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1PARTIE INITIATIQUE <AIIL1I ^LAIMARIOI ET LA SCIENCE SPIRITUALISTE La réaction positiviste et surtout matérialiste qui se dessina nettement dans le monde philosophique dès le xviii0 siècle envahit les centres scientifiques au commencement de notre siècle et bouleversa sin gulièrement les méthodes jusqu’alors employées. L’analyse à outrance, la recherche du détail et la royauté brutale du fait isolé remplacèrent partout la largeur de vues, la hauteur de conception et les grandes envolées de l’esprit français d’autrefois, à tel point que l’irrespectueuse boutade d’Edgar Poë, dans sa lettre-introduction d’ÆureAa, sembla se réaliser en montrant comment les cuisiniers avaient envahi le salon et chassé de partout la synthèse et l’esprit philo sophique. Loin de nous la pensée de médire du travail cons ciencieux et délicat accompli par cette admirable génération de savants ; les découvertes accumulées par 4
2l’initiation 98 les recherches de laboratoire sont la seule base pos sible sur laquelle puisse s’étayer une synthèse quel conque à notre époque. Mais l’évolution de l’idée nécessitait, ainsi que nous le raconte Barlet dans son savant ouvrage, cette crise de matérialisme qui eut ses grandes qualités, si elle présente quelques défauts. Parmi toutes les sciences, celle qui se rapporte à l’étude grandiose de l’Univers conçu dans son ensemble et des lois primordiales en action dans la Nature, l’astronomie, et particulièrement la partie philosophique de l’astronomie, manifesta au plus haut point le contre-coup de ce changement d’orientation dans l’esprit du monde savant. Vous rappelez-vous les suggestives déductions de Descartes sur les «Tourbillons » et leur action dans la Physique universelle ? Avez-vous présent à l’esprit ce bijou délicat qu’est le travail de Fontenelle sur la Pluralité des mondes habités, et sentez-vous com bien ces études, si françaises comme esprit, ouvrent d’horizons nouveaux à l’imagination et à la raison ? Mais peu à peu la grandeur des hypothèses émises semble effrayer les nouvelles générations de savants, etles recherches plus restreintes, mais plus adéquates à l’analyse mathématique, recherches portant surtout sur la constitution toute matérielle des astres et sur le calcul de leurs orbites, viennent remplacer presque exclusivement tous les travaux antérieurs à l’Académie des Sciences. L’Univers, tel qu’il est exposé dans les cosmogra phies d’alors, se représente à l’esprit des écoliers
3CAMILLE FLAMMARION 99 comme une série de boules énormes hérissées de mathématiques et reliées entre elles... par des hypo thèses toujours appuyées de longs calculs. On se hâte d’apprendre juste assez d’astronomie pour passer ses examens, et l’on laisse aux vieux académiciens le soin de s’occuper des plus graves problèmes qui se soient jamais présentés à l’esprit humain. La foule des gens du monde, des artistes, des petits bourgeois se désintéresse absolument de cette science aussi froide que les chiffres qui en ferment l’accès, et tout cela pourquoi ? Parce qu’on n’étudie de l’Univers que ses habits, parce qu’on ne peut apprendre dans les livres cou rants rien de la vie intime de ces grosses masses pla nétaires qu’on conçoit comme des blocs de pierre de taille sur lesquels des forces stupéfiantes et mysté rieuses viennent briser leur action. On étudie sous le nom d’Univers une sorte de cadavre immense,et toute la grandeur consiste dans les recherches de la distance qui sépare l'étoile fixe la plus rapprochée de Neptune ou de la Terre. C’est à ce moment qu’un chercheur, doublé d’un savant éminent, prit à cœur de rendre l’étude de l’as- ' tronomie aussi captivante que la lecture d’un roman, et cela en montrant à tous que la vie avec toutes ses douleurs et toutes ses joies, avec ses phases critiques et ses périodes ascendantes, se trouve aussi intense et aussi variée dans les autres planètes que sur la Terre, dans les autres mondes que dans le nôtre. Que de préjugés il fallut vaincre, que de luttes in tellectuelles il fallut soutenir pour mener à bout une
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
