus vulgaires. Il aime beaucoup l’eau et excelle à la représenter. Sa peinture est calme, mais tout autrement que celle de l’idéaliste ; celui-ci représente la sérénité due à une foi profonde en l’absolu, celui-là l’apathie, l’inertie, l’abandon à la vie matérielle ; sa simplicité est celle du néant, non de la synthèse ; il ne songe pas à unifier son sujet, il n’en a point, pour ainsi dire ; il se con tente de voir les êtres au repos et de les reproduire. Ses tableaux sont dépourvus d’horizon ; ils man quent d’air, d’espace, parce qu’il ne voit que ce qui l’entoure immédiatement; ils n’ont ni ciel, ni persective, ou si du moins il ne peut les en priver corn202 L’INITIATION plètement, il place très haut la ligne d’horizon ; il voit de bas en haut. Il aime à tout représenter autant que possible de grandeur naturelle et à placer ses sujets sur le premier plan. Sa lumière est vaporeuse, brumeuse; quelquefois même il peint dans un brouillard véritable tant il a l’esprit de diffusion. Pour lui, les contours disparais sent ; il ne les dessine pas ; il se contente de les faire apparaître par la couleur. Ses formes sont lourdes, épaisses, boursoufflées sans noblesse, sans grâce même. Mais il a deux qualités où nul ne le surpasse: la science des nuances les plus délicates et l’harmonie des couleurs. Sa palette est des plus riches, mais sans éclat, parce qu’il sait admirablement rapprocher les couleurs qui se conviennent et les fondre par des nuances dont il a le secret. C’est lui qui a trouvé la vérité du plein air, qui l’a su réaliser, et en faire res sortir toutes les beautés en étudiant ces touches si fines qu’il sait donner à la lumière. Aussi est-ce par la couleur et la lumière seules qu’il arrive à modeler comme il supplée par elles au dessin ; mais il ne le sait faire que stfr le premier plan. C’est pourquoi son tableau offre au premier abord un aspect plat, lourd, ou brumeux, révoltant pour les préjugés de l’académicien ; mais une fois adapté au point qui est sur la toile même, l’œil s’étonne bientôt d’y recon naître une foule de finesses dont le charme ne se ren- . contre nulle part ailleurs. Les exemples de ce type abondent de nos jours.
3l'art et l’ésotérisme 203 C’est l’école qui s’affirme particulièrement au Champde-Mars, où l’on en peut étudier toutes les variétés, depuis la plus brumeuse avec Charles Conder (salle 8, n’s 270 à 275), ou Besnard (salon 3, n"s io5 à 106), jusqu’aux plus brillantes avec Boutet de Monvel (salon 4, ?), Dubuffe (salon io),Carolus Durand (salon 11). Aux Champs-Elysés ils sont nombreux encore; nous pouvons citer parmi les plus caractéristiques : Gorguet (la Cueillette, salle i3. n° 814); Morler(Sous les pommiers, salle 14, n° i35o); Buffet (le Défilé de la hache, Salammbô, salle 3i, n° 320) ; Garrido (la Balançoire rustique, salle 21, n° 791); Richardson (Après le bain, salle 36, n° 1549) ; Morisset (la Machine à coudre, salle 22, n° 1342) ; Roset (Baigneuse, salle 26, n° 1 584) ; Robinson (Nymphe de la mer, salle 20, n° 1570). Ces deux types d’artistes {idéalistes et réalistesx sont comme les personnifications du Verbe divin et du Verbe de la Nature exprimés l’un par la forme et l’autre par la couleur, tous deux apaisants l’un par la sérénité, l’autre par le repos et l’harmonie. Deux autres types vont nous révéler le Verbe humain dans toutes les ardeurs vivantes de sa double activité : intellectuelle ou sentimentale. Ici la vivacité des sujets, des formes et des couleurs remplace la la placidité des précédents, mais en deux styles bien différents. A l’Intellectuel répond le peintre classique. Son but est d’émouvoir plutôt que d’élever l’esprit comme
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