Fetching
One moment.
Fetching
One moment.
1I l’initiation * * * « Un Allemand a dit « Die Sociale Frage ist eine Magenfrage. » (La question sociale est une question d’estomac.) « E questione die famé, » disent les Italiens. Si un artiste cherchait à symboliser la Société, il devrait la montrer debout sur une miche de pain. O tez le pain^ la société tombe. Plus banalement encore, si quelqu’un se veut inter roger sérieusement et sincèrement, il reconnaîtra.que, s’il ne mange pas, il ne pense .pas. L’homme qui souffre de la faim retourne à l’animalitéy et nul déve loppement de ses facultés psychiques n’est normale ment possible. Ceci, n’a rien à faire avec cette vertu fantaisiste qu’on dénome la Tempérance. Il n’est point question de quantité, mais de suffisance. Si par l’in gestion d’une matière en proportion infinitésimale on pouvait supprimer la faim, le devoir de la Société serait d’assurer à tout homme l’usage de ce milli gramme de matière. La faim, n’en déplaise aux philosophes et aux poètes, est la plus grande préoccupation de l’homme : qui n’a pas déjeuné ne pense qu’au dîner éventuel. « Lorsque la Nature évolue un embryon humain,, lisons-nous dans Isis dévoilée, son intention est qu’un homme soit parachevé: a, physiquement; b, intellec tuellement; c, psychiquement. » Dans la chaîne évolutive, le développement, le.,para chèvement physique précède nécessairement le déve loppement moral.. Ainsi dans la. nature, en toutes ses.
2VENTRE ET CERVEAU *97 manifestations : minéral, végétal, animal, stades qui constituent l’homme, évoluant vers . un stade supé rieur, futur. . Ce qui distingue l’homme des êtres inférieurs, c’est -que ceux-ci ont.seulement l’instinct de conserver leur existence, mais que l’homme a la conscience des moyens à employer pour diminuer la difficulté de vivre, dont le premier et le plus efficace lui est apparu sous forme de socialisation. ■ Un homme a dit à un autre: « Je suis fort, tu es agile, grimpe sur mes épaules et cueille ces fruits pour nous deux. » D’autres sont venus et ont dit, ou auraient dû dire : « Mettons nos efforts en commun et conquérons, tous avec tous et pour tous, ce qui est nécessaire à notre subsistance. » La société vraie est — serait — celle où l’homme, de par l’acceptation du pacte social, s’est assuré pour toute la durée de son existence la non-souffrance ma térielle. Il ne s’agit ici ni de satisfactions ni de jouissances, — manifestations spéciales à l’individualité, — mais de la conservation de la vie en son expression positive. « La société, a dit Humboldt, ne doit pas se pré occuper de donner aux citoyens le bonheur, mais la sécurité. » La sécurité, c’est la certitude de vivre. ‘La société n’est instituée en principe que pour garantir cette cer titude à tous ses membres.
3i j' r 198 l’initiation De l’évolution antérieure l’homme a acquis un estomac et des poumons. L’estomac reçoit la matière, les poumons reçoivent la force. La force est apportée par l’air qui est épandu partout et qui est acquis à l’homme sans effort personnel. La subsistance — matière — doit être conquise. De plus cette résistance à la vie se complique pour l’homme de souffrances accessoires, mais non moins terribles que la faim. A celles-ci, il faut opposer des engins fabriqués, logis, vêtements, qui, pour être suf fisants, nécessitent l’intervention de la mutualité. Sans parler de la lutte contre les animaux qui a nécessité le concours de plusieurs en raison de la brutalité à vaincre, il est même à remarquer qu’eu ce dernier cas, le rôle social n’a jamais été discuté. On a toujours compris que si quelque bête féroce rôdait, le danger d’un seul se compliquait du danger de tous, et le groupe s’est uni pour détruire l’ennemi. Encore le fauve ne paraît-il qu’accidentellement, tandis que l’éternel ennemi, la faim, est toujours pré sent et menaçant. Pourquoi ne s’est-on pas uni contre elle comme on l’a fait contre le tigre ou le lion ? Est-ce parce que le péril destarvation — mot anglais qui signifie mort par la faim et devrait être accepté par notre langue — est individuel et que certains sont sûrs de 11e jamais l’encourir? Est-ce la réalité? Qui est absolument certain de ne jamais, 11e disons pas mourir, mais souffrir delà faim? Le riche que les jeux sociaux ont réduit à la misère ne doit-il pas faire un retour sur lui-même et se demander comment il a été
