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16 l’initiation prendre (pour ceux qui l'étudient sérieusement, s’en tend!, c’est bien évidemment à cause des complica tions dans lesquelles l’étudiant s'embrouille dès le début. Nous passons auprès de nos lecteurs habituels pour un auteur aimant user et même abuser des ima ges et des comparaisons ; défaut ou qualité, c'est là une habitude invétérée que nous n’abandonnerons pas plus dans cet ouvrage que dans nos précédents. Aussi ne pouvons-nous mieux commencer notre étude sur la magie que par une question peut-être saugre nue : Avez-vous quelquefois regardé un fiacre déam bulant dans les rues de Paris ? — Pourquoi cette demande bizarre, me direz-vous ? — Tout simple ment parce que, si vous avez sérieusement regardé ce fiacre, vous êtes à même de connaître très rapidement la mécanique, la philosophie, la physiologie et sur tout la magie. Voilà. Si ma question et surtout ma réponse vous semblent absurdes, c’est que vous ne savez pas regarder. Vous voyez, mais vous ne regardez pas ; vous ressentez pas sivement des sensations, mais vous n’avez pas l'habi tude de les raisonner, de chercher les rapports des choses, même les plus grossières en apparence. Socrate, voyant un jour passer dans les rues d'Athè nes un homme chargé de bois, regarda la manière artistique dont le bois était disposé. Il alla à l’homme, lui parla et en fit Xénophon. C’est que Socrate voyait avec son cerveau plus qu’avec ses yeux. Or, si vous voulez étudier la magie, commencez par bien comprendre que tout ce qui vous frappe autour de vous, toutes ces choses qui agissent sur vos sens
2DÉFINITION DE LA MAGIE 7 l i physiques, le monde visible enfin, tout cela n’est intéressant que comme des traductions en un lan gage gr< ssier de lois et d'idées qui se dégageront de la sensation quand cette sensation aura été non seule ment filtrée par, les organes du sens, mais encore digérée p ir votre cerveau. Ce qui vous intéresse dans un homme, si vous êtes sérieux, ce ne sont pas ses habits, c'est le caractère, la façon d’agir de cet homme. Les habits et surtout la manière de les porter peuvent bien indiquer par à peu près l'éducation de cet homme : mais ce ne sont que des reflets, des images plus ou moins exactes de sa nature intime. Or tous les phénomènes physiques qui frappent nos sens ne sont que des reflets, des habits, des principes bien plus élevés : des idées. Ce bronze qui est devant moi n'est que l'habit dont l’artiste a revêtu son idée; cette chaise là-bas est aussi la traduction en physique de l'idée de l’artisan, et, dans la nature tout entière, un arbre, un insecte, une fleur sont des traductions en matériel d’un langage tout idéal, dans le sens vra1 du mot. Ce langage est incompris du savant qui ne s’oc cupe que des habits des choses, des phénomènes, et quia déjà fort à faire ; mais les poètes et les femmes savent intuitivement ce qu’est l’amour universel. Nous verrons tout à l’heure pourquoi la magie est la science de l'amour. Pour l’instant revenons à notre fiacre. Une voiture, un cheval, un cocher, voilà toute la philosophie, voilà toute la magie, à condition, bien
3L INI l IA I ION 8 entendu, de prendre ce grossier phénomène comme type analogique et de savoir regarder. Avez-vous remarqué que si l'ètre intelligent, le co cher, voulait faire marcher son fiacre sans cheval, le fiacre ne marcherait pas ? Ne riez pas et ne m'appelez pas Calino. car si je vous pose cette question, c'est que beaucoup se figu rent que la magie c’est l'art de faire marcher les fiacres sans chevaux, ou, pour traduire en langage un peu plus élevé, d’agir sur la matière par la volonté et sans aucun intermédiaire. Donc retenons ce premier point que. dans un fiacre, le cocher ne peut mettre et la voiture et luimême en mouvement sans un moteur qui, dans le cas actuel, est un cheval. Mais avez-vous remarqué que le cheval est plus fort que le cocher, et que, cependant, au moyen des rênes, le cocher utilise et domine la force brutale de l’animal qu’il conduit? Si vous avez remarqué tout cela, vous êtes déjà à moitié magicien et nous pouvons continuer sans crainte notre étude, mais toutefois en traduisant vos remarques en langage « cérébral ». Le cocher représente l’intelligence et surtout la volonté, ce qui gouverne tout le système, autrement le PRINCIPE DIRECTEUR. La voiture représente la matière, ce qui est inerte e ce qui supporte, autrement dit le principe mu. Le cheval représente la force. Obéissant au cocher et agissant sur la voiture, le cheval meut tout le sys tème. C’est le principe moteur qui est en même temps
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