1PARTIE INITIATIQUE <AIIL1I ^LAIMARIOI ET LA SCIENCE SPIRITUALISTE La réaction positiviste et surtout matérialiste qui se dessina nettement dans le monde philosophique dès le xviii0 siècle envahit les centres scientifiques au commencement de notre siècle et bouleversa sin gulièrement les méthodes jusqu’alors employées. L’analyse à outrance, la recherche du détail et la royauté brutale du fait isolé remplacèrent partout la largeur de vues, la hauteur de conception et les grandes envolées de l’esprit français d’autrefois, à tel point que l’irrespectueuse boutade d’Edgar Poë, dans sa lettre-introduction d’ÆureAa, sembla se réaliser en montrant comment les cuisiniers avaient envahi le salon et chassé de partout la synthèse et l’esprit philo sophique. Loin de nous la pensée de médire du travail cons ciencieux et délicat accompli par cette admirable génération de savants ; les découvertes accumulées par 4
2l’initiation 98 les recherches de laboratoire sont la seule base pos sible sur laquelle puisse s’étayer une synthèse quel conque à notre époque. Mais l’évolution de l’idée nécessitait, ainsi que nous le raconte Barlet dans son savant ouvrage, cette crise de matérialisme qui eut ses grandes qualités, si elle présente quelques défauts. Parmi toutes les sciences, celle qui se rapporte à l’étude grandiose de l’Univers conçu dans son ensemble et des lois primordiales en action dans la Nature, l’astronomie, et particulièrement la partie philosophique de l’astronomie, manifesta au plus haut point le contre-coup de ce changement d’orientation dans l’esprit du monde savant. Vous rappelez-vous les suggestives déductions de Descartes sur les «Tourbillons » et leur action dans la Physique universelle ? Avez-vous présent à l’esprit ce bijou délicat qu’est le travail de Fontenelle sur la Pluralité des mondes habités, et sentez-vous com bien ces études, si françaises comme esprit, ouvrent d’horizons nouveaux à l’imagination et à la raison ? Mais peu à peu la grandeur des hypothèses émises semble effrayer les nouvelles générations de savants, etles recherches plus restreintes, mais plus adéquates à l’analyse mathématique, recherches portant surtout sur la constitution toute matérielle des astres et sur le calcul de leurs orbites, viennent remplacer presque exclusivement tous les travaux antérieurs à l’Académie des Sciences. L’Univers, tel qu’il est exposé dans les cosmogra phies d’alors, se représente à l’esprit des écoliers
3CAMILLE FLAMMARION 99 comme une série de boules énormes hérissées de mathématiques et reliées entre elles... par des hypo thèses toujours appuyées de longs calculs. On se hâte d’apprendre juste assez d’astronomie pour passer ses examens, et l’on laisse aux vieux académiciens le soin de s’occuper des plus graves problèmes qui se soient jamais présentés à l’esprit humain. La foule des gens du monde, des artistes, des petits bourgeois se désintéresse absolument de cette science aussi froide que les chiffres qui en ferment l’accès, et tout cela pourquoi ? Parce qu’on n’étudie de l’Univers que ses habits, parce qu’on ne peut apprendre dans les livres cou rants rien de la vie intime de ces grosses masses pla nétaires qu’on conçoit comme des blocs de pierre de taille sur lesquels des forces stupéfiantes et mysté rieuses viennent briser leur action. On étudie sous le nom d’Univers une sorte de cadavre immense,et toute la grandeur consiste dans les recherches de la distance qui sépare l'étoile fixe la plus rapprochée de Neptune ou de la Terre. C’est à ce moment qu’un chercheur, doublé d’un savant éminent, prit à cœur de rendre l’étude de l’as- ' tronomie aussi captivante que la lecture d’un roman, et cela en montrant à tous que la vie avec toutes ses douleurs et toutes ses joies, avec ses phases critiques et ses périodes ascendantes, se trouve aussi intense et aussi variée dans les autres planètes que sur la Terre, dans les autres mondes que dans le nôtre. Que de préjugés il fallut vaincre, que de luttes in tellectuelles il fallut soutenir pour mener à bout une
The source text as printed, transcribed diplomatically. Where the source language uses a non-Latin script that reaches us only through a Victorian romanisation, this layer is labelled transliteration, because that is what we hold.
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