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1I l’initiation * * * « Un Allemand a dit « Die Sociale Frage ist eine Magenfrage. » (La question sociale est une question d’estomac.) « E questione die famé, » disent les Italiens. Si un artiste cherchait à symboliser la Société, il devrait la montrer debout sur une miche de pain. O tez le pain^ la société tombe. Plus banalement encore, si quelqu’un se veut inter roger sérieusement et sincèrement, il reconnaîtra.que, s’il ne mange pas, il ne pense .pas. L’homme qui souffre de la faim retourne à l’animalitéy et nul déve loppement de ses facultés psychiques n’est normale ment possible. Ceci, n’a rien à faire avec cette vertu fantaisiste qu’on dénome la Tempérance. Il n’est point question de quantité, mais de suffisance. Si par l’in gestion d’une matière en proportion infinitésimale on pouvait supprimer la faim, le devoir de la Société serait d’assurer à tout homme l’usage de ce milli gramme de matière. La faim, n’en déplaise aux philosophes et aux poètes, est la plus grande préoccupation de l’homme : qui n’a pas déjeuné ne pense qu’au dîner éventuel. « Lorsque la Nature évolue un embryon humain,, lisons-nous dans Isis dévoilée, son intention est qu’un homme soit parachevé: a, physiquement; b, intellec tuellement; c, psychiquement. » Dans la chaîne évolutive, le développement, le.,para chèvement physique précède nécessairement le déve loppement moral.. Ainsi dans la. nature, en toutes ses.
2VENTRE ET CERVEAU *97 manifestations : minéral, végétal, animal, stades qui constituent l’homme, évoluant vers . un stade supé rieur, futur. . Ce qui distingue l’homme des êtres inférieurs, c’est -que ceux-ci ont.seulement l’instinct de conserver leur existence, mais que l’homme a la conscience des moyens à employer pour diminuer la difficulté de vivre, dont le premier et le plus efficace lui est apparu sous forme de socialisation. ■ Un homme a dit à un autre: « Je suis fort, tu es agile, grimpe sur mes épaules et cueille ces fruits pour nous deux. » D’autres sont venus et ont dit, ou auraient dû dire : « Mettons nos efforts en commun et conquérons, tous avec tous et pour tous, ce qui est nécessaire à notre subsistance. » La société vraie est — serait — celle où l’homme, de par l’acceptation du pacte social, s’est assuré pour toute la durée de son existence la non-souffrance ma térielle. Il ne s’agit ici ni de satisfactions ni de jouissances, — manifestations spéciales à l’individualité, — mais de la conservation de la vie en son expression positive. « La société, a dit Humboldt, ne doit pas se pré occuper de donner aux citoyens le bonheur, mais la sécurité. » La sécurité, c’est la certitude de vivre. ‘La société n’est instituée en principe que pour garantir cette cer titude à tous ses membres.
3i j' r 198 l’initiation De l’évolution antérieure l’homme a acquis un estomac et des poumons. L’estomac reçoit la matière, les poumons reçoivent la force. La force est apportée par l’air qui est épandu partout et qui est acquis à l’homme sans effort personnel. La subsistance — matière — doit être conquise. De plus cette résistance à la vie se complique pour l’homme de souffrances accessoires, mais non moins terribles que la faim. A celles-ci, il faut opposer des engins fabriqués, logis, vêtements, qui, pour être suf fisants, nécessitent l’intervention de la mutualité. Sans parler de la lutte contre les animaux qui a nécessité le concours de plusieurs en raison de la brutalité à vaincre, il est même à remarquer qu’eu ce dernier cas, le rôle social n’a jamais été discuté. On a toujours compris que si quelque bête féroce rôdait, le danger d’un seul se compliquait du danger de tous, et le groupe s’est uni pour détruire l’ennemi. Encore le fauve ne paraît-il qu’accidentellement, tandis que l’éternel ennemi, la faim, est toujours pré sent et menaçant. Pourquoi ne s’est-on pas uni contre elle comme on l’a fait contre le tigre ou le lion ? Est-ce parce que le péril destarvation — mot anglais qui signifie mort par la faim et devrait être accepté par notre langue — est individuel et que certains sont sûrs de 11e jamais l’encourir? Est-ce la réalité? Qui est absolument certain de ne jamais, 11e disons pas mourir, mais souffrir delà faim? Le riche que les jeux sociaux ont réduit à la misère ne doit-il pas faire un retour sur lui-même et se demander comment il a été
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
No commentary for this page.