16 l’initiation prendre (pour ceux qui l'étudient sérieusement, s’en tend!, c’est bien évidemment à cause des complica tions dans lesquelles l’étudiant s'embrouille dès le début. Nous passons auprès de nos lecteurs habituels pour un auteur aimant user et même abuser des ima ges et des comparaisons ; défaut ou qualité, c'est là une habitude invétérée que nous n’abandonnerons pas plus dans cet ouvrage que dans nos précédents. Aussi ne pouvons-nous mieux commencer notre étude sur la magie que par une question peut-être saugre nue : Avez-vous quelquefois regardé un fiacre déam bulant dans les rues de Paris ? — Pourquoi cette demande bizarre, me direz-vous ? — Tout simple ment parce que, si vous avez sérieusement regardé ce fiacre, vous êtes à même de connaître très rapidement la mécanique, la philosophie, la physiologie et sur tout la magie. Voilà. Si ma question et surtout ma réponse vous semblent absurdes, c’est que vous ne savez pas regarder. Vous voyez, mais vous ne regardez pas ; vous ressentez pas sivement des sensations, mais vous n’avez pas l'habi tude de les raisonner, de chercher les rapports des choses, même les plus grossières en apparence. Socrate, voyant un jour passer dans les rues d'Athè nes un homme chargé de bois, regarda la manière artistique dont le bois était disposé. Il alla à l’homme, lui parla et en fit Xénophon. C’est que Socrate voyait avec son cerveau plus qu’avec ses yeux. Or, si vous voulez étudier la magie, commencez par bien comprendre que tout ce qui vous frappe autour de vous, toutes ces choses qui agissent sur vos sens
2DÉFINITION DE LA MAGIE 7 l i physiques, le monde visible enfin, tout cela n’est intéressant que comme des traductions en un lan gage gr< ssier de lois et d'idées qui se dégageront de la sensation quand cette sensation aura été non seule ment filtrée par, les organes du sens, mais encore digérée p ir votre cerveau. Ce qui vous intéresse dans un homme, si vous êtes sérieux, ce ne sont pas ses habits, c'est le caractère, la façon d’agir de cet homme. Les habits et surtout la manière de les porter peuvent bien indiquer par à peu près l'éducation de cet homme : mais ce ne sont que des reflets, des images plus ou moins exactes de sa nature intime. Or tous les phénomènes physiques qui frappent nos sens ne sont que des reflets, des habits, des principes bien plus élevés : des idées. Ce bronze qui est devant moi n'est que l'habit dont l’artiste a revêtu son idée; cette chaise là-bas est aussi la traduction en physique de l'idée de l’artisan, et, dans la nature tout entière, un arbre, un insecte, une fleur sont des traductions en matériel d’un langage tout idéal, dans le sens vra1 du mot. Ce langage est incompris du savant qui ne s’oc cupe que des habits des choses, des phénomènes, et quia déjà fort à faire ; mais les poètes et les femmes savent intuitivement ce qu’est l’amour universel. Nous verrons tout à l’heure pourquoi la magie est la science de l'amour. Pour l’instant revenons à notre fiacre. Une voiture, un cheval, un cocher, voilà toute la philosophie, voilà toute la magie, à condition, bien
3L INI l IA I ION 8 entendu, de prendre ce grossier phénomène comme type analogique et de savoir regarder. Avez-vous remarqué que si l'ètre intelligent, le co cher, voulait faire marcher son fiacre sans cheval, le fiacre ne marcherait pas ? Ne riez pas et ne m'appelez pas Calino. car si je vous pose cette question, c'est que beaucoup se figu rent que la magie c’est l'art de faire marcher les fiacres sans chevaux, ou, pour traduire en langage un peu plus élevé, d’agir sur la matière par la volonté et sans aucun intermédiaire. Donc retenons ce premier point que. dans un fiacre, le cocher ne peut mettre et la voiture et luimême en mouvement sans un moteur qui, dans le cas actuel, est un cheval. Mais avez-vous remarqué que le cheval est plus fort que le cocher, et que, cependant, au moyen des rênes, le cocher utilise et domine la force brutale de l’animal qu’il conduit? Si vous avez remarqué tout cela, vous êtes déjà à moitié magicien et nous pouvons continuer sans crainte notre étude, mais toutefois en traduisant vos remarques en langage « cérébral ». Le cocher représente l’intelligence et surtout la volonté, ce qui gouverne tout le système, autrement le PRINCIPE DIRECTEUR. La voiture représente la matière, ce qui est inerte e ce qui supporte, autrement dit le principe mu. Le cheval représente la force. Obéissant au cocher et agissant sur la voiture, le cheval meut tout le sys tème. C’est le principe moteur qui est en même temps
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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